De passage à Paris au mois de septembre pour le festival Tôkyô Crazy Kawaii, l’équipe de Japon infos a eu la chance de rencontrer et d’interviewer l’artiste japonaise ShojonoTomo. Partez à la découverte d’une artiste hors norme et de son univers !

ShojonoTomo avant sa performance de peinture au Tôkyô Crazy Kawaii Paris
ShojonoTomo avant sa performance de peinture au Tôkyô Crazy Kawaii Paris

 

Japon infos : Nous aimerions connaître vos débuts, quel a été votre parcours artistique, l’origine du style qui vous est propre aujourd’hui ?

ShojonoTomo : À mes débuts, mes parents ne souhaitaient pas que je me dirige vers un parcours artistique. J’ai donc, par moi même, cherché à m’orienter vers des entreprises de design afin de me faire embaucher. Ensuite, tout en continuant à travailler en entreprise, j’ai intégré des cours du soir. Je n’avais aucune connaissance en design et l’antipathie que j’avais envers mes parents, m’ont, je pense, poussé vers la création.

JI : Parlez-nous, un peu de l’atmosphère dans laquelle vous réalisez vos productions ? 

ST : Depuis que je suis toute petite, je ramasse les emballages, le verre et les déchets qui m’intéressent. Même encore aujourd’hui, je vis sous une montagne de cartons, ce qui est loin d’être le chic en matière de décoration. D’ailleurs, je crée mes œuvres dans un local qui a eu un affaissement de terrain. Il m’est prêté par un ami et récemment des rats sont même apparus; c’était très effrayant.

JI : Votre motivation pour créer, comment faites-vous pour la garder et quels sont les objets, les choses ou les personnes qui vous stimulent le plus ?

ST : Si je m’arrête de créer des œuvres, je ne trouve plus de sens à ma vie.

Concernant les choses qui me stimulent, il y a la violence de la nature, les typhons, la foudre, les plantes, mais également des objets artificiels qui coexistent avec la nature comme les immeubles par exemple. Question sentiment, je dirais la douleur du cœur et l’amour, mais pas forcement pour quelque chose de vivant. Quant aux personnes, c’est avant tout moi, la personne qui est dans mon intérieur, probablement celle qui est maladroite pour s’exprimer.

Mascotte du festival Tôkyô Crazy Kawaii, créée par ShojonoTomo
Mascotte du festival Tôkyô Crazy Kawaii, créée par ShojonoTomo

JI : En art contemporain japonais, le public français connait essentiellement les travaux de Takashi Murakami, ce dernier a fait beaucoup parler de lui lors de son exposition dans le château de Versailles. Que pensez vous de son travail ? 

ST : Je pense que c’est quelqu’un qui ressemble au style d’Andy Warhol. Je ne connais pas tout sur Murakami mais je pense que ses œuvres sont calculées en fonction du public. J’aimais particulièrement une de ses anciennes productions nommée « Shiroidakko-chan Ningyô » (la version blanche de Dakko Chan, à  l’origine une poupée trés populaire fabriquée par la marque Takara) , cependant à la vue de ses nouvelles créations je n’ai plus de coup de cœur. Néanmoins, je pense qu’il apprend énormément de choses  aux artistes.

JI : Takashi Murakami et d’autres artistes japonais de son entourage se désigne dans un courant qu’il a nommé « Superflat », pensez-vous que votre travail artistique peut rejoindre cette mouvance artistique ?

ST : Je pense que cela dépend du public. Il me semble que mes œuvres existent aujourd’hui grâce à l’environnement culturel dans lequel j’ai grandi et qui a pénétré naturellement mon corps et mon esprit.

Cependant le manga est pour moi quelque chose d’important puisque c’est ce que j’aime énormément. Certains me disent que je fais partie du courant « Outsider art », j’apprécie également les artistes qui en font partie. En tout cas, d’un point de vue objectif, je ne peux pas me définir moi-même.

JI : Nous avons pu vous rencontrer lors du festival Tôkyô Crazy Kawaii à Paris, où vous avez exposé et réalisé en direct une performance de peinture. Pouvez-vous nous donner vos impressions sur l’accueil du public du salon ? 

ST : Le public était très sympathique et fut captivé par ce long événement. Même si nous ne pouvions pas communiquer à cause de la barrière de la langue, j’ai eu plaisir de voir qu’il essayait de comprendre ce que je souhaitais exprimer.

JI : Votre séjour en France vous a t-il permis de découvrir des nouvelles idées de création, qu’est-ce qui vous a le plus surpris ?

Croquis de ShojonoTomo
Croquis de ShojonoTomo

ST : Je suis allée au château de Versailles, au petit Trianon et je me suis beaucoup amusée des diverses catégories de plantes qui ont été choisies par les botanistes. Par ailleurs, j’ai été triste lorsque j’ai vu la présentation des toilettes que Marie-Antoinette utilisait à l’époque.

À mon retour au Japon, j’ai relu « La rose de Versailles » de Riyoko Ikeda et « Napoléon » en manga. Cela m’a fait réfléchir sur l’histoire de la révolution et la culture française ainsi que sur la bourgeoisie. D’ailleurs, le titre de mon dessin que je suis entrain de réaliser aujourd’hui est « Trianon (Choisir sa mère) ».

Enfin ce qu’il m’a le plus étonné lors de mon séjour en France, c’est le coût de la vie et de ne pas avoir pu trouver de chose bon marché.

JI : Vous avez eu la chance de collaborer avec la célèbre chanteuse Nicki Minaj. À l’avenir, s’il était possible de travailler avec un artiste européen, avec qui aimeriez-vous collaborer ?

ST : Il y a des artistes que j’aime et que je connaissais déjà, tels que Niki de Saint Phalle, Vincent Van Gogh, Pablo Picasso, etc. Seulement ils sont tous décédés, je serais très heureuse si je pouvais créer quelque chose à partir de leurs œuvres mais également leur rendre hommage avec une de mes productions.

Sinon auparavant, j’ai eu une proposition pour un événement-exposition au Centre Pompidou autour des artistes influencés par le manga. Malheureusement ce dernier est tombée à l’eau, mais j’aurais été très intéressée de pouvoir y participer. Je trouvais que l’événement portait une réflexion du manga au delà de ses styles et des impressions superficielles. Une réelle analyse sur des concepts intéressants comme le désir de devenir un héros, le complexe de l’amour, l’esprit Yamato (le Japon originel); car c’est ce que les Japonais permettent de traduire à travers les manga. À ne réfléchir que sur la représentation, nous avons tendance à présenter simplement les célèbres séries de manga. Je pense que cet événement aurait permis de partager et de transmettre une autre signification du manga au public français.

Nous remercions à nouveau très chaleureusement ShojonoTomo pour cette interview accordée et lui souhaitons une excellente continuation dans tous ses nouveaux projets. 

Pour en savoir plus

Interview réalisée par Adrien Leuci, traduite par Yuka Yamaguchi pour Japoninfos.com