Le Japon présente à Paris, en première mondiale, une exposition de design destinée à faire comprendre l’esprit « kansei » fait de sensibilité et d’harmonie avec la nature qui imprègne souvent les objets de ce pays, y compris les plus contemporains.

Des téléphones portables doux au toucher, des élastiques colorés en forme d’animaux pour qu’on ait envie de les garder, un grille-pain minimaliste, un petit aspirateur orange qui a assez d’allure pour ne pas avoir à être caché dans un placard: une centaine d’objets de la vie courante sont présentés à partir de vendredi au Musée des Arts Décoratifs à Paris.

Organisée par le ministère japonais de l’Economie, du commerce et de l’industrie (Meti), cette exposition, qui prendra fin le 21 décembre, sera présentée à New York en 2009 puis en Asie – sans doute Shanghai – en 2010.

Elle est le fruit d’une stratégie industrielle de ce ministère décidée en mai 2007 pour valoriser les produits japonais notamment à l’exportation.

Face aux défis de la mondialisation, l’art de la fabrication japonaise ne peut plus se contenter du triptyque « qui avait fait jusqu’à présent son succès, la fonctionnalité, la fiabilité et le coût », a expliqué à l’AFP Kimihiko Inaba, directeur du Jetro, l’organisation japonaise du commerce extérieur. D’où l’idée de développer la valeur « kansei » qui fait appel à la « sensibilité » de l’être.

Ce concept prend sa source dans le premier roman d’amour du Japon, « Le Dit du Genji », écrit il y a mille ans par Murasaki Shikibu, dame d’honneur à la Cour impériale de Heian (aujourd’hui Kyoto).

« Le kansei fait partie de l’ADN des Japonais, qui gardent toujours à l’esprit le souci de vivre en harmonie avec la nature », a déclaré à l’AFP Kenji Kawasaki, commissaire de l’exposition.

Président de la Design Association au Japon, il a sélectionné pour cette exposition « des objets où réside l’âme japonaise ».

Le papier traditionnel japonais peut être utilisé en toute modernité pour réaliser des lampes à la douce lumière, souligne-t-il. Des assiettes aux motifs floraux, en inox recouvert de laque, projettent des ombres sur une nappe, évoquant l’automne.

Les couleurs fraîches du brocart se retrouvent sur des boîtes à biscuit mais aussi sur un téléphone portable très chic. Des cartes bancaires sont proposées dans une trentaine de teintes, afin que chaque client puisse choisir sa couleur fétiche.

Un téléviseur à écran plat, muni d’un pied posé au sol, rappelle que les Japonais apprécient les objets bien proportionnés et peu encombrants.

Le toucher est fondamental. Un clavier d’ordinateur en bois éloigne le stress des touches habituelles, en offrant un contact et un son agréables.

L’objet doit aller droit au coeur des utilisateurs. Des robot-peluche se proposent d’apporter, par leur présence animée, du réconfort aux personnes âgées ou malades. Les noeuds sur les cartes de voeux suggèrent les liens entre les êtres.

La nature est partout. Dans les matériaux naturels (bois, bambou, soie, coton). Mais aussi dans la préoccupation de limiter l’impact sur l’environnement. Telles ces chaufferettes de poche rechargeables.

Un supplément d’âme qui ne sera pas inutile alors que la crise financière internationale a provoqué un renchérissement du yen, handicapant les exportations japonaises.

(« Kansei – Japan Design exhibition » – Du 12 au 21 décembre au Musée des Arts décoratifs, 107 rue de Rivoli 75001 Paris – Entrée libre.)

[AFP->

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