Yoshihiko Noda, élu à la tête du Parti démocrate, a été désigné mardi 30 août comme Premier ministre du Japon. Il aura la lourde tâche de remettre sur les rails un pays traumatisé par le tsunami et la catastrophe de Fukushima.

L’élection qui a porté Yoshihiko Noda à la tête du Parti démocrate (PD) le 29 août [ce qui lui a permis d’être nommé Premier ministre par les députés] s’est déroulée très rapidement. Le fait que la candidature de Banri Kaieda, le principal rival de Noda, ait été soutenue ouvertement par Ichiro Ozawa [ancien secrétaire général du parti] alors que ce dernier est suspendu de ses fonctions [depuis octobre 2010] témoigne d’un retour à une politique où tout se joue en coulisses, comme cela se faisait il y a vingt ans au Parti libéral-démocrate (PLD). Du résultat de ce scrutin dépendait pourtant l’avenir du parti. Deux ans se sont écoulés depuis l’alternance politique historique qu’a connue l’archipel en 2009 [le PD l’a emporté sur le PLD] et personne n’aurait alors imaginé voter pour un parti qui changerait de président tous les ans. Depuis, l’exaltation que les Japonais avaient ressentie en réalisant que leurs voix pouvaient changer les choses en votant pour le Parti démocrate s’est quelque peu dissipée et nous avons désormais la sensation d’être dans une impasse.

Yoshihiko Noda est la dernière chance du Parti démocrate. Les membres du PD en ont pris conscience et c’est pourquoi ils ont voté pour lui, afin de ne pas reproduire ce que le PLD avait coutume de faire. Le nouveau Premier ministre s’est comparé à un dojo [une loche, en faisant référence à ce poisson laid habitant les eaux vaseuses, il évoque sa mauvaise cote de popularité]. En effet, il n’est pas conforme à l’image qu’on se fait des membres du Parti démocrate. Au contraire, M. Noda renvoie l’image d’un homme politique conservateur qui a pour credo le confucianisme et qui bénéficie du soutien des électeurs de la campagne. Sans doute est-ce pour cela qu’il a été choisi afin d’unifier un parti déjà divisé entre pro et anti Ozawa.

La seule chose que l’on demande à M. Noda, c’est de s’atteler sans tarder à la reconstruction du pays après le terrible séisme du 11 mars. Désormais ses actes devront être conformes à ses paroles. Pour ce faire, il devra, au cours des deux prochaines années, avoir le sens des priorités. Il lui faudra d’abord rassembler le Parti démocrate, savoir travailler intelligemment avec l’administration et renouer le dialogue avec l’opposition. S’il veut vraiment prendre les rênes du pouvoir, ce sont là des choses évidentes. Il y a deux ans, les Japonais sont montés dans un bus baptisé « Parti démocrate ». Hélas, le premier chauffeur [Yukio Hatoyama] s’est précipité et a voulu s’envoler, prenant son bus pour un avion. Le second [Naoto Kan] a conduit le bus en ne cessant de le faire zigzaguer à tel point que nous avons fini par nous perdre. Résultat : les Japonais commencent à se dire qu’ils aimeraient bien en descendre.

Ce qui est nécessaire à présent c’est d’affronter les électeurs, leur dire clairement quelle sera la destination et leur expliquer par quel chemin nous y arriverons. Ce n’est plus le moment de s’intéresser aux puissantes influences internes au Parti. En ce qui concerne les médias, il conviendrait que nous révisions notre façon d’informer et d’arrêter de nous focaliser sur les querelles politiciennes. S’agit-il d’un homme politique en mesure de devenir chef du gouvernement ? Est-ce un parti capable de gouverner ? œuvrera-t-il pour le bien général ? Telles sont les questions que nous nous poserons. Une chose est sûre : il nous faudra être beaucoup plus vigilant à l’avenir.

31.08.2011 | Tsutomu Watanabe | Asahi Shimbun
Article original : Courrier international © 2011