Le Japon peine à tourner la page Koizumi

Nommé Premier ministre en septembre 2007 avec 60 % d’opinions favorables, Yasuo Fukuda, ex-bras droit du populaire et populiste Junichiro Koizumi (chef du gouvernement de 2001 à 2005), devait être l’homme de la situation. Après les onze piteux mois au pouvoir du défaillant Shinzo Abe, il allait rétablir la confiance et la croissance. Il n’en a rien été.

Lundi soir, lors d’une conférence de presse quasi improvisée, Fukuda, 72 ans, a annoncé à son tour sa démission surprise, peu après avoir rencontré en tête-à-tête l’ultraconservateur Taro Aso. Agé de 68 ans, cet ancien ministre des Affaires étrangères aux positions nationalistes est le favori pour lui succéder. Ces derniers mois, Yasuo Fukuda aura surtout brillé par son absence d’autorité et de charisme. La semaine passée, moins de 30 % des Japonais lui accordaient encore leur confiance. Outre son alignement inconditionnel sur Washington, Yasuo Fukuda s’est illustré par son impuissance à gérer l’économie et surtout à réformer les dossiers chauds menaçant les équilibres d’un Japon surendetté (retraites, couverture sociale, crise des crédits immobiliers à risque venue des Etats-Unis, etc.)

Marionnette. A son actif, on lui doit néanmoins d’avoir sensiblement amélioré les relations nippo-chinoises, ternies sous Koizumi. Au grand dam des partisans de la cause tibétaine. Enième marionnette d’un Parti libéral démocrate (PLD, conservateur) tout puissant, qui gouverne quasi sans interruption depuis 1955, Yasuo Fukuda vient étoffer la liste des chefs de gouvernement japonais en poste depuis près de quinze ans : douze au total (dont onze issus des rangs du PLD). Affaibli économiquement et de nouveau en récession – illustrée cet été par un nombre très élevé de faillites comme celle, symbolique, du cartel immobilier Urban Corporation -, le pays n’avait surtout pas besoin d’être politiquement déstabilisé.

Depuis hier, la presse japonaise se déchaîne, qualifiant d’«irresponsable» un Fukuda jetant l’éponge pour cause d’états d’âme. Sa démission est moins le symptôme d’une crise politique latente depuis de longues années que la nouvelle preuve, dans un Japon privé de régime présidentiel, d’un dysfonctionnement des institutions, dénoncé par nombre de juristes.

Démocratie paralysée. Faute d’opposition réelle et notamment d’une gauche parvenant à se faire entendre, le pays souffre de sa démocratie paralysée. Le populaire et regretté Junichiro Koizumi avait su, quant à lui, se maintenir cinq ans au pouvoir, notamment grâce à son charisme. Mais sa politique étrangère aux forts accents nationalistes fut un fiasco. Le Japon est victime d’un manque criant d’imagination. Ses hommes politiques, le plus souvent âgés et déconnectés du quotidien, n’entendent rien aux aspirations de citoyens amers et médusés.

MICHEL TEMMAN

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