La plupart des Bourses mondiales sont reparties à la hausse vendredi, au terme d’un mois d’octobre qui restera comme celui d’une crise financière historique, alors que l’horizon économique continuait de s’assombrir, avec un cortège de mauvais résultats d’entreprises et de plans sociaux.

Le rebond a été net sur la majorité des places: à Wall Street, le Dow Jones a pris 1,57%, enchaînant une deuxième séance consécutive de hausse pour la première fois depuis un mois.

Au lendemain de l’annonce d’une chute du produit intérieur brut américain de 0,3% au 3e trimestre, les volumes d’échanges sont restés faibles, ce qui ne dénote pas un retour fracassant de la confiance sur le marché.

Francfort a clôturé à +2,44%, Paris à +2,33%, Londres à +2%, Milan à +2,88%, Amsterdam à +3,90% et Madrid à +3,32%.

« Le système financier commence à mieux fonctionner et cela aide vraiment le marché aujourd’hui », a souligné Owen Fitzpatrick, de Deutsche Bank.

Un autre mauvais chiffre est cependant venu confirmer la baisse de la consommation américaine: les dépenses des ménages de septembre, en recul de 0,3% par rapport au mois précédent. C’est la baisse la plus forte depuis juin 2004.

Exception à la tendance haussière: Sao Paulo a perdu 0,52%. En Asie, Tokyo avait clôturé à -5,01%.

« Le marché se cherche un peu », a expliqué Mace Blicksilver, de Marblehead Asset Management à New York. « Il va falloir attendre lundi et mardi, et un nouveau mois, pour voir si l’argent va affluer ou s’il va refluer » sur le marché, a-t-il ajouté.

Sur le mois, les trois grandes places européennes et New York ont perdu de 15% à 17%. Tokyo, qui sera fermé lundi pour cause de jour férié, a perdu 25% en octobre.

Depuis le début de l’année, les principales Bourses mondiales ont perdu de 30% à 40%.

Les répercussions se font sentir dans les données macroéconomiques comme chez les entreprises.

Des grands noms de l’industrie ou de la finance comme Nissan, Motorola, BASF ou American Express ont annoncé des suppressions d’emplois par milliers, menaçant d’accélérer la chute de l’économie vers la récession.

L’Allemagne a annoncé vendredi une baisse plus forte que prévu des ventes de détail en septembre (-2,3% par rapport à août), indiquant que la consommation ne serait pas le moteur d’une reprise de la première économie européenne.

L’Espagne, particulièrement touchée par la crise de l’immobilier, a vu son économie plonger dans le rouge au troisième trimestre avec un produit intérieur brut (PIB) en baisse de 0,2% par rapport au trimestre précédent.

La Banque du Japon a réduit à presque zéro (+0,1%) sa prévision de croissance pour l’exercice 2008-2009 (avril à mars).

La reprise économique ne devrait venir qu’après septembre 2009, a estimé la Banque du Japon, qui a abaissé vendredi son taux directeur de 0,20 point, à 0,30%. Cette baisse, la première en plus de sept ans, complète un plan de relance de 207 milliards d’euros annoncé jeudi.

L’Allemagne prévoit aussi d’injecter 20 à 25 milliards d’euros dans des mesures de soutien à la conjoncture sur les deux années à venir.

Le Parlement ukrainien a adopté vendredi soir un plan de sauvetage économique réclamé par le FMI en échange d’un crédit de 16,5 milliards de dollars.

Le Premier ministre russe Vladimir Poutine a annoncé qu’un plan de soutien à l’économie serait présenté « dans les jours à venir ».

Mercredi, la Fed avait annoncé un abaissement d’un demi-point, à 1,0%, de son principal taux directeur. La Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d’Angleterre ont laissé entendre qu’elles pourraient prochainement assouplir aussi leur politique monétaire.

Mais ces mesures n’ont pas d’effet immédiat sur l’économie.

Les cours du pétrole sont repartis à la baisse à Londres, le baril de Brent perdant 2,19 dollars à 61,52 dollars, tandis qu’à New York, le baril a fini à 67,81 dollars, en hausse de 1,85 dollar.

Parallèlement, l’euro s’affaissait de nouveau face au dollar, à 1,2754 dollar vers 20H30 GMT, contre 1,2913 dollar jeudi soir.

Côté banques, la britannique Barclays a annoncé une nouvelle levée de fonds de près de 9 milliards d’euros, qui donnera plus de 30% de son capital au Qatar et à Abou Dhabi, préférant ce scénario à celui de l’entrée de Londres dans son tour de table.

La mauvaise santé de l’économie s’exprime aussi dans les résultats des entreprises, dont beaucoup revoient à la baisse leurs prévisions de résultats.

Selon le cabinet de reclassement Challenger, Gray et Christmas, le nombre de suppressions d’emplois devrait dépasser le million en 2008 aux Etats-Unis, un chiffre inédit depuis 2005.

Vendredi, la première banque japonaise, Mitsubishi UFJ Financial Group, a annoncé une division par presque trois de sa prévision de bénéfice pour 2008-2009.

A Paris, le leader mondial des cosmétiques L’Oréal a annoncé un recul de ses ventes au troisième trimestre, une révision à la baisse de ses objectifs et la fermeture de deux usines en Europe, pour la première fois « depuis de très nombreuses années ».

Le constructeur automobile allemand Daimler va réduire sa production. Il propose des indemnités de départ aux 4.000 salariés de son usine américaine de Vance (Alabama).

L’industrie du luxe, réputée solide face aux aléas économiques, risque selon le cabinet Bain and Company d’entrer en récession en 2009, pour la première fois depuis six ans.

Pour cause de crise, le projet du groupe irlandais U2 de construire une tour de 120 mètres de haut dans le quartier des docks de Dublin a été arrêté.

AFP

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