Enigmatique, le « Cher Dirigeant » de la Corée du Nord ? Sa vie privée est en tout cas de moins en moins mystérieuse. Après que le magazine Time a publié le récit de sa vie amoureuse avec sa première femme, écrit par la soeur de celle-ci, son ex-cuisinier japonais vient de publier ses mémoires. A peine sorti, Cuisinier de Kim Jong-il figure déjà parmi les meilleures ventes. Le livre est illustré de photographies inédites des bureaux et des lieux de résidence du premier cercle du pouvoir. Sur l’une d’entre elles, l’auteur apparaît en compagnie du « Cher Dirigeant », lors d’une réception, en décembre 1991.

Pendant treize ans, Kenji Fujimoto (pseudonyme), âgé de 56 ans, a préparé pour Kim Jong-il les sushis dont il raffole. Celui qu’il désigne comme le « Général » aime la pêche, le ski, l’équitation et la moto et, l’un sur une Honda l’autre sur une Yamaha, ils fonçaient sur les routes des résidences officielles : « On était copains, ce qui lui permettait de manger des sushis à satiété », écrit-il. C’est en 1982 que Kenji Fujimoto fut choisi par une maison de commerce travaillant avec la Corée du Nord pour ouvrir un restaurant de sushis à Pyongyang. Il travaillait alors pour 50 000 yens (400 euros) par mois dans la banlieue de Tokyo. Le restaurant de sushis en question était un club privé pour les cadres du Parti des travailleurs.

UN REVOLVER SOUS L’OREILLER

Au cours d’un banquet, un homme de petite taille lui demanda en jap-anglais « Toro, one more » (« Un autre thon »). C’était Kim Jong-il. Tout a alors changé dans la vie du petit cuistot : il s’est vu attribuer un appartement, une voiture de luxe et il a épousé l’une des danseuses chargées de divertir les hôtes de marque du « Cher dirigeant ».

Pour confectionner des mets de choix à celui-ci, Kenji Fujimoto parcourait le monde entier pour trouver les meilleurs ingrédients. La plupart du temps, écrit-il, Kim Jong-il se déplace en voiture, de nuit, pour éviter que le cortège soit repéré par les satellites américains. Après la mort, en 1994, de son père, Kim Il-sung, il dormait avec un revolver sous son oreiller. Lors du lancement du missile Taepodong, qui survola le Japon en 1998, raconte-t-il, « Je me suis précipité dans le bureau du « Général » pour lui annoncer la nouvelle que j’avais entendue à la télévision japonaise : il a émis un « Eh ! » et s’est mis en contact avec l’état-major »…

« Pendant les banquets avec les militaires, il chantait des vieilles chansons de l’armée impériale « , poursuit-il.  » « Je suis ton oyabun » [« boss », en japonais], m’a-t-il dit un jour. « Si tu me trahis… » et il a fait le geste de me poignarder.  » Au cours de l’un de ses séjours au Japon, Kenji Fujimoto fut longuement interrogé par la police. De retour à Pyongyang, le fidèle cuisinier fut soupçonné – non sans quelque vraisemblance -, d’espionner pour les services nippons. L’idylle était terminée. En février 2001, Kenji Fujimoto se rendit au Japon pour acheter des oursins : il n’est jamais retourné en Corée du Nord.

Philippe Pons

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