{{Dans un communiqué succinct, PSA Peugeot Citroën a déclaré dans la nuit de mercredi 2 à jeudi 3 décembre qu’il est en discussions avec le constructeur japonais Mitsubishi pour « {examiner les possibilités d’élargissement de leurs relations pouvant aller jusqu’à un partenariat stratégique} ». Un porte-parole de Mitsubishi a confirmé que les deux groupes discutaient de plusieurs possibilités : « {Une fusion fait partie de ces possibilités.} »
}}

Selon le quotidien des milieux d’affaires Nikkei de jeudi, Mitsubishi serait sur le point de procéder à une augmentation de capital réservé de 200 à 300 milliards de yens (1,5 à 2,25 milliards d’euros) permettant à PSA de devenir l’actionnaire principal du groupe japonais avec 30% à 50% du capital.

Mitsubishi prendrait également une part du capital de PSA, mais dans une proportion moindre. Dans ce montage, le groupe français souhaiterait prendre le contrôle de son concurrent en passant la barre des 50%, selon une source proche du dossier. A l’ouverture de la Bourse, l’action Peugeot prenait 4% à 25,6%, le titre Mitsubishi bondissait à Tokyo de 13,45% (135 yens).

Grâce à cette opération, le nouveau groupe se classerait au 6e rang mondial avec un peu plus de 4 millions de véhicules produits – PSA est actuellement 8e, (2e européen) et Mitsubishi 15e mondial et (5e japonais). « {Pour moi, Mitsubishi c’est un peu comme Chrysler, son image n’est pas mauvaise en Europe mais elle est déplorable au Japon. D’ailleurs, il n’y vend que 200 000 véhicules dont 130 000 mini-voitures} », indique Gaëtan Toulemonde, analyste à la Deutsche Bank.

Cet accord de participations croisées permettrait à PSA de conserver son indépendance et à la famille Peugeot de garder le contrôle du groupe. C’est d’ailleurs la condition sine qua non qu’elle a toujours posée pour un éventuel rapprochement avec un autre constructeur automobile.

Les Peugeot détiennent 30,3% des actions de PSA mais 45% des droits de vote. Depuis la fin de la présidence de Jean-Martin Folz, c’est-à-dire à l’arrivée de Christian Streiff en 2007, la famille avait brisé un tabou : se rapprocher d’un autre constructeur. Sous l’ère Folz, une alliance avec Honda avait été évoquée. Mais elle avait été rapidement écartée.

Depuis, l’environnement s’est fortement modifié. L’industrie automobile vient de vivre la crise la plus grave de son histoire. Et la nécessité de trouver des alliances a refait surface. Dès son arrivée à la tête de PSA en juin2009, Philippe Varin n’avait pas écarté une alliance capitalistique. Un rapprochement a été étudié avec BMW puis abandonné. Les deux groupes n’ont pas été au-delà de coopérations industrielles.

M. Varin a toujours martelé qu’une telle opération ne pouvait se faire qu’à trois conditions: l’indépendance du groupe, la création de valeur et la cohérence avec la stratégie de PSA. Avec Mitsubishi, ces trois exigences seraient respectées. Les deux groupes se connaissent bien. Depuis 2006, PSA achète à Mitsubishi des 4×4 rebaptisés Peugeot 4007 et Citroën C Crosser.

Par ailleurs, PSA va lancer sur le marché dès la fin 2010, deux voitures électriques dérivées du modèle i-MiEV de Mitsubishi, rebaptisées iOn pour Peugeot et C-Zéro pour Citroën. L’avance technique de Mitsubishi dans les technologies électriques permet à PSA de rattraper son retard par rapport à Renault.

En revanche, le groupe japonais, spécialisé dans les 4×4 et les pick-up, pourra profiter de l’avance technologique de PSA sur les petits modèles compacts. Mitsubishi pourrait avoir accès à des plates-formes du groupe français pour renouveler certains de ses modèles. Les deux groupes doivent aussi produire ensemble des véhicules en Russie à partir de 2012. La cohérence de la stratégie de PSA serait aussi respectée. Dès son arrivée, M.Varin avait jugé le constructeur français trop « européocentré ».

Là encore, tout plaide pour une alliance avec Mitsubishi, bien implanté au Japon et en Asie-du Sud-Est, des régions dans lesquelles PSA est absent. Les deux groupes pourront plus facilement se développer dans des pays émergents comme la Corée du Sud et l’Inde.

Au-delà, même si ses positions sont médiocres, le groupe japonais est présent industriellement aux Etats-Unis. C’est aussi un pays où PSA est absent. A l’inverse, ses usines en Europe de l’Ouest pourraient profiter à Mitsubishi.

Reste que le groupe japonais n’est pas dans une situation très florissante même s’il va mieux qu’en 2004, lorsque Daimler, qui avait pris 34% de son capital, l’avait lâché en 2000. Le groupe allemand avait renoncé à le renflouer alors qu’il connaissait de graves difficultés financières.

[Source : Nathalie Brafman, Le Monde->http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/12/03/psa-veut-prendre-le-controle-du-japonais-mitsubishi_1275427_3234.html]

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