Interview du 111 Studio à l’origine d’un dictionnaire français / japonais sur iBooks

Le Dicoyama est un dictionnaire Français/Japonais disponible sur iBooks depuis le 12 mars 2012. L’équipe de 111 Studio LLP a bien voulu répondre à nos questions sur cet outil paru dans un format inhabituel qui ravira sans doute bien des japonisants.

Bonjour 111studio, pour commencer, pouvez-vous nous présenter votre équipe ?

111 studio est une équipe franco-japonaise composée de personnes aux compétences multiples et complémentaires : développement, design web et smartphone, promotion en ligne et traduction. Nous sommes une société multiculturelle, et multilingue, qui partage la même passion pour le Japon et pour les technologies mobiles et web.

 

Quels sont vos domaines d’activité ?

111 Studio mise sur 4 axes majeurs d’activité : développement web et smartphone, localisation, mise sur le marché des produits numériques et des représentations commerciales. Nous représentons par exemple la société française Elokence, créatrice du célèbre jeu Akinator qui connaît ici un énorme succès dans sa version japonaise. Nous avons également conçu et mis en place  un service mobile payant pour la chaîne de télévision ESPN F1.

 

De combien de personnes 111 studio est-il composé ?

8 personnes travaillent de manière permanente et  nous faisons appel à une dizaine de collaborateurs externes à temps partiel : graphistes, traducteurs, commerciaux et spécialistes de marché.

 

Quelles spécialités sont représentées au sein de votre équipe ?

Florian DIDRON et Ferdinand CAPATI sont les co-créateurs de la société.

Florian, programmeur chevronné, est en charge du développement et de la veille technologique alors que Ferdinand, propriétaire d’autres sociétés en informatique,  s’occupe du développement commercial de la société.

Ils sont épaulés par Bernard LUCAS, entrepreneur expérimenté et joue le rôle de business angel pour 111 Studio. Il y a également Frédéric VO, notre Ingénieur web et Pierre ROUSSEL qui gère les infrastructures de virtualisation et de Cloud Computing. Atsushi IIKAWA et Kuriko IWAKI sont quant à eux en charge  du support client et du service après vente. Et enfin Stéphane CHAPUY, chargé de la recherche de contenus numérique et de la promotion en ligne.

 

Votre entreprise est-elle basée au Japon? Si oui, pourquoi avoir choisi d’y établir votre activité ?

C’est au Japon que les membres de son équipe vivaient et se sont rencontrés. C’est également ici que nous pouvions mettre en valeur notre spécificité française tant appréciée dans de nombreux domaines comme celui de la cuisine, de la mode ou du design.

Chez 111 studio, nous nous considérons un peu  tous comme des représentants du bon goût français transposé au monde numérique.

 

Faites-vous du japon un marché privilégié ?

Oui. Le marché japonais n’est pas vraiment en pleine expansion mais son marché intérieur n’est nullement touché par une crise dont on a du mal à voir les effets dans notre métier ici à Tôkyô. Les Japonais ont toujours aussi soif de raffinement et leur curiosité pour les idées, les concepts étrangers est non seulement intacte mais va en grandissant de pair avec la mondialisation dont nous sommes peut-être un des agents au Japon.

 

Vous venez donc de lancer le Dicoyama, un dictionnaire Français/Japonais disponible sur iBooks. Pouvez-vous nous expliquer plus en détail de quel genre de dictionnaire il s’agit et à qui s’adresse-t-il ?

C’est un dictionnaire qui s’adresse aux japonisants, confirmés ou débutants, et plus généralement à ceux qui s’intéressent à la langue japonaise de l’otaku aux hommes d’affaire. Il a l’avantage de répertorier les 2136 kanjis officiels par clés, classées par nombre de traits, et d’en donner une  traduction fidèle et concise.  Il contient plus de 18.000 termes traduits dans les deux sens. En bonus, il offre  un mémo des fondamentaux de la grammaire japonaise, un guide de conversation de base proposant plus de 750 phrases clefs, et une présentation historique et géographique du Japon. Les auteurs ont cherché à faire un ouvrage mis à jour qui puisse servir aussi bien à l’étudiant, à un entrepreneur ou au touriste de passage.

 

Pouvez-vous nous expliquer brièvement comment vous est venue l’idée de créer un dictionnaire ?

Les deux auteurs Jean-Louis Bages et Michiko Terashima dirigent une école de langue française à Tôkyô, Nouvelle Ecole depuis plus de 28  ans. Comme les professeurs et leurs élèves ne trouvaient pas de dictionnaires satisfaisants et mis à jour, Jean-Louis et Michiko  décidèrent d’en écrire un eux même sur la base de leur longue expérience pédagogique acquise au Japon. Leur  mot d’ordre “Faire mieux que ce qui existe déjà, ou ne rien faire”, l’idée principale était d’écrire un dictionnaire moderne en rômaji et notamment  avec un vocabulaire varié utilisable dans la vie de tous les jours. C’est ainsi que naquit “Le JISHO 1”, dictionnaire français – japonais suivi du “Le JISHO 2”, dictionnaire japonais-français. Puis vint Le TEMADIC, dictionnaire thématique français-japonais, INTROJAPON, guide de la conversation franco-japonaise et enfin, Le DICOYAMA, dictionnaire français-japonais et français-japonais synthétisant les ouvrages précédents. La première version papier de cet ouvrage est sortie en 2006. Ferdinand CAPATI, un ancien de Langues’O, connaissait tous ces ouvrages, mais a toujours regretté l’absence d’une version électronique, facilement transportable et tenant peu de place sur un ebook reader. C’est comme ça que nous avons eu l’idée d’en parler à Monsieur Bages.

 

Quelles ont été les étapes indispensables à sa conception ?

Les auteurs ont été très méthodiques tout en recherchant la simplicité d’usage pour le lecteur final. Les auteurs ont tout d’abord procédé à un choix lexical sur des critères pragmatiques d’occurrence dans les médias les plus communs : magazines, journaux, télévision etc. Une fois analysés et traduits, ces termes ont donné  un dictionnaire fort de plus de 18.200 entrées en constante révision grâce au format électronique de 111 Studio.

La phase de relecture, de correction et de validation a été de loin la plus fastidieuse mais Jean-Louis et Michiko ont pu compter sur le soutien dévoué de collaborateurs représentatifs des futurs clients du Dicoyama : un professeur japonais de français de l’université de Meiji Gakuin,  une ancienne  étudiante de la même université, deux correctrices japonaises francophones et un panel de jeunes apprenants de japonais ou de français. Trois années de travail ont été nécessaires pour obtenir le meilleur résultat possible, avec parfois de  longues  discussions “au coin du feu” sur des points grammaticaux ou sur la raison d’être d’un terme dans le dictionnaire.

 

Pouvez-vous nous vanter les avantages pratiques de ce dictionnaire ?

Une fois téléchargé sur votre Iphone ou votre iPad, vous le gardez sous la main, tout le temps. Ce qui est déjà un avantage comparé à une édition papier. Le second avantage c’est de pouvoir  le mettre régulièrement  à jour en cas de coquilles ou de changement de contenu comme c’est le cas pour les kanjis officiels. Les mises à jours sont à la fois plus fréquentes que pour les éditions papiers mais elles sont avant tout  gratuites.  Les clients ont l’assurance et la satisfaction d’avoir sous la main un ouvrage constamment remis à jour contrairement à certains petits dictionnaires papiers qui n’ont pas été renouvelés depuis près de 10 ans !

 

Si vous aviez un conseil à donner aux futurs utilisateurs, quel serait-il ?

Rejoindre les réseaux sociaux autour du Dicoyama sur Facebook et  twitter, par exemple. On peut y apprendre plein de choses intéressantes sur les Kanjis par exemple. En faisant partie de cette communauté web des personnes qui s’intéressent à la langue japonaise, on peut discuter et faire évoluer le contenu du Dicoyama via les forums et les souhaits. Le système est différent de celui de Wikipédia car toute modification passe obligatoirement par la validation rigoureuse du comité de rédaction.

 

Enfin, quel regard portez-vous sur l’industrie numérique japonaise actuellement ?

Dans un  pays où l’innovation  a toujours été une priorité nationale, nous constatons  que le Japon accuse de curieux retards dans certains domaines. Alors que l’industrie du téléphone portable était un des  symboles de la supériorité technologique japonaise pendant près de 15 ans avant avec l’écosystème  i-mode de NTT docomo,  le Japon s’est montré très réticent aux avancées des premiers Smartphones (Nokia/Symbian et Windows/WM6.x) avant de tomber sous les assauts d’Apple/iPhone. On peut raisonnablement penser que le Japon accuse un retard de 3 à 5 ans dans l’économie des Smartphones : réseaux de communication 3G/4G, services et formules aux particuliers et  surtout catalogue d’applications. De manière générale le Japon est un pays avide de nouveautés mais extrêmement conservateur quand il s’agit de les appliquer au marché intérieur. Il reste encore de nombreux pans de l’économie numérique à présenter et à promouvoir au Japon et c’est justement là l’une des missions cruciales de 111 Studio : servir d’interface.

Merci à l’équipe de 111 Studio de nous avoir accordé un peu de leur temps.

Pour plus d’informations le site du studio111 : http://www.111studio.jp

Propos recueilli par Julien Barbier pour japoninfos.com