Japan Expo 2008 – Rencontre avec Junko Kawakami

Lors de cette Japan Expo 2008, nous avons pu rencontrer Junko Kawakami, auteure de « It’s your world », un manga drôle et anecdotique dont l’action se déroule à Paris et dont le premier tome vient tout juste de paraître chez Kana. Ce fut l’occasion de comparer un peu nos deux cultures, la mangaka nous a même parfois répondu en français (retranscrit en italique).

Manga-News : Bonjour.
Junko Kawakami : Enchantée.

Vous avez débutée en tant que professionnelle en 1995, qu’est ce qui vous amené à faire ce métier ?
Déjà toute petite, j’étais une fervente lectrice de mangas. Autant que je me souvienne j’ai toujours dessiné au primaire, au collège, au lycée. En classe, j’étais considérée comme quelqu’un d’un peu d’introvertie parce que je dessinais tout le temps. Je n’ai jamais cessé de dessiner, c’était naturel pour moi de devenir mangaka.

Est ce que vous vous souvenez des premiers mangas que vous avez lu ?
Le premier manga que j’ai lu… je pense que c’était « Candy Candy ». Petite, je lisais le magazine Nakayoshi.

Les autres auteurs japonais vous influencent-ils dans votre travail ?
Bien sûr, j’ai été influencée par de nombreux mangakas, par mes lectures, je recopiais des mangas de temps en temps. Pour vous citer un auteur que j’ai lu et relu étant enfant, je me souviens de Tezuka et de « Phénix-l’Oiseau de feu » que mes parents avaient à la maison.

En 2004, vous avez déménagé à Paris. Quel a été votre premier constat quand vous êtes arrivée en France ?
J’ai été soulagée parce que ce n’était pas l’image « pro-mode » qu’on se fait de Paris ! En fait, je ne connaissais que le Paris qu’on voit dans les magazines de mode, très sophistiqué, propre et en fait c’était pas du tout ça (rires) ! Mais j’étais habituée à faire des voyages, notamment en Asie du sud-est, et ça ne m’a pas choquée plus que ça.

Quels sont les clichés sur les français les plus répandus au Japon ?
Le pain, le vin, le fromage, la mode et les françaises capricieuses et un peu hautaines envers les hommes !

Il y a beaucoup de différences culturelles entre nos deux pays, quelle est la plus significative pour vous ?
Je trouve que les artistes sont plus protégés et aidés socialement en France au contraire du Japon. C’est moins valorisé là-bas. Quand on veut devenir mangaka, les parents disent : « est-ce que tu vas pouvoir vivre ? ».

Dans « It’s your world », vous racontez en toute logique l’histoire d’une famille japonaise qui vient vivre en France avec de nombreuses anecdotes très réalistes. C’est plutôt du vécu ou de l’imaginaire ?
C’est un peu des deux. Je suis allée à une soirée donnée par l’ambassadeur du Japon il y a quelques jours et l’ambassadeur a feuilleté le manga. Il est tombé sur la scène où le personnage principal fait du saut en hauteur. C’est une activité qui se fait presque obligatoirement au Japon mais plus rarement en France. Et l’ambassadeur a été étonné de savoir que ça se faisait ici aussi.

En apprenant qu’il va devoir rester 3 ans de plus en France, Hiroya est très déprimé et se renferme sur lui-même notamment à cause de la langue. C’est vraiment le plus gros handicap selon vous la barrière de la langue ?
Oui, c’est un frein énorme à l’intégration dans la vie quotidienne. Même au Japon, il y a des étrangers qui savent à peine parler le japonais et qui sont mis à l’écart. On peut tout à fait vivre sans pouvoir bien parler la langue mais effectivement c’est bien de pouvoir passer ce cap pour s’intégrer.

Vous avez été déprimée vous aussi après votre arrivée en France ?
Oui, j’étais mal à l’aise. Il m’est arrivée de pleurer dans la rue ou dans des boutiques parce que je n’arrivais pas à communiquer. J’avais l’impression que tout le monde était méchant. Pourquoi ?! J’essaye de parler votre langue ! (rires).

La soeur d’Hiroya a un caractère totalement opposé : extravertie, très portée sur la mode. C’est un peu le cliché de la jeune fille japonaise, non ?
C’est bien pire que ça en fait. Ca dépend des personnes. Non, elle est normale ici.

Hiroya se fait un peu persécuter dans ce premier volume, il est victime d’Ijime. C’est si fréquent que ça au Japon ?
Oui, ça a toujours existé mais maintenant c’est pire qu’avant. Aujourd’hui, ça commence dès le primaire. Et puis c’est plus vicieux que les petites chamailleries qu’on peut voir en France.

Hiroya est très étonné d’être vite accepté par ses camarades français. Les japonais sont-ils si réservé quand ils accueillent un étranger ?
Il y a très peu d’étrangers au Japon. C’est assez exceptionnel. Les japonais ayant moins de contact avec les étrangers, les élèves sont moins accueillant au premier abord. Mais c’est aussi mélangé avec une certaine admiration.

Selon vous, les relations amoureuses sont-elles plus compliquées quand on est de cultures différentes ?
Je n’ai pas d’avis particulier sur cette question. Je crois que ça dépend beaucoup de la personnalité, du caractère des gens.

Vous vivez en France mais vous continuez à publier au Japon. Comment se passe votre travail ?
Je dessine mes planches et je les envoie par la poste, mais j’ai peur à chaque fois ! Une fois mes planches se sont perdu ! Je fais des chronopost de temps en temps mais ça coute cher et ça n’arrive si vite que ça. Tout le monde me conseille de passer par l’ordinateur, mais je ne suis pas douée pour la technique. Tout faire à la main, c’est plus agréable pour moi.

Vos conditions de travail sont-elles plus faciles ici qu’au Japon ?
En fait, étrangement la distance a amélioré mes relations avec mon éditeur. Je me suis disciplinée pour rendre mes planches dans les délais. Quand j’habitais au Japon je pouvais finir une planche et puis sortir, et je me faisais disputer par mon éditeur. Maintenant je demande moi-même à l’éditeur de me donner un délais assez long pour pouvoir m’organiser en comptant le temps d’envoi des planches.

Vous travaillez chez vous ?
Non, j’ai un bureau depuis l’an dernier. Ca va mieux. Avant je travaillais à la maison. Il y a ma petite fille, mon mari, tout le monde était à la maison et ce n’était pas possible de bien travailler. Quand je suis à la maison je décroche parfois et je n’aime pas trop que mon entourage me voit pour me dire : « – Tu travailles ? Tu travailles ou pas ? – Oui, oui je travaille ! » (rires).

Que pensez-vous du succès de manga en France ?
Je suis toujours aussi surprise du succès du manga en France. Je me suis posée la question de savoir si les lecteurs comprenaient toutes les coutumes si particulières aux japonais. Par exemple au Japon, on regarde des films français mais parfois on se dit qu’on n’a pas tellement bien compris. Je me demande si ça fait la même impression aux lecteurs français. Mais ça peut être un attrait, de s’intéresser à une culture très différente de la sienne.

Merci beaucoup.

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