, Voyage au Japon

Voilà un moment que je devais l’écrire, ce billet sur l’éducation au Japon. Allons-y. Le Japon, c’est un pays qui m’a toujours fascinée, par son paradoxe/ en même temps équilibre entre modernité et coutumes ancestrales. Le Japon, au-delà du parcours classique des must-see historiques et culturels, c’est aussi ses toilettes qui vous rincent le postérieur par jet d’eau (avec options musique et parfum couvrant bruits et odeurs corporelles), ses plats en plastique plus vrais que nature dans les devantures de restaurants, ses voitures superposées sur structures à vérins dans les parkings, histoire de gagner quelques mètres carrés de terrain, ses habitants qui attendent le train en ligne sur les quais et qui s’endorment dans le métro avec un post-it ‘réveillez moi s’il vous plait’ à telle ou telle station, en toute confiance, ses rues plus propres que propres, ses émissions de télé hystériques, ses scènes de cosplay au milieu du trottoir, ses compositions magnifiques d’ikebana dans les toilettes d’aires d’autoroute, ses 50 distributeurs de boissons par rue, ses fast-food de sushis où chaque plat vous est compté grâce à une puce électronique fixée à l’assiette et connectée à l’ordinateur de votre table… bref un pays qui en met plein la vue, dépaysement assuré.

Les deux fois où j’y suis allée, nous avons eu la chance de pouvoir visiter des écoles primaires. Accueil impeccable comme à l’accoutumée avec les japonais ; après avoir chaussé les pantoufles officielles de l’établissement, nous avons assisté à un briefing du directeur avec petits gâteaux au riz, thé vert et figurines origami offerts, avant de passer de salle en salle, et donc d’activité en activité, pendant près de 3 heures. Nous étions en avril, plus précisément le jour de la rentrée scolaire, et nous avons pu assister à la cérémonie d’accueil des nouveaux petits élèves dans le gymnase. Chacun d’entre eux arrivait en tenant la main d’un camarade plus âgé. Ils ont chanté et sont passés sous une haie de couronnes de fleurs artificielles symbolisant le passage à une autre vie, le tout en musique. Pour l’occasion, une partie des mamans étaient là et avaient revêtu le kimono traditionnel. C’était vraiment super. On sent les codes de la société japonaise ; en même temps il se crée un vrai sentiment d’appartenance dès le départ.

Lorsque l’on parle d’éducation à la japonaise, on a tous plus ou moins en tête cette image véhiculée par nos médias, d’une jeunesse complètement étouffée par la pression, l’esprit de compétition, la volonté d’être le meilleur à tout prix. Bien sûr, cela existe, particulièrement au cœur des mégalopoles, où une partie des parents met une pression énorme sur le dos des enfants. Mais cela existe aussi ailleurs, en Chine par exemple avec la politique de l’enfant unique et des enfants surprotégés, mis sous pression, programmés pour réussir mieux que leurs parents (aïe quand ça ne marche pas). Et que dire des USA ou de la Grande-Bretagne où les enfants subissent tests et examens dès la crèche pour être acceptés sur les listes d’attente d’établissements privés à la mode/ bien notés, avec parfois même des tests en parallèle sur leurs parents pour voir s’ils sont bien fréquentables et si l’école ne prend pas de risque en acceptant leur dossier. J’espère que nous n’arriverons jamais à de tels extrêmes en France… remarquez, avec la suppression de la carte scolaire on est en bonne voie, question sélection et ghéttoïsation…

Au Japon, les jeunes qui ‘craquent’, on les appelle les Hikikomoris (un terme encore plus fort que ‘Otakus’). Ils sont complètement sortis du système, pour passer leurs journées reclus dans leur chambre, à jouer aux jeux vidéo. Selon les estimation ils sont entre 500 000 et un million, sur une population d’environ 127 millions d’habitants, c’est donc un problème de société non négligeable. LE gros moment de crise chez les jeunes japonais, qui ont un pouvoir d’achat et un confort très élevés pendant leur pré-adolescence, se situe plutôt entre la fin du lycée et le début réel de la vie professionnelle, en fait pendant la période de petits boulots ou des études. Certains évacuent leur stress d’avoir comme perspective de bosser comme des fous (garçons) ou de devenir mère au foyer (filles- la société japonaise est encore très rigide là-dessus), en s’éclatant en boîte, en faisant du tuning ou en s’habillant de manière excentrique, mais malheureusement une partie d’entre eux décrochent complètement et se marginalisent.

Personnellement, tous le jeunes que j’ai vus en passant quelques jours à Warabi (banlieue de Tokyo) je les ai trouvés heureux et épanouis, et pas du tout embêtés par leurs parents. Comme quoi il faut se méfier des clichés.

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