Le ministre de la Défense japonais a ordonné l’envoi d’avions de combat F-15 (de la base de Naha, préfecture d’Okinawa) pour couvrir les destroyers Aegis chargés officiellement de l’interception des étages de la fusée nord-coréenne (décision du Conseil de sécurité du Japon du 30 mars 2012) qui devrait être lancée entre le 12 et le 16 avril prochain.

Patrouille de F-15J et F-15DJ, avions sous licence américaine des formations aériennes des Forces d’auto-défense japonaises. Ces unités viennent renforcer le dispositif anti-missile (destroyers équipés du système Aegis) déployés dans les eaux territoriales nippones. CC Wikipédia

Ces unités ont été jugées nécessaires pour prévenir la collecte de renseignements par les forces aériennes russes et chinoises (ces deux États projettent un exercice naval dans les prochains jours): des aéronefs pourraient se rapprocher mettant à profit la vulnérabilité des destroyers en phase de détection et d’interception du missile.

En effet, les capacités, tant humaines que matérielles, du système Aegis sont rendues vulnérables lorsque celles-ci se sont « concentrées » sur leur cible et en ont « verrouillé » la trajectoire: à ce stade, la perception des dangers dans l’environnement immédiat du bâtiment est réduite. Les intercepteurs auront le droit de faire usage de leurs armes à des fins dissuasives, selon les dispositions de l’article 95 de la loi sur les forces d’auto-défense: ils auront pour mission d’aviser et de tenir éloigné (de 36 km) tout moyen de collecte d’information étranger et toute présence indésirable (ou indésirée, tels les avions de tourisme ou les navires battant pavillon national, pour leur sécurité) sur le théâtre d’opération.

Okinawa est en état d’alerte: la cellule de gestion des crises de la préfecture, les forces d’auto-défense, la police et les gardes-côtes sont prêts à intervenir dans l’éventualité de la chute de débris d’un étage de la fusée sur le territoire national.

Si la « fusée » était lancée, le gouvernement japonais aurait recours au système « J-Alert », moyen de transmission satellitaire de l’information à destination des 47 préfectures de l’archipel. Même si les risques sur la population sont estimés être faibles, le gouvernement assure sa tâche régalienne de protection de ses citoyens: le déploiement des destroyers Kirishima, Myoko et Chokai, la mise en batterie de missiles PAC-3 sur les îles de Miyakojima, Ishigakijima, d’Okinawa et dans la région urbaine de Tôkyô et le renfort d’avions F-15 parait être une réponse susceptible de parer à toutes les éventualités. L’agence nationale de police a même renforcé les échanges d’informations avec ses homologues nord-américaines, sud-coréennes et d’autres États.

Une atmosphère tendue enveloppe le ministère de la Défense japonais et tous les « scenarii catastrophes » sont envisagés et les moyens de les prévenir ou de les résoudre ont été prévus: les unités spécialisées de la police, formées à la manipulation d’objets irradiés et aux attaques chimiques, pourraient, si nécessaire, intervenir en cas de chute de carburant de la fusée.

Les habitants d’Okinawa sont inquiets. Les autorités préfectorales et les résidents se sont déclarés peu enclins à pardonner l’ « action imprudente » de la Corée du Nord, d’autres redoutent que l’engin ne tombe sur l’île. Yoshitaka Nakayama, maire de la commune d’Ishigaki a déclaré que le lancement « est une action qui ne pourrait être pardonnée par la communauté internationale. Il devrait être stoppé ».

Rémy Valat – sources: The Daily Yomiuri, 31 mars 2012