Des documents concernant un présumé compte secret de l’ancien président ont été déclassifiés à la demande d’un juge d’instruction qui enquête sur la disparition d’un journaliste en 1997 en Polynésie.

Les documents des services secrets concernant un possible compte bancaire de Jacques Chirac au Japon ne sont plus confidentiels. Le ministre français de la Défense Hervé Morin a annoncé mercredi la levée du secret défense sur ces documents, à la demande d’un juge d’instruction de Papeete, Jean-François Redonnet.

Ce magistrat enquête sur la disparition mystérieuse d’un journaliste indépendant, Jean-Pascal Couraud, le 15 décembre 1997. Rédacteur en chef du quotidien les Nouvelles de Tahiti, il travaillait alors sur d’éventuels transferts de fonds entre une grosse entreprise de Polynésie française et un compte qu’aurait détenu l’ancien président Jacques Chirac. Le juge d’instruction Redonnet cherche depuis 2004 à vérifier l’hypothèse selon laquelle ce journaliste aurait été assassiné parce qu’il aurait fait des découvertes «compromettantes».

Le 4 juin dernier, le juge d’instruction s’était donc rendu à la Direction générale des services extérieurs (DGSE) pour saisir seize documents relatifs à ce fameux «compte japonais» présumé. Ils étaient placés depuis sous scellés en attente d’un éventuel déclassement, intervenu finalement mardi. Hervé Morin a ainsi déclaré mercredi matin sur LCI avoir «signé les documents». A la question de savoir si ces documents déclassifiés allaient apporter des éléments nouveaux, il a répondu: «Non, comme toujours il y a beaucoup plus de fantasmes que de réalité dans tout cela».

«Campagne de calomnies»

Le corps de Jean-Pascal Couraud n’a jamis été retrouvé, mais la justice avait conclu au suicide et prononcé un non-lieu en octobre 2002. Mais le coup de théâtre intervient en 2004 lorsqu’un membre d’un service d’ordre de Gaston Flosse, ex-président de la Polynésie française, dit avoir assisté au meurtre de Couraud. Il s’est depuis rétracté et l’hypothèse criminelle n’a pas été confirmée. Mais la justice a rouvert le dossier à la suite d’une plainte contre X de la famille pour assassinat et complicité. Elle se dit persuadée que leur proche est mort en raison d’informations qu’il possédait sur l’existence de transferts de fonds depuis la Polynésie vers un compte qu’aurait détenu Jacques Chirac au Japon.

En mai 2006, l’Elysée avait démenti que Jacques Chirac ait possédé un compte bancaire à la Tokyo Sowa Bank au Japon, assurant que «ces allégations sont à rattacher à une campagne de calomnies qui avait été lancée à l’encontre du président de la République en 2001 et dont il a été établi qu’elle était sans aucun fondement».

La déposition du général Rondot sème le doute

Mais de nouvelles interrogations sont nées d’une déposition du général à la retraite Philippe Rondot, en mars 2006, dans le cadre de l’affaire Clearstream. Celui-ci avait alors mentionné des documents des services secrets établis à partir d’investigations menées au milieu des années 90 au Japon. Philippe Rondot avait déclaré qu’il existait bien un compte Chirac à la Tokyo Sowa Bank et qu’il était crédité de 300 millions de francs vers 1996. Il était ensuite revenu sur ses propos devant le juge Redonnet.

Le juge Redonnet a demandé à ce que ces documents sur l’enquête des agents de la DGSE au Japon soit versés au «dossier Couraud». Mais selon Bakchich.info, il n’a pu intégrer dans son dossier d’instruction que «les documents les plus anodins», qui ne permettraient pas de conclure à l’existence d’un compte caché. Il n’a ainsi pas obtenu la déclassification d’un 17e document, en l’occurrence un message d’un agent de la DGSE demandant «de poursuivre les investigations» sur la Sowa Bank.

Surtout, Bakchich.info affirme que le juge Redonnet, lors de sa perquisition en juin dernier, n’a pas retrouvé la pièce «la plus fondamentale». A savoir : «l’enquête interne de la hiérarchie de la DGSE réalisée en septembre 2001 et faisant état de l’existence effective d’un compte bancaire au nom du président de la république de l’époque».

Ophélie Wallaert (lefigaro.fr) avec AP et AFP

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