Hiroshima. Sur les traces des descendants du soldat mort

À la recherche des descendants d’un soldat breton mort à Hiroshima en 1900, Noburu Harano, le vice-président de la société franco-japonaise, était à Kervignac, il y a quelques jours. Rencontre.

Il est installé dans le hall de la mairie. Complet cravate, lunettes, il retranscrit avec minutie l’acte de naissance de Louis-Marie (Le) Carour que l’on vient de lui photocopier. Noboru Harano est à Kervignac pour quelques heures. Le lendemain, il reprend l’avion pour rejoindre sa ville de Hiroshima, au Japon, où il est professeur d’université en langue et littérature française. Il est également vice-président de la société franco-japonaise de Hiroshima et c’est à ce titre qu’il est ici. Cent huit ans très exactement, jour pour jour, après que le canonnier du 11 e régiment d’artillerie de marine Louis-Marie (Le) Carour soit décédé dans la rade d’Ujina, sur le navire-hôpital de la Croix-Rouge japonaise. C’était le 21 juillet 1900. Louis-Marie Carour est l’un des sept soldats et marins français,
sur les 120 blessés, ayant trouvé la mort après avoir combattu l’insurrection des Boxeurs en Chine.
Leur aïeul dort dans le calme
« C’était la première expédition militaire commune entre la France et le Japon », explique ce passionné. « Et, cette année, nous fêtons le 150 e anniversaire des relations diplomatiques entre nos deux pays, c’est pour cette raison que je souhaitais retrouver les descendants de ces sept soldats français décédés et enterrés sur notre terre. Car, depuis 108 ans, nous nous occupons d’eux ». Et de belle manière puisque les citoyens de Hiroshima entretiennent inlassablement les sépultures depuis tout ce temps, « même pendant la Seconde Guerre mondiale alors que nos deux pays étaient ennemis ». « C’est justement pour dire aux descendants de ces hommes que leur aïeul dort dans le calme à Hiroshima que je veux les retrouver ». Depuis l’an 2000, Noboru Harano a entrepris ce travail de fourmi en contactant toutes les mairies concernées. Au fil des réponses, il a ainsi retrouvé, à Crozon (29), la petite-nièce du deuxième Breton décédé en rade d’Ujina, le 21 juillet 1900, Corentin Postic. Le quartier-maître de timonerie du Jean-Bart était natif de Lanvéoc (29).
Les recherches se poursuivent
Et aujourd’hui, le médiéviste japonais rêve de voir ses recherches morbihannaises aboutir. En fin limier, ce spécialiste international du « Roman de Renart » a donc fureté un peu partout dans la petite commune de Kervignac, lors de son bref passage. Il a arpenté le cimetière, s’est rendu à l’école maternelle ainsi que dans le village du Penher, où Louis-Marie Carour a vu le jour le 15 août 1878… Michèle Le Romancer, adjointe au maire de Kervignac, en collaboration avec l’amicale des anciens combattants, s’est elle aussi lancée dans ces recherches après les sollicitations de Noboru

Harano. « Nous avons cherché. Louis-Marie Carour n’aurait aucune descendance à Kervignac, mais nous avons quelques pistes dans les communes voisines », explique l’élue. Noboru Harano s’est, quant à lui, envolé vers Hiroshima avec l’espoir de raconter, bientôt, à l’un des descendants du jeune canonnier de Kervignac, l’histoire de son ancêtre inconnu, mort à 22 ans à l’autre bout du monde.

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Gaël Le Saout

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