On entend enfin parler des banques asiatiques. Jusqu’à maintenant, les plaintes et les lamentations dues à la crise du crédit ne résonnaient qu’en Europe et en Amérique du Nord. Mais il y a également des banques importantes au Japon. Et ce mardi, trois d’entre elles ont admis posséder un total de 45 milliards de dollars de titres adossés à la dette émis par Fannie Mae et Freddie Mac.

Mitsubishi UFJ, Mizuho Financial et Sumitomo Mitsui Financial ont chuté de près de 5% durant la séance à Tokyo tandis que les investisseurs digéraient la triste nouvelle. Le journal japonais Nikkei a annoncé que Mitsubishi possédait près de 31 milliards de dollars d’obligations GSE (government-sponsored enterprises, sociétés financées par le gouvernement US) tandis que l’exposition au risque de Mizuho se montait à 11,3 milliards de dollars et à 1,9 milliard de dollars pour Mitsui.

« Nous devons être plus prudents en ce qui concerne ce problème », a dit Yoshimi Watanabe, directeur de l’Agence japonaise des services financiers. Bonne idée. Les investisseurs japonais, comme beaucoup d’autres investisseurs dans le monde, ont traité la dette GSE comme une dette gouvernementale. Et nous savons tous qu’une dette gouvernementale est toujours remboursée, c’est bien ça ?

Eh bien… en principe. Après tout, les gouvernements obtiennent leurs revenus par la menace. Vous risquez d’aller en prison si vous ne payez pas vos impôts. Donc en théorie, un gouvernement devrait toujours pouvoir verser les intérêts sur ses obligations. En théorie.

** En pratique, la mauvaise gestion des finances d’une nation est une chose bien plus courante qu’on pourrait le penser. Quand le gouvernement russe n’a pas pu payer sa dette gouvernementale en 1998, il s’en est pris à ce pauvre John Meriwether et à son équipe de prix Nobel d’économie chez Long Term Capital Management.

Le model LTCM prévoyait que les spreads de taux d’intérêt entre la dette à long terme et la dette à court terme devaient converger. Le modèle ne comprenait pas l’éventualité d’un défaut de paiement des obligations gouvernementales. Le modèle a explosé et Alan Greenspan a organisé un renflouement de 3,5 milliards de dollars, ce qui semble désuet à la lumière de l’énorme dette GSE actuelle (6 000 milliards de dollars).

Incidemment, Bear Stearns avait refusé de participer au plan de Greenspan, à l’époque, et avait demandé à récupérer son argent de LTCM, lui valant ainsi l’hostilité de ses partenaires de Wall Street… qui ont probablement tiré un certain plaisir de la fin de Bear en mars. Bear Stearns a refusé d’aider un frère, et n’a reçu aucune aide quand sa chance a tourné.

** Serait-ce lancer une rumeur que de dire que les obligations GSE pourraient subir des défauts de paiement ? Tout dépend de la personne à qui vous posez la question. La Securities & Exchange Commission (SEC) américaine a décidé de mettre fin aux ventes à découvert sur Fannie Mae et Freddie Mac. Un analyste nommé David Trone, qui prétend que les financiers sont maintenant victimes de spéculateurs peu scrupuleux et de rumeurs, approuve.

Selon Trone : « puisqu’il est impossible de gérer les fausses rumeurs, la meilleur solution pour protéger les institutions financières fragiles serait de mettre un terme à la vente à découvert pendant un certain temps ». Trone a également affirmé que la malheureuse société Lehman Brothers est victimes de fausses rumeurs blessantes et que son PDG, Richard Fuld, devrait racheter sa banque pour la protéger des spéculateurs. Peut-être faudrait-il arrêter de lancer des rumeurs selon lesquelles Lehman, Fannie et Freddie sont suffisamment capitalisés.

On ne peut qu’admirer l’audace de ceux qui affirment que la crise financière actuelle est due aux rumeurs et à la spéculation. Cela prouve que mentir n’est pas si compliqué que ça. Il suffit seulement d’avoir l’air convaincu.

Il faut être soit un idiot soit un menteur pour suggérer que les problèmes de Lehman découlent des rumeurs. D’où viennent les problèmes de Lehman ? D’une mauvaise gestion du risque, d’un énorme effet de levier, d’une volonté de prendre des risques avec l’argent des actionnaires, et de parier sur le marché subprime.

On n’a entendu personne à Wall Street se plaindre des actionnaires quand ils offraient des stock options généreuses. Maintenant que le marché rend l’industrie financière responsable de ce qui a été fait avec les capitaux des actionnaires, les inconvénients à être coté en Bourse dépassent largement les avantages. De plus, quand l’action s’effondre, à quoi servent les stock options ? Maintenant qu’il y a des bénéfices à récupérer, les dirigeants semblent bien moins enclins à avoir des actionnaires.

Les banques d’affaires existent pour enrichir les banquiers d’affaires. N’oubliez pas une chose : l’industrie de la finance a pour mission de vous vendre des nouveaux produits d’investissement. Et plus elle vous en vend, mieux elle se porte.

par Dan Denning

www.la-chronique-agora.com

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