Malgré le fait que le Japon demeure le seul pays à avoir souffert de la bombe atomique (Hiroshima et Nagasaki en 1945), le pays a encore refusé de signer un document qui décrit les armes nucléaires comme étant inhumaines. 70 pays, dont la Suisse et l’Afrique du Sud (qui étaient en charge de préparer le document), l’ont signé.

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Hiroshima après le bombardement atomique du 6 août 1945 (© U.S. Department of Defense)

Le document en question est une déclaration commune, présentée le 24 avril à un des comités pour la Conférence des Parties pour le Traité de Non-Prolifération des Armes Nucléaires, qui aura lieu à Genève en 2015. Le but principal est d’exprimer la volonté d’instaurer la suppression des armes nucléaires comme la solution pour garantir leur non-utilisation. Les officiels japonais ont déclaré que les termes utilisés dans ce document ne leur permettent pas d’apporter leur accord en raison de leur dépendance militaire envers les États-Unis. Notamment en ce qui concerne le parapluie anti-nucléaire et des raisons de sécurité nationale. Deux documents de même nature avaient été proposés au Japon quelques mois auparavant, mais le refus avait été le même pour des raisons similaires. Le document voulant déclarer les armes nucléaires comme illégales avait embarrassé le gouvernement japonais vis-à-vis de leur politique de défense avec des États-Unis. « Nous avons décidé de ne pas donner notre accord après réflexion sur les termes utilisés et les circonstances actuelles difficiles concernant la sécurité nationale du pays », a déclaré Yoshihide Suga, le chef du secrétariat du Cabinet.

Des passages du texte ont particulièrement gêné le gouvernement japonais, comme celui-ci : « C’est dans l’intérêt de la survie de l’humanité que les armes nucléaires ne soient plus jamais utilisées, sous aucune circonstance ». Le ministre des Affaires Étrangères, Fumio Kishida, qui représente une zone de la préfecture d’Hiroshima, a donné des instructions pour amener la Suisse et l’Afrique du Sud à modifier cette phrase, sans succès.

Des organisations anti-nucléaires sont outrées par le refus du Japon de signer ce document. Le représentant de Peace Depot (une association à but non lucratif qui cherche à construire un système de sécurité qui ne s’appuie pas sur la force militaire) a déclaré : « Nous nous permettons d’exprimer nos doutes sur la capacité du gouvernement à être conscient du danger de ces armes et de leur caractère inhumain. C’est l’exemple typique d’une conduite basée sur les intérêts d’une audience étrangère, alors que cela va à l’encontre de l’opinion d’une large majorité de Japonais ». Kunihiko Sakuma, un survivant d’Hiroshima âgé de 68 ans, a dit : « Beaucoup de gens sont morts à cause de la bombe atomique. En tant qu’hibakusha (victime de la bombe atomique), je ne peux pas accepter cette décision ».

Claire Bouyssou – source : Asahi Shimbun