JAPON. La bourse réagit mal à la démission surprise de Yasuo Fukuda. Les investisseurs n’avaient pas besoin de cela, alors que la récession menace l’Archipel et que l’inflation revient.

Les milieux d’affaires nippons n’avaient pas besoin de cela. La démission soudaine du premier ministre, Yasuo Fukuda, lundi soir, ne fait qu’ajouter une crise politique aux menaces économiques planant sur l’Archipel. Une nervosité qui a gagné la bourse: hier l’indice Nikkei a perdu 1,75% pour terminer à 12609,47 yens. Depuis le début de l’année son déclin atteint 18%.

Rappelant la piteuse démission de son prédécesseur Shinzo Abe, il y a moins d’un an, ce départ intervient quelques jours après l’annonce d’un plan de relance gouvernemental de 20 milliards de francs. Cela fait mauvais genre, surtout dans un pays affichant un endettement public record et menacé par la «stagflation». «Depuis le départ de Junichiro Koizumi en 2006, le Japon a du mal à trouver un leader capable d’imposer un véritable programme économique», explique Sophie Mametz, économiste au sein de la banque Natixis à Paris.

La plupart des observateurs s’attendaient hier à voir Taro Aso, le secrétaire général du Parti libéral démocrate – au pouvoir quasiment sans interruption depuis la guerre – prendre la succession de premier ministre partant, même si des rumeurs entourent la candidature de l’ancienne ministre Yuriko Koike. «Venant des milieux industriels, M.Aso ne déplaît pas aux investisseurs», assure Emmanuel Hermand, vendeur actions au sein de la maison de courtage Nomura.

Aux portes de la récession

Les marges de manœuvre restent limitées dans un pays dont l’activité s’est déjà contractée de 0,6% au cours du printemps et dont un deuxième trimestre de ralentissement annoncerait l’entrée en récession. Sur le plan intérieur, l’ajustement à la baisse des salaires depuis trois ans – conséquence des réformes structurelles ayant suivi la «décennie perdue» – touche les ménages d’autant plus durement que ceux-ci font face à une inflation atteignant 2,4%, niveau inconnu depuis onze ans. L’autre moteur de la deuxième économie mondiale, les exportations, a été durement heurté par le ralentissement de la mondiale et par la force du yen. «Le salut ne pourra pourtant venir que des exportations, comme ce fut le cas au début de la décennie», pointe Sophie Mametz.

Sortir de la décennie perdue

Le Japon est-il condamné à se voir promettre une éternelle sortie de crise? Et son marché boursier sera-t-il toujours une opportunité d’achat ne portant jamais ses fruits? «Des progrès structurels lourds ont été réalisés ces dernières années dans les banques ou le désendettement des entreprises», rappelle l’économiste de Natixis. «Interrompue par la dégradation de la conjoncture internationale – et par l’envolée du pétrole – la sortie de la décennie noire se poursuit», assure Emmanuel Hermand.

Il est vrai que la croissance attendue par l’OCDE cette année dans l’Archipel, certes atone à 1,2%, ne diffère guère de la stagnation promise à l’Europe (1,3%). Et les entreprises japonaises, jusque-là prudentes dans leur expansion internationale, ont réalisé cette année des acquisitions à l’étranger dépassant 43 milliards de dollars, un record, souligne le Wall Street Journal. Ces derniers jours, Shionogi a racheté le groupe pharmaceutique américain Sciele, tandis que Onwar Holdings s’offrait le couturier Jil Sander. De quoi rappeler à l’Archipel les fastes des années 1980, lorsque ses sociétés partaient à la conquête des Etats-Unis. A l’époque l’indice boursier Nikkei approchait les 40000 yens.

Pierre-Alexandre Sallier

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