Télévision – La filière japonaise de Robert Lepage

Robert Lepage a longtemps eu la réputation d’être avare d’entrevues. Une réputation qui n’est plus aussi vraie. La Première chaîne de Radio-Canada avait présenté en 2004 une série documentaire sur le célèbre créateur. Dans la première série des grandes entrevues de Contact à Télé-Québec, Robert Lepage s’était également beaucoup confié à Stéphan Bureau en 2005.

Après avoir remporté un grand succès avec Le Projet Andersen, il se retrouve de nouveau dans tous les médias cet été avec Le Moulin à images, ce grand spectacle-hommage au 400e anniversaire de Québec, qui a beaucoup contribué à remettre les célébrations sur la bonne voie et qui fait la fierté des citoyens de la capitale.

Voilà qu’Artv organise une soirée Robert Lepage ce dimanche. On y reprend un documentaire déjà diffusé, Kà extrême, sur la mise en scène de Lepage du spectacle Kà du Cirque du Soleil, à Las Vegas.

Mais ce qui nous intéressera surtout, c’est ce nouveau documentaire de Marc Carpentier produit par Artv, Robert Lepage : de Québec à Tokyo, dans lequel le réalisateur a suivi Lepage au Japon en 2006 pour la tournée du Projet Andersen. Robert Lepage n’y déçoit pas : comme c’est souvent le cas, ses propos sont intelligents, clairs et profonds.

Le document permet de comprendre la fascination de Lepage pour le Japon. Il permet de comprendre aussi comment ce pays l’a influencé et comment Lepage influence lui-même la création théâtrale au Japon. « Le Japon est probablement le pays qui a le plus grand sens esthétique au monde, dit-il. Et cela m’a libéré. »

L’influence du Japon sur Lepage est multiple. Sur son jeu : « Il y a ici une pudeur qui me parle beaucoup, dit-il. Car je trouve ça très maladroit et vulgaire, la fausse générosité qu’on voit sur scène, avec les gens qui rient et qui hurlent… » Sur sa conception de l’espace, alors que Lepage cite particulièrement le kabuki, et l’art de la calligraphie, où « le geste dans les airs est aussi important que ce qu’on trouve sur la page », dit-il.

Influence également sur certains thèmes, comme celui de la solitude. Exploration de la sensualité aussi puisque, affirme-t-il, dans la culture japonaise tous les sens sont magnifiés. « Je m’identifie beaucoup aux Japonais, mais cela demande un effort », confie-t-il, racontant à quel point « les gens ne te laissent pas entrer chez eux, ne te laissent pas entrer dans leur intimité ».

On pourrait également dire que le choc du Japon est d’abord, pour Robert Lepage, celui de la rencontre de l’Autre, et que c’est « le pouvoir de mutation exercé par le choc culturel ».

Le documentaire suit également tout le travail mené avec le comédien japonais Akira Shirai pour adapter Le Projet Andersen en japonais, afin que Shirai puisse créer sa propre vision du personnage en interprétant le rôle d’abord joué par Lepage. Le Projet Andersen aborde aussi, par ailleurs, les thèmes de la rencontre de l’Autre, du colonialisme culturel, de l’identité.

Ce travail d’adaptation permet de réaliser un véritable « transfert de culture », selon le documentaire : le Japon a un impact profond sur le travail de Lepage, mais celui-ci transmet également son influence sur le théâtre japonais, particulièrement au Théâtre de Setagaya à Tokyo, un théâtre novateur qui cherche à marier techniques traditionnelles et multimédia.

Robert Lepage : de Québec à Tokyo – Artv le dimanche 13 juillet à 21h, suivi de Kà extrême à 22h5.2

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