Issu des croquis burlesques de Hokusai appelés « manga », le « kamishibai »  (ou papier-théâtre en français) est comme un manga, regardé image par image, animé et joué par un conteur. Philippe Robert, comédien et metteur en scène français a dessiné 170 dessins pour jouer huit récits lors de son spectacle SORTILEGES EN KAMISHIBAI : un théâtre d’images japonais traditionnel, revisité façon BD animée. Rencontre !

, Interview – Sortilèges en Kamishibai
Spectacle Kamishibai (© Philippe Robert)

 

JAPON INFOS : En quelques mots, pouvez-vous nous en dire plus sur le kamishibai ?

Phlippe Robert : Le théâtre d’images japonais kamishibai est un spectacle où un comédien joue des histoires en faisant défiler des dessins dans une boîte-cadre en bois. C’est une forme unique de «théâtre dessiné», jadis ambulante et fixée sur le porte-bagage d’un vélo. Elle était jouée pour les enfants des quartiers au début du XXe siècle, jusqu’à son apogée en 1950 (avec 50 000 conteurs). Mais le kamishibai a progressivement disparu avec l’arrivée de la télévision…

JI : Qui êtes-vous et pourquoi vous être lancé dans le kamishibai ?

PR : Je suis comédien et metteur en scène de théâtre et d’opéra depuis 30 ans. Grâce à ma maîtrise en art plastique, la pratique de la BD depuis l’enfance, et mon rôle de formateur en théâtre et BD, le kamishibai est logiquement un moyen d’expression qui me comble. De plus, j’ai toujours aimé travailler entre les disciplines artistiques : théâtre et musique (opéra, comédie musicale, spectacle avec orchestre), poésie et musique (en duo avec un batteur ou un pianiste et en trio avec musicien et danseuse). L’an passé, Hélène Pravong du festival rennais Courtmétrange m’a fait confiance et j’ai passé un an à organiser et dessiner ces 170 dessins.

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(© Philippe Robert)

JI : Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce moyen d’expression ? 

PR : C’est avant tout, un art populaire jouable partout, même au coin d’une table de bistrot, dans un hôpital…Il est restreint au public d’enfants, mais c’est un moyen d’expression artistique sous-estimé et sous-exploité. Il sert parfois aux instituteurs d’outil pédagogique, pour enseigner la construction du butai (le cadre-boîte en bois ou en carton), l’invention ou l’adaptation d’un récit, les dessins, la narration à haute voix… C’est très complet !
Sa richesse d’expression permet une exigence artistique très stimulante, sans moyen coûteux. Les dessinateurs de kamishibai utilisaient le style BD/manga, mais on peut jouer avec tous les styles graphiques et se rapprocher de l’art qui ouvre et sensibilise le public à d’autres univers et façons de penser ; à l’inverse du cinéma qui bombarde souvent le public de mouvements de caméra et d’effets abrutissants…

JI : Vous proposez votre propre vision du kamishibai, comment faites-vous ?

PR : Ma proposition est un développement inédit du kamishibai. Sa force poétique est dans le mouvement entre chaque image fixe ; donc le spectateur a sa place et du temps pour s’impliquer, imaginer, rêver dans cet interstice. J’y crée souvent une image intermédiaire, à cheval entre l’image qui part et celle qui apparaît.
Ce nouveau kamishibai à la croisée des arts, ne s’adresse donc plus seulement qu’aux enfants. Par le choix des textes, le rythme fluide et dynamique, les trouvailles visuelles à mi-retrait des dessins, les bruitages, les chants, l’humour et les clins d’œil à des peintres connus, je développe des effets de surprise et de poésie. Cela sollicite l’imagination du spectateur (tout en préservant son espace critique), et l’initie à la création littéraire, graphique, cinématographique et aux arts de l’oralité du conte ou du théâtre.

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(© Philippe Robert)

JI : Quelles histoires proposez-vous dans votre spectacle ?

PR : Avec 170 dessins, je raconte en une heure, 8 contes ou nouvelles du Japon (Motojirô Kajii, Natsume Sôseki et un conte de Tengu), d’Afrique (Birago Diop, Amadou Hampaté Ba, Gabriel Mfomo) et de France (Véronique Herbaut, Rémi Courgeon). Ce sont des récits édifiants et fantastiques sur la peur, pour découvrir… l’étrange en soi ! Entre conte et fantastique, poésie et littérature jeunesse, BD et manga, ils ont aussi en commun le thème de la forêt et de l’animisme, cette autre façon de respecter la Nature. Bref, les sagesses du monde…

JI : Où vous retrouver pour assister à vos différents spectacles ?

PR : Comme c’est un spectacle familial et une forme techniquement très légère, il se joue en bibliothèque, école, festival, salle de spectacle, chez l’habitant, ou en plein air ; devant en général une cinquantaine de personnes.
Vingt-six dates sont déjà confirmées pour 2017 : au Nihon Breizh Festival de Rennes, au Festival Pré-en-Bulle à Bédée (35), en Loire-Atlantique à l’Expo Nantes sur le Japon, à Paris au Festival BD6né (médiathèque M. Duras 20e), à Chalon-sur-Saône au Asian Festival et probablement à la JapanTouch de Lyon, au SMOB de Lens et au Maroc l’an prochain. Les intéressés pourront retrouver d’autres dates sur le site Kamishibai Philippe Robert.strikingly.com.

JI : Où souhaiteriez-vous jouer dans le futur ?

PR : J’aimerais également jouer mon spectacle dans des festivals de courts-métrages, de films d’animation ; car il montre que l’imagination du public se créer dans les ellipses entre les plans. Il a toute sa place dans les festivals de bandes-dessinées et manga qui s’y intéressent déjà. Je prépare aussi une tournée pour les associations franco-japonaises et instituts français du Japon, avec quelques textes en japonais, puisque je le parle un peu mieux maintenant (Rires)…

 

Interview menée par Mélanie Alves le 9 mars 2017.