On se serait attendu à ce que le marché sénégalais de l’automobile soit dominé par des marques françaises. Les Japonaises en ont décidé autrement.

Par Aliou Diongue, Dakar

Les statistiques actuelles ne prennent en compte ni la marque indienne Tata, qui a fourni des bus et des minibus respectivement aux sociétés de transport en commun Dakar Dem Dikk et Senbus, ni le constructeur iranien qui vient d’arriver sur le marché sénégalais.

Le marché sénégalais de l’automobile est relativement florissant. Ce ne sont pas les embouteillages monstres qui caractérisent le trafic urbain à Dakar qui en témoignent le plus éloquemment. La bonne santé de ce marché est plutôt dans la diversité des marques qui s’en disputent les parts. Près de vingt marques se bousculent en effet sur un marché dont la force est concentrée dans la capitale.
Le deuxième signe particulier du marché sénégalais de l’automobile, c’est la relative facilité, par rapport aux autres pays de la zone UEMOA, avec laquelle on peut obtenir des données chiffrées fiables sur la taille de ce marché et les différents acteurs qui y interviennent. Ce qui conduit tout droit à la troisième caractéristique : le poids que pèsent les marques japonaises sur ce marché.

La France au 6e rang
Avec 1771 voitures neuves sur 3703 vendues durant les trois premiers trimestres de l’année 2007, ce sont en effet trois constructeurs nippons qui occupent les première, deuxième et quatrième places du classement des ventes de l’année écoulée. Ils se partagent près de la moitié du marché de l’automobile : 44, 91%.
La première marque française, Citroën, pointe à la sixième place avec 252 voitures vendues (6,39% de part de marché). La part du lion revient à Toyota, qui a écoulé 747 voitures (18,94%) en neuf mois, suivie de très près par Mitsubishi (724 unités et 18,36% de part de marché), tandis que Nissan (300 unités ; 7,61%) pointe à la 5e place, derrière l’Américaine Ford (386 unités ; 9,79%). Le premier rang de la firme japonaise n’étonne pas puisque Toyota est le premier constructeur mondial de véhicules automobiles.
La prochaine Française, Peugeot (174 unités ; 4,41%), n’occupe que la huitième place derrière l’Allemande Volkswagen (185 unités ; 4,69%) et juste devant une autre Japonaise, Suzuki (165 unités ; 4,18%).
Ainsi, seuls deux fabricants français figurent parmi les dix meilleures ventes de l’année 2007. La très célèbre marque Renault n’occupe que la 12e place avec seulement 118 voitures vendues et 2,99% de part de marché.
Tout porte à croire que la France a perdu du terrain face à la concurrence nippone qui a su améliorer le pouvoir de séduction de ses marques. Selon la mission économique française à Dakar, en effet, les exportations de véhicules automobiles français vers le Sénégal ont augmenté en 2004 de 13,7% par rapport à l’année précédente, parce qu’elles ont bénéficié d’une réglementation limitant l’importation de voitures d’occasion.
Et l’Inde ? Et la Chine ? Et l’Iran ?
Le classement ci-dessus ne prend en compte ni la marque indienne Tata, qui a fourni des bus et des minibus respectivement aux sociétés de transport en commun Dakar Dem Dikk et Senbus, ni le constructeur iranien qui vient d’arriver sur le marché sénégalais avec l’installation d’une usine de montage d’une marque appelée Mandori, et qui commence à commercialiser des voitures utilisées principalement comme taxis urbains.
Il convient de signaler que si les voitures neuves se vendent assez bien au Sénégal, c’est en partie en raison d’une décision prise, il y a quelques années par les autorités publiques, d’interdire l’importation de voitures d’occasion âgées de plus de cinq ans.
Le classement ne prend pas non plus en compte les efforts de la Chine populaire pour pénétrer tous les types de marché africains, y compris le marché de l’automobile. Selon une publication électronique chinoise, Chinafrique, « les automobiles chinoises de bonne qualité et peu coûteuses ont graduellement gagné la confiance du marché africain et deviennent un nouveau point lumineux dans la coopération économique sino-africaine ».
On notera cependant que la récente mort tragique du responsable d’une ONG islamique très connu et vice-président de l’Assemblée nationale dans un accident de voiture ayant impliqué un 4×4 de marque chinoise, la Hoover, a provoqué un début de polémique sur la fiabilité des automobiles Made in China. Celles-ci ne se sont cependant pas encore imposées sur le marché sénégalais de l’automobile.

http://www.lesafriques.com

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