Le festival de Gion, un évènement « typique » du Japon

Alors que l’été 2012 commence au Japon avec de fortes inondations à Kyûshû et la réactivation des centrales nucléaires, cette période de l’année est plus classiquement marquée par le début des fêtes estivales (3 jours de congés consécutifs) dans le Kansai avec le festival de Gion,  Gion matsuri.

Défilé en habits traditionnels (© JNTO)

Les origines de cette fête remontent au 9e siècle, célébrant Gozutennô, « Le roi du ciel à la tête de taureau », une divinité protectrice des épidémies importée d’Inde depuis la Chine et la Corée. Initialement, cet évènement est caractérisé par un défilé de l’autel de la divinité depuis son temple de Gion, le Yasaka Jinja, le long des avenues du quartier de Shimogyô afin que Gozutennô protège les auberges et étals. S’ajoute à cela une seconde procession constituée cette fois-ci de plusieurs chars représentant les communautés urbaines de la ville de Kyôto, alors capitale du pays jusqu’au 17e siècle.

Quand bien même le festival de Gion puise son origine dans un fondement religieux, il est depuis longtemps représentatif des évolutions sociales de la ville[1]. A partir du 12e siècle, les riches commerçants et les guildes de la ville s’accaparèrent l’évènement, qui devint pour eux un moyen de mettre à contribution leur fortune notamment vis-à-vis de l’Etat. Dès le 14e siècle, ce sont davantage les rivalités entre les différents quartiers de la ville qui sont exprimées à travers le défilé des chars du festival. Plus qu’un simple rituel, le festival de Gion revêt une valeur symbolique dans la mesure où il a illustré à travers le temps les diverses luttes de pouvoir des acteurs économiques et des acteurs publiques de Kyôto.  Depuis 1996 le Gion masturi figure dans le calendrier des principaux évènements de la région du Kansai, à l’initiative des chambres de commerces locales[2] .

L’un des immenses chars du défilé (© JNTO)

Cette année, le festival de Gion s’est déroulé du 14 au 17 juillet, cette dernière journée étant marquée par le spectaculaire défilé de chars, pouvant peser jusqu’à 15 tonnes et mesurer près de 25 mètres de haut. Chaque jour, entre 250 000 et 500 000 touristes ont circulé dans le quartier de Shimogyô[3]. Autant dire que la Shijo Dori, la principale avenue reliant le temple de Yasaka à la station de métro la plus proche, a été traversée par une foule incroyable où se mêlaient touristes anglophones, asiatiques et européens avec de nombreux Japonais venus notamment de la région du Kansai.  Il apparait alors compréhensible que face à cette affluence, les autorités publiques aient décidé de réduire le nombre d’étals d’un tiers comparé à l’an dernier afin d’éviter les bousculades et les accidents qui en découlent chaque année.

La présence face à l’entrée du temple d’une supérette, un peu plus loin d’un Starbucks, mais aussi d’un parking pour autobus face au sanctuaire Chion.in situé à proximité du temple Yasaka, nous rappelle que comme beaucoup de sites culturels au Japon, ce lieu est avant tout tourné vers les touristes. Comme chaque année, le festival donne lieu à un défilé de couleurs dans ce quartier réputé pour ses geisha, à travers les décorations et ornements des ruelles, l’entrée du temple inondant l’avenue de vermillon, mais surtout les passants vêtus du kimono d’été, le yukata, fort agréable en cette période de canicule. Plus qu’un moyen pour les touristes de se (re)plonger dans un décor du Japon « traditionnel », le festival de Gion illustre à la perfection cet équilibre, jugé par plusieurs,  « caractéristique » de la société  japonaise entre tradition et modernité, ainsi que l’expression même du tourisme au Japon.

Par Mike en direct de Kyôto, le 19.07.2012


[1]Haruko WAKITA, « Fêtes et communautés urbaines dans le Japon médieval, la fête de Gion à Kyôto », traduit par Jean Pierre SOUYRI, p. 1039 à 1056 dans Annales. Histoire, Sciences Sociales, n°5, 1997.

[2] Sylvie GUICHARD ANGUIS, « Rites et fêtes dans les villes japonaises », Cybergeo : European Journal of Geography, Dossiers, Colloques « Les problèmes culturels des grandes villes », 8-11 décembre 1997, article 80 (http://cybergeo.revues.org/1059).

[3] D’après les quotidiens Yomiuri shinbun et Asahi Shinbun.