L’Afrique au coeur du JAPON 2008

La vice-présidente de la Banque mondiale pour la Région Afrique, Obiageli Ezekwesili, engage avec les responsables japonais le processus préparatoire à la quatrième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD IV), qui se tiendra en mai prochain à Yokohama.

Au cours de la visite qu’elle a effectuée à Tokyo du 12 au 14 décembre derniers, la vice-présidente de la Banque mondiale pour la Région Afrique, Obiageli Ezekwesili, a eu toute une série d’entretiens avec des responsables du gouvernement, de la société civile et des milieux d’affaires. Elle a en outre saisi l’occasion d’un discours devant le club des correspondants de presse étrangers pour faire un vibrant plaidoyer en faveur de l’Afrique.

Sur le dossier de l’Afrique et de son développement, le Japon est destiné à être cette année le centre d’attention de la communauté internationale. Il doit en effet accueillir en mai prochain la quatrième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD IV), où sont attendus plus de 40 chefs d’État africains. Et il est appelé à présider en juillet le sommet que tiendront les pays du G8 au lac Toya, sur l’île d’Hokkaido.

Pour que ces divers forums débouchent sur des résultats concrets pour l’Afrique, il faut qu’une étroite collaboration s’établisse entre le Japon, la Banque mondiale, le Programme des Nations Unies pour le développement et les autres donateurs étrangers. Et si le Japon est depuis longtemps un actif bailleur de fonds pour les projets de développement en Afrique, cette visite de travail de Mme Ezekwesili, qui est d’origine africaine et a occupé des fonctions ministérielles au Nigéria, a manifestement reçu un écho particulier auprès des responsables et du public japonais.

« Le Japon est un acteur international très important, stratégique à l’échelon mondial », a-t-elle déclaré dans son discours devant les membres de la presse étrangère, prononcé dans une salle comble. « Il a une énorme responsabilité, et je me réjouis au plus haut point que le peuple et le gouvernement japonais reconnaissent qu’il ne faut pas sous-estimer cette responsabilité vis-à-vis de l’Afrique. »

Durant sa visite, la vice-présidente a souligné que l’Afrique a franchi un tournant dans son processus de développement, avec une croissance qui se maintient au dessus de 5 % dans bon nombre de pays de la région, et qui progresse plus vite encore dans les économies qui tirent un parti maximum de leurs vastes ressources naturelles. Mais elle a mentionné un autre groupe de pays, situés pour la plupart au sud du Sahara, dont le rythme de progression économique n’atteint même pas leur taux de croissance démographique, et ajouté que c’est à leur niveau que les milieux du développement doivent redoubler d’efforts.

Coïncidant avec l’annonce de la contribution japonaise à la reconstitution des ressources de l’Association internationale de développement (IDA-15), cette visite s’inscrivait dans le cadre des efforts stratégiques menés par la Banque pour susciter une prise de conscience et un engagement accrus en faveur de l’Afrique. La conférence de Tokyo est elle aussi censée insuffler une dynamique sur le dossier de l’aide au développement de ce continent avant que les dirigeants des grands pays industrialisés ne se retrouvent au prochain sommet du G8.

Observant que la moitié environ des ressources de l’IDA sont destinées à l’Afrique, Mme Ezekwesili a salué les extraordinaires efforts consentis par le Japon pour maintenir son rang de troisième bailleur de fonds de l’IDA par une substantielle contribution de 3,2 milliards de dollars. Et en plaidant auprès de ses interlocuteurs pour qu’ils maintiennent, et de façon encore plus déterminée, leur appui politique aux pays africains, elle a aussi appelé le Japon à exploiter au maximum ses compétences en matière d’infrastructure, d’éducation et de télécommunications dans ses programmes au niveau du continent. Elle a décrit à cet égard certains des succès remportés par la Banque elle-même en matière d’éducation, de microfinance et d’infrastructure (citant en exemple le projet de barrage financé par l’IDA à Bujagali, en Ouganda), mais souligné dans le même temps que mettre fin à la corruption et établir de solides institutions à l’appui des réformes en matière de gouvernance sont essentiels pour l’avenir de l’Afrique.

En l’espace de deux jours seulement, Mme Ezekwesili a rencontré des responsables des horizons les plus divers. Parmi ses interlocuteurs figuraient l’ancien premier ministre japonais Yoshiro Mori, qui est une personnalité des plus influentes du Parti démocratique libéral ainsi qu’un champion de la cause africaine au Japon et fondateur du groupe d’amitié parlementaire Japon-Union africaine. Elle s’est également entretenue avec les membres du corps diplomatique africain à Tokyo, qui lui ont fait part à cette occasion de leur désir de voir la conférence TICAD-IV déboucher sur un « véritable plan d’action ».

Elle a également tenu des réunions bilatérales avec des responsables des ministères japonais des Finances et des Affaires étrangères, ainsi que des deux principaux organismes de développement japonais, la JBIC (Banque japonaise pour la coopération internationale) et la JICA (Agence japonaise de coopération internationale). Lors d’un petit déjeuner de travail avec les membres japonais du Réseau parlementaire sur la Banque mondiale (PnoWB), elle a en outre répondu aux préoccupations de plusieurs parlementaires du pays sur la mise en œuvre du processus d’aide en Afrique. Elle a par ailleurs rencontré le président de l’Organisation japonaise du commerce extérieur (JETRO), ainsi que des représentants des milieux d’affaires et de la société civile.

Lors de tous ces entretiens, la vice-présidente a cherché par ses propos à renforcer les efforts menés par la Banque pour cimenter plus encore l’adhésion de l’opinion publique et des milieux politiques japonais dans l’année primordiale qui vient. Mais sa visite est sortie de l’ordinaire en ce sens qu’elle a fini par tracer la voie à suivre et par faire un vibrant plaidoyer en faveur de l’Afrique.

« L’Afrique dont je veux vous parler aujourd’hui est une Afrique qui a montré, ces dix dernières années, qu’elle peut soutenir la concurrence et s’intégrer au reste de l’économie mondiale », a-t-elle dit, « et qu’il n’existe rien qui la voue à jamais à l’échec. »

L’ensemble de ses discussions était empreint d’un optimisme et d’une passion pour l’avenir du continent qui ne pouvaient échapper à personne. L’Afrique est en train de franchir un tournant : tel était le message. Et le choix propice du moment auquel intervenait cette visite est un élément qui n’aura pas non plus échappé aux membres clés des milieux de l’aide au développement au Japon.

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