Les routes qui mênent aux paradis vidéoludiques sont sinueuses.

Celles de l’arcade le sont particulièrement, surtout depuis quelques années. Chez nous, en France, le chemin s’est même arrêté comme un véritable cul de sac. Le sentiment d’impuissance que nous avons ressenti en voyant disparaître les milliers de salles d’arcade qui pullulaient encore au début des années 1990 nous contraint, aujourd’hui, à lever la tête au ciel (dans les nuages?), et à se demander « pourquoi »?
Au Japon, l’arcade se trouve également sur des chemins tortueux de montagnes. Les salles coulent les unes après les autres. Et il y a quelques jours, c’est une véritable institution qui vient même de fermer ses portes : Autobahn.

Nous en avions longuement parlé dans le numéro 5 de Pix’n Love et cette salle était carrément devenue pour nous un lieu de pèlerinage. Lors des différents voyages Pix’n Love que nous organisions avec nos lecteurs, nous les emmenions à chaque fois là-bas, dans ce quartier pittoresque d’Osaka, comme un passage obligé pour pouvoir véritablement frimer devant ses potes en disant « oui, j’ai joué dans une salle d’arcade au Japon! »

Plusieurs fois, Monsieur Tanaka, le gérant, me laissait sous-entendre « la prochaine fois que tu viendras au Japon, je ne serai sûrement plus là ». J’y ai même cru une fois (je l’ai même annoncé sur un podcast gameblog, suite à une de ses blagues)! Mais aujourd’hui, Monsieur Tanaka ne blague plus. Son moteur a calé et son dernier mail va plus loin que l’annonce faite sur son blog. Si cette dernière indique « nous ne savons pas quand nous réouvrirons », le courriel qu’il m’a envoyé ne laisse guère planer de doute: « Cette fois, je pense que cette fermeture est définitive… »

Autobahn a donc fermé ses portes, de façon visiblement irrémédiable. La route empruntée par ce désormais quinquagénaire était jonchée de cul de poules et était devenue bien trop étroite pour accueillir l’ivresse de la grande vitesse, de la fameuse « hachedé »…

Mais qu’est-ce qui faisait d’Autobahn un lieu si mythique?

Son authenticité, justement. Ouverte en 1977, cette salle a vécu TOUTE l’histoire du jeu vidéo japonais de l’arcade. Collectionneur fou, Monsieur Tanaka avait d’ailleurs mis un point d’honneur à garder au moins un exemplaire de chaque carte ou borne qui passait entre ses mains. Au final, il subsistait un espace gigantesque sur deux étages et dans lequel le joueur passionné pouvait retrouver plus de 200 bornes de toutes les époques.

Autobahn, boudé par le « grand public », était vénéré par tous les joueurs passionnés de la région du kansai. On en parlait comme d’un véritable musée vivant. Mais ce qui marquait avant tout quand on entrait dans cette caverne d’ali-baba, c’était son ambiance, son atmosphère.
Les murs de ce lieu, intacts, ont acceuilli pendant plus de 30 ans des dizaines de milliers de joueurs japonais. La décoration, loin de l’aseptisation des salles actuelles et modernes, laissait paraître des kilomètres de fils électriques pendus au dessus de nos têtes! Le sol bétonné accusait son âge et l’infrastructure en bois souple nous rappelait à chaque pas que l’on venait en ce lieu pour voyager dans le temps : le Japon du début des années 1980.

En bref, ça transpirait l’histoire! Des milliards d’heures de Space Invaders à Street Fighter II en passant par Pac-Man, Dig Dug ou encore Double Dragon…
Certes, connaissant les Japonais et leur amour pour tout ce qui est « nostalgique » (natsukashii), on peut un jour espérer fleurir des reproductions/musées de « vieilles » salles créées en « souvenir ». Mais nous venons de perdre, à tout jamais, le dernier témoin vivant d’une époque totalement révolue aujourd’hui: l’âge d’or de l’arcade japonaise. Et cette perte prouve une fois de plus que le secteur de l’arcade se trouve bel et bien sur une voie de garage…

[Source : gameblog->http://www.gameblog.fr/blogs/pixnlove/p_1937_l-arcade-au-japon-est-en-deuil]

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