{{Soupçonnés de transmettre leur radioactivité, des enfants originaires de Fukushima ont été victimes de brimades.Il faut lutter d’urgence contre les préjugés et l’ignorance.}}

Au mois de mars, des enfants de Fukushima venus se réfugier à Funabashi (préfecture de Chiba) ont subi des brimades d’enfants du voisinage alors qu’ils jouaient dans un parc. Le comité de l’éducation de Funabashi, qui a été informé de cette affaire, a réagi en adressant une circulaire à 813 établissements du primaire et du secondaire pour qu’ils recommandent à leurs élèves de faire preuve de sollicitude, dans leurs actes comme dans leurs paroles, vis-à-vis des jeunes réfugiés. Ce n’est pas la seule forme de discrimination que subissent les populations évacuées. Certains hôtels ont refusé de loger les personnes venant de la région sinistrée, d’autres ont appelé les services administratifs pour savoir si leur hébergement ne présentait aucun danger. Bien que de tels comportements soient générés par la peur, ils font doublement souffrir les victimes, qui vivent déjà une expérience difficile.

Même s’il n’y a pas de désordres apparents, bon nombre de réfugiés subissent ainsi quotidiennement des traitements discriminatoires qu’ils n’auraient jamais imaginés. “Les populations évacuées des environs de Fukushima n’ont pas reçu de radiations et n’ont même pas été reconnues comme irradiées. Il n’y a absolument aucune raison pour qu’elles soient la cible de discriminations”, explique Kazuhiko Maekawa, professeur émérite à l’Université de Tokyo. Les réglementations sur les doses de radioactivité qui servent de base aux instructions d’évacuation sont en effet extrêmement sévères.

Il convient de rappeler que les irradiés d’Hiroshima et de Nagasaki ont longtemps souffert de préjugés et d’ostracisme dus à ce même manque d’informations. Non seulement ils ont eu des difficultés à trouver du travail et à se marier, mais leurs enfants et leurs petits-enfants ont eux-mêmes pâti de leur état : outre les maladies provoquées par les bombes, ils ont aussi enduré l’aversion d’autrui. C’est une double peine qu’on leur a ainsi infligée. Cinq associations d’irradiés de la préfecture de Nagasaki ont demandé au gouvernement de Naoto Kan de prendre des mesures pour que des phénomènes de ce type, dits “discrimination des hibakusha [irradiés]”, ne se reproduisent pas.

Il est du ressort des autorités de fournir les informations précises pour dissiper les inquiétudes au sujet de la radioactivité. L’angoisse des adultes se répercute sur les enfants, et c’est pourquoi le comité de l’éducation de Funabashi a demandé la collaboration de tous les parents. En s’assurant que les adultes comprennent correctement les informations et qu’ils ont des connaissances exactes sur la radioactivité, on effectue un premier pas vers l’élimination des préjugés. Plus de trois mille élèves du primaire et du secondaire ont été transférés depuis la zone sinistrée de Fukushima vers des établissements des préfectures de Tokyo, Chiba, Saitama et Kanagawa. Nous souhaitons que ces jeunes puissent vivre paisiblement dans leur lieu d’accueil. Les sinistrés de la région de Fukushima ont vécu la triple peine du tremblement de terre, du tsunami et de l’accident nucléaire, évitons de leur infliger une quatrième peine en laissant pratiquer de telles discriminations.

© 2011 – Courrier international – Tokyo Shinbun – [Article original sur courrierinternational.com->http://www.courrierinternational.com/article/2011/04/28/non-l-irradiation-n-est-pas-contagieuse]

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