L’auteur du best-seller international 1Q84 critique l’hystérie nationaliste de la Chine et du Japon. Il dénonce en particulier le retrait des ouvrages d’auteurs japonais dans les librairies chinoises, suite au conflit territorial des îles Senkaku.

Haruki Murakami
Haruki Murakami en 2009 lors du Prix Jérusalem pour la liberté des individus dans la société (© Galoren.com)

Murakami appelle ses concitoyens à ne pas céder à la pression de l’Empire du Milieu, et invite le gouvernement à ne pas boycotter en retour les ouvrages d’auteurs chinois.

Il prend alors la parole en affichant sa position dans le quotidien Asahi Shinbun :

« Quand un enjeu territorial entre dans le champ des émotions nationales, la situation qui en découle devient dangereuse et sans issue. C’est comme de l’alcool bon marché, cela vous saoule rapidement et vous rend hystérique. Vous parlez fort et vous comportez de manière brutale. Mais de cette frénésie alcoolisée, il ne reste qu’une affreuse gueule de bois le lendemain matin. Nous devons être prudents face aux politiciens et aux polémistes qui nous abreuvent de cet alcool bon marché.»

Il fait ici référence à la tournure que prend ce conflit, réveillant le douloureux passé des deux pays. Pendant de violentes manifestations anti-japonaises, certains chinois brandissent des pancartes « 9.18 ». Elles se rapportent à l’incident de Mukden du 18 septembre 1931 : en Mandchourie du Sud, les Japonais avaient planifié un attentat de leur propre section de voie ferrée afin de tenter de justifier l’invasion du territoire. Alors qu’en 2012 les tensions sont ravivées, l’auteur rappelle que cette montée de violents sentiments nationalistes pourrait altérer à terme les relations diplomatiques déjà fragiles entre les deux pays.

Par son cri du cœur humaniste, il se place en porte-parole de toute une jeunesse : « Voilà ce que je veux dire haut et fort : je vous en prie, ne contre-attaquez pas face à de telles mesures. Si nous le faisons, cela deviendra notre problème, qui se retournera contre nous à terme. »

Sofia Ababou – sources : Japan Times, le Monde