Comme souvent en période difficile, les politiciens japonais font du neuf avec du vieux. Miné par une cote de popularité en berne, confronté à une situation économique délicate et contraint de gouverner avec une Chambre haute aux mains de l’opposition, le premier ministre, Yasuo Fukuda, a formé, vendredi 1er août, un nouveau cabinet avec plusieurs compagnons de route de celui dont il fut le porte-parole de gouvernement, le populaire et populiste Junichiro Koizumi.

A charge pour ces poids lourds de la politique japonaise, libéraux et partisans de la rigueur, de mener une action qui permette aux forces qu’ils représentent, en l’occurrence le Parti libéral démocrate (PLD), de l’emporter aux élections législatives, programmées pour septembre 2009, et de conserver ainsi un pouvoir détenu quasiment sans interruption depuis plus de cinquante ans.

Certes M. Fukuda n’a pas cédé aux appels en faveur d’élections anticipées ou d’un relâchement des efforts d’assainissement des finances publiques, synonymes d’un retour aux pratiques passées de flatterie de l’électorat par la multiplication des grands travaux.

Mais un manque d’audace certain peut lui être reproché. La société japonaise vieillit et se précarise. Elle s’inquiète pour l’avenir des retraites, de la sécurité sociale et de l’environnement, ainsi que de l’évolution du chômage. La deuxième économie mondiale doute et craint la montée en puissance de la Chine. Sur le plan de la politique internationale, le Japon, toujours en quête d’une attitude cohérente, notamment vis-à-vis de ses voisins asiatiques, est menacé d’isolement.

Rien n’indique que le nouveau cabinet a les moyens – et la volonté réelle à l’approche d’élections importantes – de répondre efficacement à ces défis, qui appellent des décisions rapides et courageuses.

M. Fukuda, 72 ans, a décidé de faire du neuf avec du vieux et d’inscrire ses choix dans une stratégie à vocation électoraliste. Il court ainsi le risque de l’inaction, qui pourrait se traduire par un renforcement du discrédit – déjà grand – de la classe politique dans l’opinion, et une suffocation de la démocratie japonaise, qui semble avoir plus que jamais besoin de sang neuf.

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