A Tôkyô, certains jeunes garçons qui ont l’âge d’aller au lycée ne portent pas des habits « décontractés » pour sortir avec leurs amis le week-end. Ils sortent avec leur uniforme, qui ne sont pas forcément ceux de leur lycée. C’est une mode qui a commencé chez les filles et qui se développe maintenant chez les garçons. 

Des uniformes scolaires - Photo :  David Monniaux CC 3.0
Des uniformes scolaires – Photo : David Monniaux CC 3.0

« Quand je passe du temps avec mes amis et que je porte mon uniforme, je me sens vraiment comme un lycéen. Je ne me sentirais pas de cette façon si je portait des habits décontractés » témoigne un adolescent japonais.

Il fait partie de ce nombre croissant de jeunes adolescents qui suivent la mode du Nanchatte Seifuku ou faux uniforme.

« La demande a dépassé la production » déclare Takayuki Aiura, 39 ans, président de CONOMI, une entreprise spécialisée dans la confection de faux uniformes, « si vous êtes dans la même école que des filles qui deviennent de plus en plus belles, vous aurez l’impression de devenir comme elles ».

L’entreprise CONOMI, créé en 2008, visait les jeunes qui vont dans des écoles sans uniformes. Cette tendance s’est retrouvée sous les projecteurs en 2009 lorsque le gouvernement a nommé Shizuka Fujioka, un coordonnateur en chef responsable de la mode chez CONOMI, comme ambassadeur culturel pour promouvoir le phénomène kawaii dans le monde entier.

Le faux uniforme typique populaire chez les adolescents masculins est une cravate légèrement desserrée, une veste confortable et un pantalon bien ajusté. Pour beaucoup, leur icône de la mode est le golfeur professionnel Ryo Ishikawa qui semble être quelqu’un bienveillant, d’après le président de CONOMI.

Cette mode est un contraste frappant avec la vision du mot « cool » des jeunes adolescents des décennies précédente. Les exemples les plus symboliques seraient un pantalon baggy ou un pantalon serré surnommé Bontan qui étaient omniprésents parmi les adolescents rebelles dans les années 80.

Avec un soupçon d’embarras, Aiura admit qu’il portait un pantalon Bontan quand il était adolescent, pour s’opposer à ses parents ou à ses professeurs. A partir de ses expériences, Aiura est convaincu qu’aucune mode n’est commercialement viable à moins qu’elle ne gagne en popularité et ne soit acceptée par le grand public.

« J’ai pensé que nous devrions produire des uniformes scolaires qui peuvent être aimé par tout le monde, y compris les enseignants et les parents», a t-il dit. « Donc, nous avons fait très attention à trouver un équilibre entre ce que les adultes pensent que ce à quoi les écoliers devraient ressembler et comment les enfants eux-mêmes veulent se voir. »

Les filles aiment aussi le fait que les garçons portent des faux uniformes. « Les garçons portant des uniformes semblent beaucoup plus convivial pour moi. Leur sens de la mode fait en quelque sorte que les garçons semblent plus gentils et c’est donc plus facile pour moi, de leur parler », a déclaré une jeune fille de 17 ans, ajoutant qu’elle n’aime pas les vestes traditionnelles gakuran parce qu’elles semblent « suffocantes ».

Mais les adolescents ne sont pas les seuls qui aiment cette dernière tendance, car il semble que cela se propage lentement vers une base de fans potentiels dans la tranche d’âge de 20 ans à 30 ans, qui sont décrits comme Nanchatte kokosei (faux lycéens).

Ces fans peuvent être divisés en deux grandes catégories : ceux qui sont obsédés par un passé heureux comme l’apogée de leur jeunesse, et ceux qui n’ont pas eu une bonne adolescence et veulent maintenant faire l’expérience de la romance adolescente, selon un auto-proclamé faux lycéen de 30 ans. Ce désir d’une romance adolescente imaginaire semble être une raison commune qui lie les faux lycéens ensemble. « Une fois, une collègue aimant comme moi les faux uniformes et qui n’avait que quelques années de moins que moi, m’a demandé de sortir avec elle parce qu’elle n’avait pas pu vraiment profiter de la vie scolaire durant l’adolescence »,  a t-il dit. « Donc nous sommes allés à un karaoké et à un zoo pour un rendez vous, tout comme un vrai couple, en portant de faux uniformes ».

Genki Katsube, un journaliste indépendant de 29 ans, basé à Tôkyô, qui est lui-même un faux lycéen, confirme que les amateurs d’uniformes scolaires pour adultes tentent simplement de revivre les années de leur adolescence, la situation pour de vrais lycéens portant de faux uniformes semble être différente.

Katsube, qui a créé une communauté en ligne pour les amateurs d’uniformes scolaires, a prévenu que la popularité croissante de faux uniformes parmi les lycéens pourrait être un signal inquiétant sur leur état d’esprit. Il pense que cela pourrait être de la réticence à contester leur établissement scolaire.

« Je pense que les adolescents d’aujourd’hui ont de plus en plus peur d’agir de façon indépendante. Ils pensent: « Si je porte de faux uniformes, alors je suis sûr d’être aimé par tout le monde » », a déclaré Katsube. « Ils ont peur de nouer des relations avec d’autres à partir de rien et avec leur propre style. Ils utilisent de faux uniformes pour simplement se faire accepter ».

Caroline – source: The Japan Times

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