Le kanji de la main 手

Le kanji de la main 手 (て,シュ) est extrêmement simple et courant. On le rencontre dans des centaines de mots et d’expressions, et c’est un composant utilisé dans de nombreux autres kanjis. Cela vaut donc la peine de se pencher un peu sur son cas.

 

Une grande variété de sens pour une grande variété de mots.

手 veut avant tout dire main, et on le retrouve avec ce sens-là dans beaucoup de mots : 空手 (からて, karaté, « la main vide »), 手足 (てあし, les pieds et les mains, ce qui nous appelons les « extrémités »), 手首 (てくび, le poignet, littéralement « le cou de la main »), 手製 (てせい, artisanal, « produit à la main »).

On trouve aussi le sens de personne, comme dans 相手 (あいて, partenaire, partie adverse), 聞き手 (ききて, auditeur),  働き手 (はたらきて, travailleur), 選手 (せんしゅ, joueur dans une équipe), 運転手 (うんてんしゅ, conducteur), 歌手(かしゅ, chanteur).
Dans ce cas,  手 occupe la dernière position dans le mot. Vous observerez dans les exemples ci-dessus le kanji se prononce て lorsqu’il est associé à une autre prononciation kun (3 premiers exemples), et qu’il se prononce シュ associé à une prononciation on (3 derniers exemples).

手 sert aussi à exprimer l’idée de capacité. On le trouve avec des prononciations spéciales dans 上手 (じょうず, doué, « la main supérieure »), 上手い (うまい, doué, mais aussi délicieux) et 下手 (へた, pas doué, « la main inférieure »), et avec une prononciation normale dans 苦手 (にがて, pas doué, « la main souffre »).

Enfin, 手 évoque aussi les moyens et méthodes utilisés pour accomplir quelque chose. On le retrouve avec ce sens dans 勝手 (かって,à sa manière, comme on veut), 手本 (てほん, modèle), 手段 (しゅだん , moyen), 手順 (てじゅん, procédure).

Je n’ai pas la prétention d’avoir épuisé tous les sens de ce kanji, mais il me semble qu’il s’agit là des plus courants. Penchons-nous maintenant sur 手 en tant que composant d’autres kanjis.

 

手 comme composant d’autres kanjis.

C’est rarement sous la forme 手 que la main est utilisée dans d’autres kanjis. Quand c’est le cas, le composant est souvent placé en dessous (ashi), comme 撃 (うつ, attaquer, battre) ou 拳 (こぶし, poing). Il se dissimule dans 我 (われje, égo), qui sert lui-même de composant à de nombreux kanjis, ou dans 承 (ショウ, consentir). Sa place dans 看 (みる, regarder, examiner) est exceptionnelle.

Le plus souvent c’est sous la forme du radical 扌que la main intervient dans des centaines de kanjis. C’est un radical commode puisque sa place est fixe : il occupe toujours la partie gauche (hen). Je ne vais évidemment pas vous faire la liste des kanjis utilisant 扌. En voici juste quelques exemples : 挑 (ちょう, défier), 指 (ゆび, doigt), 持 (もつ, avoir), 払 ( はらう, payer). A chacun ensuite de mémoriser chaque kanji en utilisant les composants comme moyen mnémotechnique.

 

Et pour finir, un proverbe (ことわざ)

Nous avons déjà vu, il n’y a pas si longtemps, le proverbe 猫の手も借りたい et vous trouverez ici d’autres expressions avec 手. Découvrons aujourd’hui un autre kotowaza, à la fois plus complexe et assez amusant.

煎り豆と小娘は傍にあると手が出る (いりまめとこむすめはそばにあるとてがでる)

  • 煎り豆 (いりまめ) : graines de soja grillées, composés de 煎り(いり), dérivé de 煎る (griller) et de 豆 (まめ), haricot, pois, soja.
  • と : et
  • 小娘 (こむすめ) : jeune fille
  • は indique ici le thème de la subordonnée (qui se termine par あると)
  • 傍に (そばに) : à côté
  • ある : être, avec ici le sens de « il y a », « se trouver »
  • と qui cette fois veut dire « si », avec un lien de cause à effet presque automatique (cf. l’explication du conditionnel avec と)
  • が : indique le sujet de la principale (la main)
  • 出る(でる) : sortir

Ce qui nous donne : « Si des graines de soja grillées ou une jeune fille se trouvent à côté, la main sort ». Formulé ainsi, cela reste assez mystérieux. Imaginons que les graines de soja grillées sont des cacahuètes ou des chips, ce qui est plus proche de nos habitudes. C’est le genre de choses que l’on mange machinalement, sans y penser, tant qu’on en a sous la main. Et bien là, c’est là même chose, qu’il s’agisse de soja grillé… ou de jolie fille ! Tant qu’on a sous les yeux, la main sort machinalement pour s’en emparer. Voilà un ことわざ qui en dit long sur le cœur des hommes, non ?

Ecrit par Elisabeth de Sukinanihongo