Doubler les transactions dans l’ancien d’ici 2020

Le Japon s’appauvrit. Sans trompette ni fanfare, sans crise soudaine ni effondrement brutal, petit à  petit, depuis maintenant 20 ans, le Japon alterne périodes de baisse et de stagnation entrecoupées de légers rebonds. Une douce décadence, indolore mais qui entraîne sans doutes possibles le pays et ses jeunes générations vers une baisse de leur richesse et de leur niveau de vie. Le PNB du Japon, dont on disait en 1990 qu’il dépasserait celui des USA en l’an 2000, n’a finalement pas bougé pendant que celui du reste des pays du monde continuait de progresser, conduisant l’archipel à  un déclassement international et amenant la Chine à  la deuxième place économique en 2009. Les cinquantenaires japonais ayant connu la bulle-époque et tous les espoirs que l’on mettait alors dans la croissance du pays l’ont en travers de la gorge…

Cet appauvrissement général touche évidemment le marché immobilier et le secteur de la construction.

Jusqu’à  maintenant les japonais choisissaient avant tout l’achat dans le neuf. En 2008, les transactions de biens anciens n’ont représentés que 13% du total , une goutte d’eau. 42% des acheteurs interrogés dans un sondage mené par le ministère de l’aménagement du territoire citent un facteur psychologique: les japonais préfèrent tout simplement vivre dans un logement qui n’ a jamais été utilisé auparavant. Une attitude qui peut sembler étrange mais qui prend en fait racine dans des éléments culturels et géographiques très anciens.

Le PDJ a cependant lancé en juin de cette année une nouvelle initiative visant à « Doubler le marché de la rénovation et des transactions de biens anciens d’ici 2020 » qui fait suite aux programmes « de logements à haute qualité » et « d’habitations pour deux siècles » mis en place depuis 2007 par le PLD. Il y a donc une continuité dans la politique immobilière menée par les deux grands partis qui se base sur la reconnaissance d’un fait indéniable: les japonais n’ont tout simplement plus les ressources, financières ou matérielles, pour continuer les cycles de démolition-reconstruction appliqués à  l’immobilier depuis l’après guerre. Alors, il reste le recyclage: le marché de l’ancien.

Si depuis 2008 les ventes et les mises en construction en considérablement baissées, choc Lehman oblige, le chiffre d’affaire des départements rénovation des entreprises de construction explose. Les budgets des particuliers consacrés à l’entretien et à la rénovation étaient extrêmement faibles jusqu’à présent puisque les ménages épargnaient pour la reconstruction de leur bien 25 ou 30 ans plus tard (à quoi bon rénover une maison que l’on va détruire après?) et les entreprises ont vu là une opportunité de récupérer le manque à gagner de leur secteur construction. Le Ministre des affaires intérieures publient d’ailleurs (dispo dans le diamond d’octobre) des statistiques comparatives éloquentes entre les dépenses de rénovation des principaux pays: 6% du PIB pour la France, 4% pour les USA et seulement 2,1% pour le Japon.

Pour encourager les transactions dans l’ancien, une garantie quinquennale volontaire peut être désormais prise par les vendeurs pour assurer l’acheteur contre les vices cachées (la garantie décennale obligatoire dans le neuf vient a été légalisé en 2009 seulement) et les entreprises de construction, qui ont pour la plupart d’importants départements de vente, commencent à mettre en place un livret de suivi des biens anciens dans lequel sont consignés toutes les informations relatives aux travaux effectués sur le bâti afin de rassurer les acheteurs nippons naturellement méfiants face au marché de l’occasion.

Les entreprises privées et les politiques mettent désormais en avant les avantages écologiques de la longévité des logements et des travaux visant à réduire la consommation énergétique, tout ça pour encourager une société plus verte et réduire les émissions de CO2 … La réalité est cependant bien plus crue: nos pays s’appauvrissent et doivent désormais faire avec ce qu’ils ont. Au Japon, rénover n’est pas un signe de conscience écologique, c’est un signe de paupérisation. Un parmi tant d’autres…