En perte de vitesse, le géant Toyota contraint de mettre la pédale douce

Petite forme pour le géant Toyota. Après une année 2007 étincelante qui l’avait vu devancer General Motors (GM), le premier constructeur japonais accumule les résultats en demi-teinte, voire négatifs. A tel point qu’il a dû annoncer officiellement hier une augmentation du prix de certains de ses modèles au Japon, dont la Prius, sa voiture hybride.

Une situation étonnante mais peu surprenante. Katsuaki Watanabe, le directeur général du constructeur, avait prédit lui-même, en début d’année, de sérieuses secousses pour son groupe durant l’exercice actuel 2008-2009. Sans sous-estimer les difficultés, il avait tablé sur une baisse des ventes de 5 % à l’échelle mondiale et prévu une chute de 30 % du bénéfice d’exploitation. Sauf qu’a posteriori, la sanction du marché est plus sévère que prévue. Hors de Chine, le résultat opérationnel du groupe a chuté de 39 %. Depuis des mois, les ventes de Toyota patinent sur nombre de marchés clés (aux Etats-Unis, en Europe de l’ouest et au Japon), tandis que son bénéfice net a reculé de 28 % en avril-juin, à 353,6 milliards de yens (2,1 milliards d’euros). Ce résultat en baisse est toutefois supérieur à certaines prévisions.

Dos rond. En raison de sa taille, Toyota souffre bien plus que d’autres constructeurs de la flambée du prix de l’acier (surtout) et des effets de change dévastateurs (faiblesse du dollar et euro fort). Du coup, certaines usines du groupe tournent bien en dessous de leurs capacités. Et plusieurs milliers d’ouvriers (5 000, dit-on) seraient en situation de quasi chômage technique. Toyota fait le dos rond et n’entend pas pour autant licencier. En fait, l’environnement a rarement été aussi concurrentiel pour lui : les ventes de ses concurrents japonais sont aussi bonnes, voire meilleures, que les siennes en Chine, au Moyen-Orient et en Russie. Lancé dans un plan d’économies drastique (qui doit lui faire économiser 600 millions d’euros), le constructeur a déjà revu à la baisse ses prévisions de ventes mondiales cette année (à 9,5 ou 9,6 millions de véhicules). Il va réduire dans le même temps sa production de 4×4 et autres véhicules gourmands en carburant tout en mettant sur le marché de nouveaux véhicules hybrides (certains sous sa marque de luxe Lexus). Le géant prévoit d’ici à fin mars 2009 un résultat opérationnel de 1 600 milliards de yens (985 millions d’euros), en baisse de 30% sur un an. Le premier recul prévu du constructeur japonais depuis six ans.

Long terme. Tel un paquebot de ligne en mer agitée, Toyota entend toutefois maintenir le cap et ses objectifs de croissance à long terme. L’essentiel, pour ses stratèges, demeure d’être parvenu aux sommets en talonnant ses rivaux américains GM et Ford eux aussi en grande difficulté (lire encadré). Au premier semestre 2008, il a vendu 4,8 millions de véhicules (contre 4,5 pour GM). Et son potentiel reste impressionnant. Si la capitalisation boursière du leader japonais, évaluée à 92 milliards d’euros, a dévissé d’un quart de sa valeur depuis le début de l’année, son trésor de guerre reste estimé à environ 170 milliards d’euros, sans comptabiliser tous ses actifs et les résultats de ses centaines de filiales (hélicoptères, robotique, immobilier, etc.). Toyota n’allant pas si mal que ça, c’est à se demander si son recul ne tient pas plutôt du repli stratégique.

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