{{Dans ce film d’atmosphère, la réalisatrice espagnole Isabel Coixet dessine la vie en creux d’une jeune Japonaise éprise de l’homme qu’elle doit abattre.
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Souvenez-vous. En 2003, Isabel Coixet nous fendait le cœur avec Ma vie sans moi, portrait d’une jeune mère cancéreuse qui n’avait plus que trois mois à vivre et allait organiser le bonheur des siens, sans elle. La réalisatrice espagnole, inclassable et originale, nous embarquait ensuite sur une plate-forme pétrolière dans The Secret Life of Words (2005), liant les destins de deux écorchés de l’existence. Unis par les silences et les mots. Il est encore beaucoup question de silences, associés cette fois à la puissance des sons dans Carte des sons de Tokyo, film tourné au Japon et présenté en compétition à Cannes il y a deux ans. L’une des particularités de la cinéaste catalane est son âme gitane et voyageuse. Elle arpente le monde tout en s’intéressant à la géographie des sentiments. Atmosphère et vibrations très nipponnes pour cette histoire de solitude, de vengeance et d’amour. Au cœur du récit, la mélancolique et mystérieuse Ryu (Rinko Kikuchi). La jeune femme travaille la nuit à la halle aux poissons. Le jour, elle est une tueuse à gages, aussi silencieuse que son arme. Elle est engagée par un père inconsolable après le suicide de sa fille, dont il rend responsable David (Sergi Lopez), son amant espagnol. Lorsqu’elle rencontre David, Ryu tombe amoureuse de sa cible. Lui reste obsédé par l’image de sa petite amie défunte et ne voit en Ryu qu’un objet sexuel. Moins artificielle est la relation que Ryu entretient avec un vieil ingénieur du son (Min Tanaka), secrètement amoureux d’elle. Il enregistre sa voix, ses pas, et l’accompagne tous les dimanches dans les cimetières, où elle nettoie consciencieusement les tombes de ses victimes. Ne serait-ce que pour ces moments-là, on peut aller voir Carte des sons de Tokyo, certes moins corsé en émotions que les précédentes œuvres de la réalisatrice, mais traversé par des instants magiques.

{{Haruki Murakami, fan d’Isabel Coixet}}

L’écrivain japonais est un fervent admirateur de la réalisatrice espagnole. Auteur de critiques élogieuses sur ses films, il souhaiterait qu’elle adapte ses romans au cinéma. Ce dont Isabel Coixet se sent « incapable ». « Qu’apporter de plus à une œuvre aussi riche ?, demande-t-elle. Dans les romans de Murakami, j’aime tout. Ses références au jazz et aux films américains des années 1960 comme ses personnages féminins, qui ont cet amour du mystère, ce respect pour le secret. »

Carte des sons de Tokyo, drame d’Isabel Coixet avec : Sergi Lopez, Rinko Kikuchi. Durée : 1 h 49.

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