{{La campagne pour les législatives de dimanche suscite un intérêt sans précédent dans l’opinion japonaise. Peut-être une simple parenthèse dans le désamour de l’Archipel pour ses politiciens.}}

«{Enfin on peut parler de nos idées !}», s’enthousiasme Ichizo Ohashi. Ce militant de longue date du Parti démocrate du Japon (PDJ) vit la campagne électorale de sa vie. Tandis que Kaieda Banri, candidat à la députation dans la circonscription de Shinjuku 1 (Tokyo), rameute la foule au mégaphone devant un supermarché, Ichizo distribue avec frénésie les programmes aux curieux.

Et cette fois, contrairement aux autres scrutins, les Japonais les lisent. «Jamais, je n’ai observé un tel intérêt. Les gens sont très inquiets, ils nous écoutent, ils savent que nous allons bientôt légiférer», explique-t-il, essoufflé.

Cet engouement est partagé par le pays entier. Les élections législatives de dimanche porteront pour la première fois depuis 1955 (hormis un bref intermède en 1993) un parti d’opposition au pouvoir, «normalisant» enfin cette étrange démocratie où régnait jusqu’ici un seul camp, celui du Parti libéral démocrate (PLD).

C’est la campagne des inédits : pour la première fois, le pays a connu un authentique face-à-face télévisé entre le premier ministre Taro Aso et son opposant Yukio Hatoyama. «{Ils ne connaissaient pas les questions à l’avance !»}, s’enthousiasme l’économiste Yasunori Sone, modérateur de leur débat, surpris de sa hardiesse.

{{{L’art de la «combinaison»}}}

Les émissions de débats politiques deviennent populaires. Les étudiants, totalement dépolitisés jusqu’à maintenant, prennent timidement parti sur Internet. Même les étrangers s’en mêlent : Mindan, l’association des résidents sud-coréens au Japon, forte de près de 500 000 membres, milite pour les candidats qui soutiennent le droit de vote des étrangers aux élections locales. La chaîne télévisée nationale NHK prédit un taux de participation très fort dimanche.

Mais cet enthousiasme n’est pas partagé par les familiers du pouvoir. Ils le réduisent à l’engouement pour un match de football ou une loterie. Les partis sont des agrégats de politiciens qui n’ont comme point commun que l’appétit du pouvoir. Aucune conviction ne les cimente.

Il y a en outre l’alternance à venir, où le PDJ risque de perdre une bonne part de son idéalisme. Il devra à son tour céder à l’art de la «combinaison» auquel s’adonne le PLD depuis cinquante-quatre ans. Il a d’ailleurs déjà commencé.

Voici quelques mois, Yukio Hatoyama promettait que sa première décision serait de réunir les fonctionnaires les plus importants de chaque ministère dans son bureau, de leur tendre le programme du PDJ et de leur intimer solennellement : «{Êtes-vous prêts à appliquer ces idées ? Sinon, démissionnez sur-le-champ !}» Depuis, il a atténué sa rhétorique, réalisant qu’on ne licencie pas un haut fonctionnaire au Japon. Il voulait mettre en place un accord de libre-échange entre les États-Unis et l’Archipel ; devant les agriculteurs, au poids politique capital, il s’est rétracté.

{{{«{Le Japon n’est pas une démocratie transparente}»}}}

Mais c’est surtout le caractère caché du pouvoir qui irrite les Japonais. «{Ne vous faites pas d’illusions}», avertit un lobbyiste, ancien secrétaire d’un leader du PLD qui défend désormais les intérêts d’une banque d’affaires américaine. «{Le Japon n’est pas une démocratie transparente et ne le sera pas lundi matin. Tout se fait en coulisses}», assure-t-il.

Ichiro Ozawa en est la preuve. Ce stratège du PDJ est considéré comme l’homme le plus puissant du pays. Il dirige au Sénat une centaine de sénateurs. Lundi, si le PDJ réalise les scores que les sondages lui promettent, il devrait en outre contrôler 200 députés PDJ au bas mot, élus grâce à sa stratégie électorale.

C’est lui qui dirige le parti, laissant les caméras à Yukio Hatoyama. «{En réalité, ces élections législatives représentent la restauration d’un ordre ancien : celui de la faction Tanaka du PLD, où Ichiro Ozawa, le stratège du PDJ, a commencé sa carrière}», décrypte le lobbyiste en soupirant.

Plus optimiste, Karel Van Wolferen, un des meilleurs spécialistes du Japon, prédit : «{Nous aboutirons à une situation semblable à celle de l’avant-guerre : deux partis, certes idéologiquement indissociables, mais qui alternent, et dont le dialogue apporte des idées nouvelles. Le PDJ parle d’établir un contrôle politique sur la bureaucratie : rien de tel au PLD !}»

[Source et auteur : Régis Arnaud, à Tokyo pour Le Figaro->http://www.lefigaro.fr/international/2009/08/28/01003-20090828ARTFIG00271-les-japonais-se-prennent-de-passion-pour-la-politique-.php]

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