YOKOTE (Japon) – Les habitants qui ont fui le périmètre autour de la centrale nucléaire endommagée de Fukushima, à 250 km au nord de Tokyo, estiment avoir été « trahis » par l’exploitant Tepco, après un accident nucléaire dans lequel « la main de l’homme » a sa part de responsabilité.

Des dizaines de milliers d’habitants ont dû quitter une zone de 20 km autour de la centrale de Fukushima Daiichi (Fukushima N.1), sur la côte Pacifique, dont les six réacteurs ont été fortement endommagés par le séisme et le tsunami du 11 mars.

Depuis les équipes de Tokyo Electric Power (Tepco), aidées de militaires et pompiers, tentent de rétablir les systèmes de refroidissement des réacteurs malgré des fuites radioactives qui ralentissent les travaux.

De nombreux habitants ont trouvé refuge dans des centres d’accueil d’urgence, d’autres dans leur famille, parfois à des dizaines de kilomètres.

« Beaucoup d’entre nous se sentent trahis », confie Tomoko Sato, 55 ans, hébergée dans un refuge à Yokote, commune de la préfecture d’Akita, à plus de 200 km au nord de la centrale.

« On nous disait sans cesse qu’il n’y avait pas de danger », ajoute cette femme qui habitait Minamisoma, une petite ville située à l’intérieur du rayon des 20 km, au nord de la centrale.

Mme Sato, qui s’est brisée une clavicule après avoir été emportée par la vague géante, a été sauvée des eaux par son mari.

Comme elle, beaucoup de réfugiés ont trouvé place dans des centres d’urgence, mais d’autres ont été livrés à eux-mêmes, obligés de trouver seuls un toit provisoire, avec pour seul réconfort un manteau et une couverture face au froid glacial et à la neige.

« Je suis très en colère contre Tepco », dit Ikuko Ishibashi, 63 ans, qui exploitait une ferme tout près de la centrale et a trouvé refuge à Yokote.

« Certes, le séisme et le tsunami sont des catastrophes naturelles, mais il y a une part de responsabilité humaine dans l’accident nucléaire », ajoute-t-elle.

« Sans cet accident nucléaire, nous aurions pu nous remettre plus vite du séisme et du tsunami et reprendre notre vie plus facilement », confie-t-elle encore, demandant que les réacteurs soient « démantelés aussitôt que possible ».

Mercredi, le président honoraire de Tepco, Tsunehisa Katsumata, a de nouveau présenté ses excuses et reconnu que les mesures antitsunami avaient été insuffisantes mais ne s’est pas engagé sur la question des dédommagements.

Il a également admis que son entreprise était « dans une situation très grave » sur le plan financier. Tepco doit non seulement assumer le coup des opérations d’urgence à Fukushima mais aussi se préparer à indemniser les victimes de la radioactivité émanant de la centrale.

Pour Toshinori Sato, qui a reçu l’ordre d’évacuer sans qu’on lui dise où aller, c’est aussi le manque d’information et des mesures d’évacuation inadaptées qui ont « fait monter l’inquiétude ».

« Les gens disent que trop d’informations crée la confusion, mais ne pas donner suffisamment d’informations a un impact bien plus grand », assure-t-il.

Pour lui, la responsabilité du gouvernement est en partie engagée, dans la mesure où il ne s’est pas assuré que Tepco exploitait la centrale à l’abri de tout danger.

Alors que beaucoup d’évacués ont abandonné l’idée de rentrer un jour chez eux, la famille Sato elle n’y a pas renoncé. « Une fois que tout sera réglé, nous voulons rentrer », assure Tomoko Sato, dont l’entreprise lui a garanti de retrouver son emploi.

« Nous ne savons pas quand mais nous voulons acheter une nouvelle maison », explique-t-elle. « Mais elle devra se trouver loin de la mer et de la centrale nucléaire ».

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(©AFP / 31 mars 2011 10h17) – Article orignal sur romandie.com->http://www.romandie.com/ats/news/110331081741.0ydwtmcn.asp]

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