Live Japon : quoi de neuf en rayon ?

Cette semaine, le mangaka nippon surnommé Jean-Paul Nishi (JPN, comme JaPoN) s’est baladé en compagnie de l’auteur de ces lignes dans les rayons d’un hypermarché de l’électronique et de l’électroménager de Tokyo, histoire de faire de menues emplettes personnelles et de reluquer quelques nouveautés de l’été à vous faire découvrir ainsi que d’autres, à venir.

Parmi les inventions totalement nipponesques, le GOPAN de Sanyo mérite non seulement un manga, mais aussi quelques explications. C’est bon et sain, argue Sanyo pour faire l’article de cet appareil incroyable qui mitonne du pain à la maison avec des grains de riz, un ingrédient de base de la cuisine nippone dont la consommation a fortement baissé depuis cinquante ans. Ce nouvel ustensile électroménager, présenté comme le premier du genre, prépare une jolie brioche dorée en quatre heures (à faire la nuit pour le petit-déjeuner par exemple). Il suffit, selon Sanyo, d’appuyer sur un bouton après avoir introduit 220 grammes de grains de riz et presque autant d’eau, ainsi que 16g de sucre, 4g de sel et autres ingrédients dans des emplacements spécifiques. Il existe déjà au Japon depuis plusieurs années quelques machines pour préparer du pain à partir de farine de riz (et non de grains), mais cette dernière est chère et bien plus difficile à trouver que le riz en grains.

Le « Gopan » de Sanyo, dont le nom combine les termes « gohan » (riz en japonais) et « pan » (pain en français japonisé), ressemble à un autocuiseur à riz. Il transforme le riz en pâte et pétrit le tout avant de le cuire pour constituer une sorte de pain de mie soi-disant très diététique.

« La consommation familiale de riz a chuté de moitié au Japon par comparaison avec celle de 1962 », a relevé Sanyo, notant que cette désaffection avait des répercussions négatives sur l’ensemble de la filière agricole. Toutefois, après s’être laissés griser par la nourriture occidentale, les Japonais, préoccupés par leur tour de taille et soucieux de sécurité alimentaire, sont désormais enclins à rééquilibrer leur alimentation au profit des ingrédients locaux, quitte à inventer de nouvelles recettes mixtes.Depuis quelque temps, des fabricants de viennoiserie et des enseignes spécialisées dans les aliments à base de riz proposent des produits inspirés de mets occidentaux, mais réalisés à partir d’ingrédients japonais. La mode du « fait maison » joue aussi, qui se traduit notamment par la popularité de machines spéciales qui mitonnent seules des brioches à base de blé, ce que sait aussi faire le « Gopan ».

« Le pain brioché à base de riz est plus onctueux que celui réalisé avec de la farine de blé, il est aussi plus sain et convient aux personnes allergiques au gluten », souligne Sanyo. L’argument fait mouche: en effet, les Japonais sont manifestement des personnes très sensibles qui développent énormément d’allergies, physiologiques… ou psychiques.

Les Japonais sont surtout gens très inquiets. Ils ont la hantise permanente de mal se comporter en public, et celle encore plus forte de voir leur sécurité ou leur santé menacée. De fait, ils sont très attachés à l’hygiène et au bien-être sanitaire. La plupart se demandent comment on peut bien vivre à l’étranger sans les toilettes à siège chauffant et jet d’eau lavant qu’eux-mêmes utilisent depuis… 30 ans. Désormais, dans une veine voisine, les produits qui font recettes sont les appareils cracheurs d’ions négatifs, particules qui ont pour propriétés d’annihiler les pollens, poussières, virus et autres insanités qui polluent l’air ambiant.

Non contents d’avoir déjà installé un ou plusieurs engins de ce type dans leur appartement et dans leur voiture, les plus drogués aux ions négatifs en veulent désormais partout où ils vont. Sharp l’a bien compris, qui mettra en vente le 1er septembre un modèle de poche que l’on peut ainsi utiliser au bureau, dans un café ou même dans un wagon ou à bord d’un avion. (A noter que de prochains modèles de Shinkansen – trains à grande vitesse – seront eux-mêmes dotés d’un générateur d’ions négatifs). Trève de plaisanterie, l’efficacité épurative de ces appareils est prouvée et, usage à l’appui, bien appréciable. Le nouveau petit modèle (12 cm x 5cm x 2,7 cm) projette des dizaines de milliers d’ions négatifs à quelque 80 cm de distance. Posé sur une table et orientable il assainit l’air alentour pendant huit heures après avoir été rechargé sur prise secteur ou port USB d’un ordinateur.

Les ions négatifs ont en outre une autre vertu, selon Sharp, celle d’affiner et donc d’embellir la peau du visage, un argument auquel est sensible la gent féminine. D’ailleurs, cette dernière n’est pas en manque d’objets électroniques pour se parfaire l’épiderme, les rayons en regorgent. On vous épargne la liste des engins de massages et décrassage et faciaux développés dans les sections dédiées de Toshiba ou Panasonic.

Ledit Panasonic, que l’on connaît surtout en Europe pour ses produits audiovisuels, est beaucoup plus touche-à-tout au Japon, où il vend aussi des sièges de massage (très appréciés des jeunes femmes), des vélos dotés d’un pédalier semi-électrique, des rasoirs électriques, des engins de musculation des fesses ou des brosses à dents vibrantes. Il conçoit aussi des tensiomètres, pèse-personnes et podomètres, babioles qu’un grand nombre de Japonais portent à la ceinture, au fond d’une poche ou dans un sac. Les plus récentes versions de Panasonic, EW-NK30, se distinguent de celles de concurrents (Seiko, Omron, Tanita, etc.) par leur faculté de prendre en compte non seulement les pas effectués dans la journée, mais aussi l’ensemble des mouvements accomplis en l’espace de 24 heures, dans les différentes postures (dans la rue, au bureau, en faisant le ménage, etc.) . Le tout permet de calculer en fonction de la corpulence du porteur le nombre de calories br˚lées. L’appareil est aussi capable de prendre en considération à sa juste valeur l’énergie consommée durant les phases de sommeil. Il fournit des conseils pour que l’objectif que l’utilisateur s’est assigné par jour soit atteint dans le laps de temps restant.

Panasonic propose aussi une nouvelle gamme de petits engins de massage de la nuque et des mollets, faciles à transporter pour déstresser les OL ( « office ladies », employées de bureau).

Une des différences entre les Japonaises et Françaises réside peut-être dans le fait que les secondes préfèrent les mains d’un homme aux appareillages électroniques pour leur masser les mollets et la nuque endoloris par les efforts. D’une façon générale d’ailleurs, si l’offre de matériels est si ahurissante au Japon, c’est que les industriels du cru ont tendance à inventer des appareils pour remplacer tout ce qu’on peut généralement faire à la mimine, en prétendant que le mouvement est plus parfait, mieux cadencé, plus régulier et donc plus efficace, tout en étant originellement calqué sur la gestuelle d’un expert humain. C’est exact parfois, discutable dans nombre de cas. Reste qu’il en va ainsi pour nombre de machines : par exemple pour les lave-linge, les sièges de massage, les automates divers, pour les robots, les automations industrielles, etc.

Trêve de brève sociologie, quittons les rayons « hygiène de vie » et esthétique, non sans remarquer que l’on y dégote aussi des produits de soins estampillés… Fujifilm. Eh oui, de longue date spécialiste des matières chimiques pour la photo argentique et la radiographie, Fujifilm met à profit ce savoir faire pour proposer des cosmétiques. Ceci dit, comme ce genre de produit n’a rien à faire ici, nous allons nous intéresser à un autre domaine d’excellence de Fujifilm, celui de la photo numérique. Cette firme vient en effet de présenter son deuxième modèle d’appareil photo 3D, mouture améliorée du précédent sorti il y a déjà un an.

Le boîtier compact en question permet de prendre des photos et de réaliser des petites vidéos visibles sur l’écran de l’appareil lui-même ou un cadre photo LCD dédié en relief et sans lunettes. Le rendu n’est pas mauvais, mais il faut être bien placé face à l’écran. Il est également possible de percevoir lesdites scènes en 3D sur un téléviseur compatible, via une liaison par câble HDMI ou (avec les modèles Sharp) par transmission rapide infrarouge IrSimple/IrSS. Reste que dans les deux cas le port de lunettes sera requis. Le visionnage est de même loisible sur l’écran d’un ordinateur 3D.

Le nouveau modèle, Real 3D W3, qui sera en vente le 4 septembre, se distingue du premier (W1) par un emploi plus aisé, un moindre nombre de touches, bref des améliorations avant-tout pratiques. L’engin est équipé de deux optiques, horizontalement distantes de quelques centimètres et dont les images prises sous des angles différents sont combinées pour restituer la sensation tridimensionnelle. Zoom optique 3X et capteur 10 millions de points, telles sont ses principales caractéristiques. Pour compléter, Fujifilm propose un service d’impression en trois dimensions (près de 5 euros la photo aux formats 10×15 cm ou 13 x 18 cm).

Pour l’anecdote, Nishi-san et moi avons été bluffés par l’érudition d’un des marrants vendeurs de Bic Camera à l’arrière de la gare de Shibuya à Tokyo. Le garçon était intarissable sur les fonctions, avantages et inconvénients de tous les appareils présentés, manipulant chaque modèles avec une dextérité troublante. Pour tout dire, le W3 de Fujifilm, tout ergonomique qu’il soit, ne l’enthousiasme pas plus que ça, car la 3D, il n’y croît pas. Du coup, nous avons allégrement passé notre chemin devant le rayon des TV 3D pour terminer notre virée à celui des téléphones portables où l’on remarque désormais la présence de routeurs 3G/Wi-Fi.

Il s’agit de petits appareils autonomes de poche, équipés d’une puce pour accéder aux infrastructures cellulaires de troisième génération, d’une part, et d’un module Wi-Fi qui créé un réseau local, d’autre part. Ainsi est-il possible de l’utiliser partout (chez soi, à l’extérieur, dans le train) comme une passerelle d’accès à internet pour divers appareils nomades qui ne peuvent dialoguer qu’en protocole Wi-Fi. Exemple: vous pouvez avec un engin de ce type connecter une console de jeu vidéo de type Nintendo DS à internet même dans un lieu où n’existe pas de réseau Wi-Fi pré-installé. Idem pour un ordinateur, un iPod Touch, un iPhone ou un iPad. L’opérateur NTT Docomo, qui n’a pas le droit de vendre les produits d’Apple au Japon, propose un tel routeur, voyant dans ce type de terminal passerelle 3G/Wi-Fi un moyen de recruter des possesseurs d’iPad ou iPod ou iPhone, en leur offrant, moyennant un abonnement, la possibilité de les utiliser à travers son réseau. Or ce dernier est bien plus fiable et performant que celui de Softbank, concurrent qui a l’autorisation exclusive de commercialiser les iPad et iPhone au Japon. Pas très clair? Pas de souci, on reviendra un jour en détails sur les diverses nouveautés dans ce rayons des mobiles et « smartphone » nippons, ainsi que sur les stratégies commerciales des acteurs du secteur.