Le conflit des îles Senkaku/Diaoyu

Depuis maintenant plus de cinq mois le conflit territorial entre le Japon et la Chine autour de l’archipel des Senkaku perdure. Face à l’escalade des tensions, les gouvernements respectifs japonais et chinois essaient tant bien que mal d’apaiser les relations avec plus ou moins de réussite.

Ce conflit prend ses racines dans l’achat le 11 septembre 2012 de trois des cinq îles de l’archipel des Senkaku – Uotsurijima, Kita-Kojima, Minami-Kojima – par le gouvernement japonais à son possesseur, l’homme d’affaires Kunioki Kurihara, pour la somme de 21 millions d’euros, déclenchant la colère des autorités chinoises. Le gouvernement a justifié la nationalisation en assurant qu’il voulait contrer l’offensive du gouverneur de Tôkyô, M. Ishihara Shintaro, nationaliste notoire. En effet, il avait déclaré le 16 août 2012 le lancement d’une souscription pour l’achat de ces îles.

Origines plus anciennes

Le litige autour des îles Senkaku, ou Diaoyu en chinois, est plus ancien que l’on pourrait le penser. Selon les autorités japonaises, cet archipel inhabité aurait été restitué au Japon par les américains en 1972, ainsi que l’île d’Okinawa jusqu’alors administrée par l’ONU. La Chine et Taiwan avaient postulé pour la 1ère fois à leur souveraineté après qu’une étude de l’ONU eut conclu en 1969 à l’existence de réserves de pétrole importantes. Bien que Pékin rappelait ouvertement que les îles faisaient parties des « plans de défense maritime » des dynasties Ming (1368-1644), puis Qing (1644-1911), Tôkyô en avait officiellement pris possession en 1895, sans opposition à l’époque de l’Empire des Qing.

Le principal argument pour la souveraineté des îles des Senkaku tourne autour de la Zone Économique Exclusive (ZEE). La ZEE est « un espace maritime sur lequel un État côtier exerce des droits souverains en matière d’exploration et d’usage de ressources ». Habituellement, la ZEE des États s’étend à 200 milles nautiques, soit 350 kilomètres, des côtés. Toutefois, dans le cas de la Chine et du Japon, l’espace séparant les deux États n’étant que de 350 milles nautiques (647 kilomètres), le partage ne peut se faire.

Tôkyô se référant à la Convention de l’ONU sur le Droit de la mer de 1982, définie la ZEE par une médiane passant à 323 km des côtes. De son côté, Pékin, s’appuyant sur une législation réservée aux États les plus pauvres du Pacifique, soutient que la ZEE, s’étend à l’ensemble du plateau continental jusqu’aux abords immédiats d’Okinawa. Pour Pékin « l’exploitation du pétrole et du gaz dans la ZEE qui se situe dans une zone côtière non contestable est du domaine exclusif de la souveraineté de la Chine ».

Enjeu économique et politique

Cette stratégie d’expansion du territoire démontre une volonté de se positionner au rang de grande puissance et ainsi de globaliser les intérêts de la Chine. Cela fait également ressortir la prise de conscience que la Chine se trouve de plus en plus dépendante du monde extérieur.

Pour la Chine, 1er consommateur et importateur en Asie et le 2ème mondial, la dépendance énergétique qui ne cesse d’augmenter constitue un sujet de préoccupation. Ceci en raison du risque supposé « d’ingérence » induit par cette dépendance vis-à-vis des sources d’approvisionnement essentiellement situées aujourd’hui au Moyen-Orient, dans une zone contrôlée par l’Amérique.

Mais outre cette source considérable de richesse qu’est le sous-sol des mers de Chine, l’archipel des Senkaku représente un enjeu politique évident. Le Japon en possédant ces îles « est un obstacle majeur pour la Chine qui l’empêche de sortir des « mers intérieures » et de se déployer librement dans le Pacifique », affirme Hiroyasu Akutsu de l’Institut national des Études de Défenses. L’archipel représente un verrou dont la possession ouvre un accès direct au Pacifique.

Ce conflit s’intégrerait plus dans une politique expansionniste de la Chine ? Tout laisse penser en ce sens. Le nombre d’incidents et litiges maritimes s’est multiplié ces derniers mois. Tous les pays riverains sont visés. Ainsi en 2012, la Malaisie s’est vue interdire le déploiement de deux vaisseaux sismiques dans sa propre ZEE par la Chine. La marine chinoise a également coupé les câbles d’un navire d’exploration géologique vietnamien et envisage la création d’une « préfecture » chinoise sur une des îles Spratley revendiquées par le Vietnam.

La Chine ira-t-elle jusqu’au bout de ses ambitions territoriales qu’elle ne se donne même plus la peine de cacher ? Jusqu’où le conflit autour de l’archipel des Senkaku et plus largement la situation en Asie du Pacifique vont-ils évoluer ? Malgré des frileuses tentatives de dialogue et d’apaisement entre Tôkyô et Pékin, les questions restent en suspens.

Quentin Guyomard