Un Japon sans Japonais ? L’idée pourrait surprendre mais, selon les démographes, si la tendance actuelle se maintient, la population japonaise, aujourd’hui de 127 millions d’âmes, pourrait tomber à… 0 en l’an 3000, comme le rappelle le dernier numéro du bulletin mensuel de l’Institut national d’études démographiques français. Cette projection rappelle que, dans l’archipel, 22,1 % de la population a plus de 65 ans et que le taux de fécondité se situait à 1,34 enfant par femme en 2007. Le Japon pourrait passer sous la barre des 100 millions d’habitants d’ici à 2050 et sous celle des 50 millions d’ici à la fin du siècle.

A l’origine de ces difficultés se trouvent différents facteurs comme la disparition, au milieu des années 1970, des solidarités familiales et de voisinage. A l’époque, « le modèle qui s’impose est celui d’un père qui subvient aux besoins de la famille, explique Sasai Tsukasa, de l’Institut national de la population et de la recherche sur la Sécurité sociale. La mère reste à la maison et s’occupe des enfants. » Dès les années 1980, de plus en plus de femmes se lancent dans une carrière professionnelle. Mais, dans les entreprises, l’habitude veut qu’une femme cesse son activité lorsqu’elle devient mère. Nombre de femmes ont donc renoncé à fonder une famille. La crise des années 1990, synonyme de précarisation, a incité nombre de couples à ne pas avoir d’enfants, craignant de ne pouvoir assurer leur éducation. D’où une chute continue du taux de fécondité.

Le gouvernement, qui compte un ministère chargé du déclin de la natalité, reste étrangement passif. Un « Angel Plan » a été mis en place fin 1994, qui prévoyait l’augmentation des places de crèche et des avantages fiscaux pour les couples avec enfants. Mais cet effort demeure limité et ce sont souvent les administrations locales qui se montrent les plus entreprenantes. Ainsi, l’arrondissement tokyoïte de Kita accorde 300 000 yens (2 240 euros) aux couples qui ont un enfant, alors que la Sécurité sociale ne rembourse aucun coût lié à la grossesse. Dans les entreprises, confrontées à une pénurie de main-d’oeuvre et à la féminisation du personnel, les mentalités évoluent. Des compagnies comme la maison de commerce Mitsui créent leurs propres services de crèche. « Le problème vient plutôt des PME, note M. Tsukasa. Les mentalités y sont plus conservatrices. »

La question de l’immigration, elle, reste à trancher. Les entreprises souhaitent la mise en place d’une politique pour attirer les travailleurs étrangers. Mais, hormis l’octroi de visas de travail, au début des années 1990, aux descendants de Japonais ayant émigré, la situation n’évolue guère. « Beaucoup s’inquiètent de voir les problèmes sociaux des populations issues de l’immigration observés en Europe se reproduire au Japon », explique M. Tsukasa, pour qui, « plus que la politique, ce sont les mentalités qu’il faut changer pour résoudre ces problèmes. Il faudra au moins une génération pour cela. »

L’étude de l’Ined est disponible à l’adresse suivante :
[http://www.ined.fr/fr/ressources_documentation/publications/pop_soc/bdd/publication/1371/->http://www.ined.fr/fr/ressources_documentation/publications/pop_soc/bdd/publication/1371/]

Philippe Mesmer

[LEMONDE->http://www.lemonde.fr]

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