, La vraie nature du futur à Tokyo

Gérard Coderre

Le Soleil

Collaboration spéciale

Même si le Japon s’est résolument tourné vers l’avenir après la Seconde Guerre mondiale pour devenir aux yeux du monde entier le pays des gadgets made in Japan, des robots et du futur, il est toujours resté, en raison de ses racines shintoïstes, près de la nature. Au Japon, l’avenir se conjugue au présent. À Tokyo, on n’oublie pas ses racines, mais on est déjà demain.

Tokyo, comme le reste du Japon, peut donc réserver bien des surprises. Si le Tokyo moderne domine le paysage, on y trouve encore, comme dans le reste du pays, en grattant un peu sous la surface, des survivances d’un passé très ancien, de coutumes sans âge. Car l’attrait du Japon n’est pas dans son modernisme, cette course effrénée vers un matérialisme qui semble avoir occupé le haut du pavé au cours des dernières décennies. L’attrait du Japon réside dans ses traditions.

Le Japon tente aujourd’hui de retrouver ses racines. C’est pour le gaijin, l’étranger, comme l’appellent les Japonais, une occasion de mieux comprendre l’âme et la culture japonaises.

Si Tokyo, passablement détruite après la Seconde Guerre mondiale (ce dont l’histoire a peu fait état devant les tragédies d’Hiroshima et de Nagasaki), est devenue une ville moderne, elle n’a pas perdu son âme. Des édifices modernes ont surgi de terre et des façons de vivre ont changé, mais les toriis, ces portiques qui marquent l’entrée de la plupart des sanctuaires shintoïstes du Japon, continuent de faire partie des traditions de la ville.

Tokyo est peut-être la ville la plus futuriste au monde et donne le ton aux villes de demain. La capitale du Japon, qui est en quelque sorte repartie à zéro après 1945, s’est donné, plus que toute autre mégalopole, les moyens de faire face à l’exode vers les grandes villes. La ville, à la fois en hauteur et souterraine, est déroutante à bien des égards. Comment aborder un tel monstre, comment apprivoiser cette ville, ses rubans d’asphalte, ses ponts et ses tunnels, ses forêts de tours d’acier et de verre, ce tourbillon d’activités et comment prendre le métro et se jeter à corps perdu dans cette foule, sans risquer de se perdre dans la mêlée.

Il faut donc un certain courage pour affronter Tokyo tellement la foule est dense, que ce soit à la gare centrale, à Ginza, à Shinjuku ou dans les stations de métro du centre-ville. Prendre le métro à Shinjuku à l’heure de pointe, c’est accepter de se laisser porter par des vagues humaines qui n’en finissent plus de s’engouffrer dans les wagons. Tôt le matin, on dégouline déjà de sueur dans son veston-cravate. Serrés les uns contre les autres, et plutôt que de devoir dévisager son voisin dans un pays où l’on cherche à garder ses distances, on ferme les yeux, idée de tenter de rester dans sa bulle et de se protéger du monde extérieur, ou peut-être dort-on debout, soutenu par les autres, jusqu’à la prochaine station, et ainsi de suite jusqu’à sa destination.

Tokyo, c’est donc avant tout l’expérience de la grande ville. Mais encore.

Le meilleur des deux mondes

Le célèbre train superexpress Shinkansen passant devant le mont Fuji : l’image résume le Japon, ce pays moderne qui est toujours resté près de la nature. (Photothèque Le Soleil) Agrandir l’image

Le célèbre train superexpress Shinkansen passant devant le mont Fuji : l’image résume le Japon, ce pays moderne qui est toujours resté près de la nature.
Photothèque Le Soleil Tokyo est peut-être, plus que toute autre ville au monde, l’endroit où l’Orient et l’Occident se mêlent et se confondent pour former un tout cohérent. Cette ambiguïté culturelle est omniprésente et semble faire bon ménage. Les Japonais ont appris à tirer le meilleur parti des deux mondes. Ils ont tendance à inclure plutôt qu’à exclure, à trouver des compromis plutôt qu’à établir des oppositions et n’ont donc aucune difficulté à marier l’Orient et l’Occident.

De même en est-il de la religion pratiquée depuis des siècles par la plupart des Japonais, où s’entremêlent des éléments du shintoïsme, axé sur le côté pratique de la vie, du confucianisme, qui règle les modes de comportement, et du bouddhisme, qui embrasse des horizons spirituels plus vastes. La simplicité du shintoïsme se marie à la recherche de la perfection et aux valeurs du bouddhisme et au confucianisme qui donne aux Japonais un sens inné de l’ordre et des responsabilités et qui assure la cohésion sociale.

Une fois qu’on a compris cela, on peut mieux apprécier le peuple japonais et ce qui semble, pour un gaijin, une vie pleine de contradictions axée à la fois sur le spirituel, le sens des affaires et le plaisir.

Comment les habitants de Tokyo arrivent-ils à supporter chaque jour cette promiscuité et ce rythme frénétique ? La réponse est probablement dans la synthèse de ces trois mouvements de pensée dont le Japon a hérité au cours des siècles et qui permet d’éviter que la ville ne sombre dans l’anarchie. Car le Japon est le pays des bonnes manières dont les salutations d’usage ne sont que la pointe de l’iceberg, depuis le salut profond tout imprégné de respect et de dignité de la personne âgée qui se casse littéralement en deux avant de s’asseoir à côté de son voisin à bord du train, en passant par le salut condescendant de l’homme d’affaires influent qui se sent au-dessus de la mêlée et qui n’a que faire de ce rituel jugé dépassé, le salut énergique du militaire, le salut formel et mécanique du contrôleur à bord du train au moment de vérifier les billets des passagers, le salut-plongeon des jeunes filles timides croisées au hasard aux abords d’un sanctuaire shintoïste, le salut servile et répété du propriétaire du dépanneur du coin au moment d’encaisser vos yens et le salut escamoté et impatient de l’ado qui n’a, pour le moment, que faire de ces formalités, mais qui révisera ses positions dans quelques années.

Au Japon, si les bonnes manières sont codifiées depuis longtemps et semblent passer l’épreuve du temps, c’est peut-être aussi parce qu’elles répondent à un besoin de garder ses distances pour survivre dans cette foule toujours dense où l’on doit jouer du coude à coude au quotidien, que ce soit dans le métro, à l’épicerie du coin, dans les ascenseurs ou dans la rue. À Tokyo, peut-on vraiment échapper à la foule ? Pour le reste, tout est dans le compromis. Tokyo, c’est à la fois un sanctuaire shintoïste et un lieu de plaisir. Rien n’est jamais aussi noir ou blanc qu’il n’y paraît.

Repères

> Formalités : Aucun visa n’est requis pour un séjour de moins de 90 jours au Japon.

> Argent : La devise est le yen. Un dollar vaut environ 115 yens. Le coût de la vie est toujours élevé au Japon, même si le dollar canadien a pris de la vigueur. À titre de comparaison, notre dollar valait 85 yens en 2005.

> Le transport : Des vols réguliers et fréquents assurent la liaison entre les différentes villes du pays. Le train est une alternative intéressante à l’avion. Le Japon possède le réseau ferroviaire le plus avancé du monde. Des trains rapides parcourent l’ensemble du pays et permettent de relier les principales villes en quelques heures. À titre d’exemple, le Shinkansen (train superexpress) relie Nagoya à Tokyo (300 km) en moins de deux heures. Un service d’autocar, plus lent et un peu moins cher, permet également de découvrir le pays.

> Hébergement : On trouvera un lit en dortoir dans une auberge de jeunesse ou dans un hôtel capsule pour 3000 yens (25 $), une chambre pour deux à compter de 6000 yens, selon le confort recherché, dans un minshuku (pension familiale) pour quelque 6000 yens par personne ou dans un ryokan (auberge typiquement japonaise) pour 10 000 yens par personne (90 $).

> Langue : À défaut de parler la langue du pays, beaucoup de Japonais comprennent un peu l’anglais. Partout au Japon, que ce soit dans le métro, dans le train ou dans la rue, on trouve de l’information en anglais.

Source : www.cyberpresse.ca

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