TOKYO – L’enchaînement d’incidents dans les centrales nucléaires japonaises touchées par le séisme suscite des interrogations sur un risque d’accident majeur et sur les moyens des autorités pour y répondre, dans une région dévastée et désorganisée.

Arrêt automatique au moment des violentes secousses telluriques, baisse du niveau d’eau, panne du système de refroidissement, montée anormale de température et pression, explosion d’un bâtiment: un réacteur 1 de la centrale de Fukushima N°1 au Japon a connu une série noire d’événements vendredi et samedi.

L’Agence de la sécurité nucléaire et industrielle japonaise a classé l’accident du réacteur 1 au niveau 4 sur l’échelle internationale de mesure appelée INES, un rang qui signifie qu’il n’y a pas de risque important hors du site », selon les documents de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Dimanche, le réacteur 3 entrait dans un processus similaire, au point que le gouvernement a prévenu la population de la possible survenue d’une nouvelle explosion, présentée sans danger pour le réacteur lui-même ni pour la population.

Les autorités ont admis la possibilité d’un début de fusion du combustible dans les réacteurs de cette centrale, exploitée par la compagnie d’électricité Tokyo Electric Power (Tepco), mais ont affirmé que la situation était maîtrisable.

Si l’on compare avec un incendie, cela signifie que « le rez-de-chaussée est en feu, mais les pompiers sont à l’oeuvre et ils sont plutôt rassurants », a expliqué l’ambassadeur de France, Philippe Faure, renseigné par des spécialistes.

Un doute pèse toutefois sur l’efficacité des dispositions prises.

Est-ce que l’on réussira à arrêter à temps ce phénomène de fusion avec l’eau pompée en mer? Cela suffira-t-il pour que le combustible cesse sa fusion?

Le gouvernement veut apaiser les craintes. Il affirme que même en cas d’explosion de la nature de celle qui s’est produite samedi, « il n’y a pas de danger pour le réacteur lui-même » ni de conséquences pour la santé des populations riveraines, évacuées au-delà d’un rayon de 20 kilomètres.

Quoi qu’il en soit, l’opérateur, les autorités et le fabricant des réacteurs sont confrontés à une situation critique totalement inédite et presque inimaginable, qui, selon des experts étrangers, peut dégénérer en cataclysme atomique, surtout si les réactions sont trop lentes.

Les messages des autorités sont difficiles à interpréter et jugés tardifs.

« J’ai des doutes. L’explosion du bâtiment du réacteur 1 n’a été reconnue et expliquée par les autorités que deux heures après sa survenue, et à demi-mots », rappelle le directeur d’une entreprise du secteur, préférant ne pas être nommément cité.

Selon lui, « la communication est très imparfaite. Avec les données transmises au public je suis bien incapable de comprendre réellement ce qu’il se passe et d’évaluer la gravité de la situation ».

Et de préciser qu’il s’agit « de réacteurs de type particulier ».

La compagnie d’électricité, le fabricant des réacteurs et les diverses autorités disent tout mettre en oeuvre pour maîtriser la situation en temps voulu.

Reste qu’en cas d’aggravation et de risque d’accident majeur de type Tchernobyl, le temps sera compté et la rapidité de réaction des responsables cruciale.

La situation chaotique qui prévaut actuellement dans la région rendrait en outre extrêmement complexe l’évacuation des populations et totalement inopérantes les procédures classiques.

Dans les zones les plus touchées par le séisme et le tsunami, là où se trouvent onze réacteurs, les transports sont stoppés ou perturbés, les moyens de communications partiellement hors de service, les infrastructures essentielles endommagées et les réseaux logistiques (d’habitude d’une efficacité surprenante) sont complètement désorganisés. Sans compter la panique qui s’emparerait de toute la population japonaise.

TOKYO ELECTRIC POWER

[(©AFP / 13 mars 2011 12h17) – Article Original sur Romandie.com->http://www.romandie.com/ats/news/110313111734.brt5ypej.asp]

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