Dans la revue de presse de ce mercredi 19 août 2026, voici nos actualités : les incertitudes de Tōkyō face aux ouvertures de Trump envers la Corée du Nord, les sanctions américaines contre une juge japonaise de la CPI, et les Japonais partagés sur l’avenir des trois principes non nucléaires.
Tōkyō sur ses gardes
La décision de Donald Trump de réduire les exercices militaires conjoints entre les États-Unis et la Corée du Sud place l’administration de Sanae Takaichi face à plusieurs incertitudes. Le Japon doit désormais se demander si Washington s’oriente vers un abandon, ou du moins un recul, de l’objectif de dénucléarisation de la Corée du Nord, une question sensible alors que Tōkyō révise actuellement ses trois documents stratégiques de défense. La Stratégie de sécurité nationale, la Stratégie de défense nationale et le Programme de renforcement des capacités de défense doivent être mis à jour d’ici la fin de l’année, et la menace nucléaire nord-coréenne y occupe une place centrale. Un changement de cap américain pourrait affecter l’évaluation de cette menace, la fiabilité perçue de l’alliance ainsi que les hypothèses opérationnelles sur la présence militaire américaine dans la région. Tōkyō s’inquiète aussi du déploiement de troupes et d’équipements nord-coréens en soutien à la guerre russe en Ukraine, alors que le Japon soutient fermement Kiev. Cette ouverture américaine pourrait ainsi être perçue par Pyongyang comme un désintérêt de Washington à l’égard du soutien apporté par Pyongyang à Moscou, ce qui complique davantage la position japonaise. Par ailleurs, les critiques de Trump envers la Corée du Sud sur le partage des coûts de défense font craindre des demandes similaires adressées au Japon. L’accord sur les mesures spéciales, qui définit la contribution financière japonaise à la présence militaire américaine, doit expirer en mars 2027. Toute exigence américaine de contribution accrue s’ajouterait à la pression déjà pesant sur Takaichi, qui gère une demande de budget de défense record tout en défendant un projet de baisse de la taxe à la consommation. La Première ministre doit ainsi trouver un équilibre délicat entre préserver les fondements de la planification de défense japonaise et éviter de s’attirer les critiques d’un président américain qui juge à nouveau ses alliés sur leurs contributions financières et opérationnelles.
Une Japonaise sanctionnée
La sanction américaine visant Tomoko Akane, juge japonaise à la tête de la Cour pénale internationale (CPI), place Tōkyō dans une situation délicate face à son allié américain. Le Japon, qui compte parmi les principaux donateurs de la Cour, avait pourtant réaffirmé en mars son soutien à son indépendance par la voix du ministre des Affaires étrangères Toshimitsu Motegi. Washington a également sanctionné le haut responsable juridique de la Cour Abdoulaye Seye, dans le cadre de la campagne menée par l’administration Trump contre la CPI. Le secrétaire d’État Marco Rubio accuse notamment le tribunal d’être « corrompu et fatalement politisé », alors que la Cour enquête sur des crimes présumés commis par du personnel américain en Afghanistan et a délivré des mandats contre des dirigeants israéliens. Les sanctions prévoient le gel des avoirs détenus aux États-Unis et pourraient fortement limiter l’accès des personnes visées au système financier international. Selon l’avocat japonais Motoo Noguchi, une extension de ces mesures aux transactions en dollars pourrait également perturber le fonctionnement de la CPI et ses enquêtes. Hiroshige Fujii, professeur à l’université d’Utsunomiya, estime que le ciblage d’une juge japonaise pourrait aussi servir de moyen de pression sur d’autres alliés de Washington favorables à la Cour. Noguchi appelle ainsi le Japon à protester fermement, tandis que le gouvernement japonais n’a pour l’instant pas réagi officiellement.
Le nucléaire divise
Selon un sondage du Mainichi Shimbun mené en juillet, 43 % des personnes interrogées ne voient pas la nécessité de revoir les trois principes non nucléaires du Japon, qui consistent à ne pas posséder, ne pas produire et ne pas autoriser l’introduction d’armes nucléaires sur le territoire. 27 % estiment qu’ils devraient être examinés, et 29 % ne se prononcent pas. L’enquête intervient alors que le sujet émerge dans la révision prévue d’ici la fin de l’année des trois documents clés liés à la sécurité nationale. Les répondants les plus âgés sont les plus attachés au maintien des principes : 50 % des personnes de 70 ans et plus jugent qu’ils n’ont pas besoin d’être révisés, contre seulement 33 % chez les 18-29 ans. Un écart marqué apparaît aussi entre les sexes, avec 47 % des femmes contre 39 % des hommes opposés à une révision, tandis que 42 % des hommes y sont favorables contre seulement 16 % des femmes. Dans les réponses ouvertes, les partisans d’une révision évoquent la dégradation de l’environnement sécuritaire régional, tandis que les opposants rappellent l’expérience du pays face aux bombardements atomiques. Le débat politique s’est également manifesté en juin, lorsque Nippon Ishin, membre de la coalition au pouvoir, a proposé une « étude réaliste » comprenant un réexamen du principe de non-introduction. Le Parti libéral-démocrate n’avait, lui, pas intégré cette question à ses propositions. L’enquête a été menée les 18 et 19 juillet auprès de 2 006 personnes.



