{{C’est l’histoire d’une passionnée de la mode qui s’élève contre les mauvais traitements infligés aux Japonaises au travail. Son nom : Rina Bovrisse. Sa cible : son ancien employeur, filiale nippone du géant italien du luxe Prada. L’accusation : harcèlement sexuel, discrimination et licenciement abusif.}}

Mme Bovrisse a d’abord, fin 2009, tenté une conciliation devant l’équivalent japonais des prud’hommes, qui a échoué faute de preuves, dit le tribunal. Malgré les dénégations de Prada Japon, l’affaire fait désormais l’objet d’un procès. La première audience s’est tenue le 14 mai.

Japonaise mariée à un Français, Rina Bovrisse travaille depuis près de vingt ans dans la mode ; à Paris, New York et Hawaï, chez Chanel notamment. Elle a rejoint Prada Japon en avril 2009 pour gérer les magasins du groupe dans l’Archipel, à Guam et à Saipan. Là, elle déclare avoir observé des comportements « inacceptables », notamment envers certaines cadres. Ne plaisant plus aux dirigeants, celles-ci seraient, malgré leur professionnalisme, victimes de changements brutaux d’affectation et de baisses de salaire. « {Je n’ai jamais vu un tel niveau de harcèlement sur un lieu de travail} », affirmait Mme Bovrisse, le 19 avril, au Club des correspondants de la presse étrangère à Tokyo.

Fin septembre 2009, elle est à son tour ciblée. Le responsable des ressources humaines lui aurait demandé, au nom du PDG de Prada Japon, Davide Sesia, de « {changer de style de coiffure, de perdre du poids et d’adopter le look Prada} ». Il aurait ajouté que le patron avait « si honte de sa laideur » qu’elle « ne serait jamais présentée aux visiteurs d’Italie ».

{{{Discriminations}}}

Poussée vers la sortie pour, affirme-t-elle, s’être plainte à la direction milanaise de la marque, elle porte plainte pour elle, mais aussi pour « {les Japonaises qui ont souffert de discrimination et de harcèlement sexuels} ». Et de dénoncer une législation qu’elle juge « faible » à une époque « où 41 % des travailleurs sont des femmes, qui contribuent à l’économie comme jamais auparavant.

De fait, le Japon a été long à adopter des mesures. Une première loi, en 1986, portait sur l’égalité de traitement hommes-femmes. Entre 1989 et 1992, une affaire, dans laquelle une rédactrice avait attaqué son supérieur pour harcèlement sexuel, avait suscité une prise de conscience de ces problèmes. Ce n’est qu’en 1999 qu’ils ont fait l’objet d’une réglementation, renforcée en 2006.

Mais les moeurs évoluent lentement. « {Des initiatives doivent être prises pour assurer la mise en oeuvre appropriée de la loi (…) qui interdit notamment les traitements discriminatoires} », constatait, en 2009, l’Institut japonais du travail et de la formation. Une position soutenue par Mme Bovrisse, qui appelle les victimes à s’exprimer. Elle aurait déjà convaincu deux ex-employées de Prada de témoigner à son procès.

[Source : Le Monde, Philippe Mesmer (Tokyo, Correspondant)->http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/05/17/au-japon-prada-n-aime-ni-les-grosses-ni-les-moches_1352802_3234.html]

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