{{Organisateur des French J-Music Awards, Kévin Petrement a accepté de répondre aux questions de Japon Infos. Voici la seconde partie de notre entretien, qui traite du marché de la musique japonaise en France.}}

[La première partie de l’entretien->

{{Japon Infos : le grand public ne connaît pas forcément la musique japonaise. Aujourd’hui, quels sont les artistes qui ont la plus belle cote en France ?}}

KP : c’est assez varié. Il existe toujours, c’est indéniable, une fanbase non négligeable pour les artistes Visual Kei, même si le « phénomène » un peu trop surexploité a beaucoup perdu de son ampleur : le public a fini par comprendre qu’on cherchait à lui vendre tout et n’importe quoi, et s’est décidé à faire le tri ; aujourd’hui il y a une vraie revendication qualitative dans les attentes des fans, pour qui le numéro 1 incontestable est le groupe the Gazette.

Un artiste comme Miyavi, qui a su se départir de ses racines VK sans les renier pour faire évoluer sa musique, bénéficie également d’une forte côte de popularité. Et puis le groupe de légende X Japan, dont les concerts annulés prennent des allures de mauvais gag, reste indéniablement l’un des plus attendus, sa popularité s’étendant bien au-delà des habituels créneaux « nippophiles ». Pour ce qui est du rock au sens large, L’Arc~en~Ciel met tout le monde d’accord ou presque, et le retour probable en Europe de son chanteur HYDE au sein de son projet VAMPS est promis à un beau succès.

Plus largement, les popstars féminines, qui incarnent pour beaucoup le concept « Jpop » à elles seules, sont celles qui réunissent le plus de fans de tous bords. Ayumi Hamasaki en tête bien sûr, mais aussi Namie Amuro, BoA, Kumi Koda, Ami Suzuki, et bien sûr Hikaru Utada dont le statut d’auteur-compositeur lui permet de bénéficier d’un soutien plus large de la part d’un public plus âgé, aux démarches moins récréatives et plus qualitatives.

D’autre part, une foule d’adolescentes se dévouent corps et âmes aux divers boys bands de la Johnny’s Jimusho, avec une préférence pour la nouvelle génération (NEWS, KAT-TUN) . Les boys bands coréens font également une grosse percée auprès de ce public (DBSK/Tohoshinki, BIG BANG…).

Pour le reste, la cible commerciale fait surtout connaissance avec des artistes par l’intermédiaire d’une ou deux chansons phares utilisées comme générique de tel ou tel anime : YUI, ou encore UVERworld pour ne citer qu’eux ont particulièrement bénéficié de ce phénomène.

N’oublions pas non plus KOKIA, première arrivée et donc première servie, qui a su s’attirer un public fidèle grâce à un déploiement précoce sur le marché français et au soutien des principaux sites web spécialisés, et qui exploite aujourd’hui brillamment ce qui, il faut le dire, est devenu un véritable filon. Un petit filon, mais un filon quand même.

Et puis à côté de cela, il y a un public souvent plus âgé (et plus masculin), qui revendique des influences beaucoup plus éclectiques, et un background moins marqué par tout ce côté « manga/anime/jeux video ».

Aux interprètes ultra-médiatisés, il préfère des auteurs-compositeurs (Shiina Ringo, Chitose Hajime, Cocco, Chara, Chihiro Onitsuka, Akino Arai…). Aux groupes de rock à midinettes, il préfère les formations plus adultes, indépendantes, parfois même confidentielles, ou aux influences plus folk ou plus occidentales (ELLEGARDEN, B’z, Mr.Children, SUPERCAR, the brilliant green, Yuzu, SPITZ, Mono…).

Et à l’electro-pop catchy un peu trop à la mode (Perfume en tête), il préfère les travaux des grands pontes établis de l’electro nippone, de FANTASTIC PLASTIC MACHINE à i-dep en passant par Shinichi Osawa et autres Towa Tei, même si le duo capsule réunit encore la plupart des suffrages.

Bizarrement par contre, les artistes solo masculins bénéficient de très, très peu de soutien, quel que soit le sexe, la classe d’âge ou les horizons du public concerné !

{{Japon Infos : à votre avis, que recherchent les fans francophones à travers les artistes japonais ?
}}

KP : sur un plan strictement artistique, la plupart des musiciens et critiques interrogés s’accordent sur le fait que la production musicale japonaise est beaucoup plus basée sur la mélodie que la production occidentale, généralement fondée sur la rythmique. Et c’est sans doute cette attention portée à l’efficacité ou à l’inventivité des mélodies qui surprend favorablement les futurs fans, et continue à les toucher par la suite.

A condition bien sûr de dépasser la barrière de la langue, relativement rebutante pour le grand public mais beaucoup plus accessible au jeune public pour qui le manga, l’anime et les jeux vidéos font partie intégrante du quotidien.

Il y a aussi bien sûr le fait que le public touché, majoritairement collégien, lycéen ou étudiant, encore en construction d’identité, trouve dans la musique japonaise une singularité suffisante pour à la fois se démarquer de ses voisins et se réaliser dans l’appartenance à une communauté.

Il est probable que si demain L’Arc~en~Ciel écume les plateaux TV français et les couvertures de magazines pour adolescentes aux côtés de Justin Bieber, Tokio Hotel et autres acteurs de Twilight, les fans de la première heure du groupe passeront très vite à autre chose…

Et puis il y a sans doute aussi un phénomène d’identification, lui aussi favorisé par une imprégnation de plus en plus forte des valeurs transmises par une « culture manga » omniprésente, mais c’est un sujet vaste et sujet à polémique qui à lui seul mériterait plusieurs pages de développement…

{{Japon Infos : la grande fascination qu’exerce l’univers des mangas favorise t-elle le succès d’artistes japonais en Occident ?}}

KP : incontestablement, en tout cas à ce jour cette fascination reste la principale source de succès commercial, le seul qui assure une viabilité à la musique japonaise sur le marché occidental.

Comme mentionné plus haut, les génériques d’anime (qui au Japon sont interprétés le plus souvent par des artistes majeurs) sont un des principaux vecteurs directs de découverte.

Moins directement, l’influence à moyen terme qu’exerce la consommation de manga/anime/jeux video permet une ouverture beaucoup plus importante du jeune public aux valeurs, aux codes et aux méthodes marketing typiquement nippons, surtout en comparaison avec la génération précédente ; la langue japonaise n’est par exemple plus une bizarrerie, c’est quelque chose à quoi l’oreille commence à se familiariser.

Ainsi « formé », le public français est mieux préparé à recevoir la production musicale japonaise, et à se l’approprier, voir s’y identifier. D’où un public qui s’élargit, là où quelques années auparavant il était composé d’une communauté beaucoup plus fermée, solide et experte.

Et puis surtout, le phénomène se nourrit de lui-même : en dehors de quelques artistes nippons qui font les choses par eux-mêmes pour se faire plaisir, peu nombreux sont ceux qui peuvent se permettre de faire le déplacement jusqu’en France, et à l’inverse il n’y a que peu de professionnels français capables d’investir dans l’organisation de concerts japonais en France ; si bien que les évènements comme Japan Expo ou les media comme Nolife, dont le succès repose essentiellement sur la culture manga/animation/JV, finissent par être les seuls à pouvoir garantir une visibilité et une rentabilité aux artistes qui y sont invités.

Le revers de la médaille est d’ailleurs souvent douloureux : forts de leur succès (souvent acquis d’avance) à Japan Expo, beaucoup d’artistes cherchent ensuite à revenir dans le cadre de tournées plus conventionnelles, et la plupart tombent alors des nues face à un échec commercial cuisant…

Le résultat est très paradoxal : ces mêmes spécialistes français, qui, comme moi, se battaient il y a quelques années pour faire venir des artistes en France, doivent aujourd’hui tempérer, parfois froidement, les espoirs de certains professionnels nippons qui ont une vision pas du tout réaliste de l’eldorado occidental.

C’est malheureusement le prix à payer pour éviter qu’une accumulation d’échecs vienne annihiler d’un coup tous les efforts réalisés jusque là pour crédibiliser ce marché.

{{Japon infos : quels sont vos objectifs pour les French J-Music Awards 2010 ?}}

KP : 2008 et plus encore 2009 marquent un vrai tournant dans l’appréciation extérieure du sondage, notamment de la part des professionnels japonais qui sont de plus en plus nombreux à envisager d’exporter directement leurs artistes en Occident, faute d’intermédiaires français disposés et compétents.

Il va sans dire que dans ces conditions ma priorité va à assurer la plus grande représentativité possible aux résultats. Pour cela il n’y a pas 36 choses à faire : il faut élargir le plus possible le public de ce sondage pour lui faire dépasser le clivage de la seule communauté de fans active. Le système de vote automatisé étant désormais en place, il devrait être plus facile, pour l’édition prochaine, de consacrer plus de temps à la communication, en espérant que les médias qui accepteront de relayer l’opération seront eux aussi plus nombreux !

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