Comme chacun sait, la culture japonaise est profondément influencée par le bouddhisme. Les proverbes qui s’en inspirent directement ou indirectement sont nombreux, et il est facile d’y puiser quelques sages maximes. Je vous invite donc à étudier aujourd’hui quelques yojijukugo (四字熟語)、proverbes composés de quatre caractères.

Le Shariden de l'Engaku-ji à Kamakura (© Fg2)
Le Shariden de l’Engaku-ji à Kamakura (© Fg2)

L’impermanence des choses

L’un des enseignements du bouddhisme porte sur l’impermanence des choses, le fait que toute chose, tout être change sans cesse. Voici un yojijukugo qui dit exactement cela : 諸行無常 (しょぎょう‐むじょう). Dans ce type de proverbe, les caractères vont souvent par paire. Ici 諸行 (しょぎょう) signifie « les choses de ce monde », et 無常 (むじょう) signifie impermanent, un mot composé de la négation 無 et de 常, permanent, ordinaire, que l’on retrouve dans 常用漢字 (じょうようかんじ)、les fameux kanji d’usage courant que les enfants japonais sont tenus d’apprendre pendant leur scolarité.
En voici un autre, plus imagé, sur le même thème : 波瀾万丈(はらんばんじょう). 波 signifie ici petite vague, 瀾 signifie grande vague, 万丈 signifie immense. L’ensemble décrit la fluctuation des vagues, et la violence avec laquelle elles peuvent grossir, rouler, s’enfoncer, etc. Là encore, le proverbe insiste sur le changement perpétuel et l’instabilité des choses et des situations.
Amour, richesse, santé, bonheur, malheur, joie, tristesse, colère, jeunesse, vieillesse, arbres en fleurs et arbres sans feuilles, tout passe, s’évanouit et renaît sans cesse. S’attacher à une situation particulièrement, entretenir l’espoir qu’elle dure éternellement, est donc vain et source de souffrance.

Les conséquences de nos actes

Le bouddhisme enseigne également que ce qui nous appartient en propre, et ce par quoi nous subsistons après notre passage, ce sont nos actes, paroles et pensées, qui continuent à produire des conséquences bien après notre mort (comme le battement d’aile du papillon). Ceci s’exprime dans le yojijukugo suivant : 自業自得(じごうじとく).自 signifie « soi », 業 ce sont les actes, le karma, donc « nos propres actes » ; 自得 doit être compris comme « notre lot, ce qui nous échoit ». Pour être plus clair : on récolte ce qu’on sème.
Si je passe mon temps à agresser ceux qui m’entourent, ils me tourneront le dos. Si j’élève mon enfant dans la peur et dans la haine des autres, cette peur et cette haine me survivront à travers lui, qu’il se laisse dominer par elles ou qu’il s’acharne à les combattre pour ne pas les transmettre à son tour. Si j’arrose chez les autres des graines de joie et de compassion, il en restera également quelque chose dans leur coeur.

Mener une vie paisible

Puisque rien n’est immuable et que nous sommes la somme de nos actes – non de nos possessions – autant mener une vie paisible, sans courir pour bâtir des châteaux de cartes, sans se perdre dans l’agitation du monde, sans nuire à personne : 晴耕雨読(せいこううどく), voilà un yojijukugo très simple qui contient tout un art de vivre. 晴 signifie beau temps, 耕 signifie cultiver la terre, 雨 veut dire pluie et 読 lire. Cultiver la terre lorsqu’il fait beau, lire quand il pleut… Voilà évoquée avec une admirable concision une vie simple, faite d’étude et du travail de la terre, comme l’était la vie des premières communautés monastiques. Plus largement, on peut y voir une invitation à profiter des moments que nous offre la vie, quels qu’ils soient, sans pester contre les circonstances, sans s’acharner à vouloir que les choses soient différentes de ce qu’elles sont. Vous y songerez la prochaine fois que vous grimacerez parce qu’il pleut pendant vos vacances !

Enfin, pour bien vivre, il faut être pleinement conscient de ce que l’on vit à chaque instant, sans se perdre dans les regrets du passé ou dans la crainte du futur. Car il y a de l’or en chaque instant : 一刻千金(いっこくせんきん)。 一刻 signifie un instant, 千金, mille pièces d’or. Si ce yojijukugo évoque surtout la briévété des moments les plus précieux – un magnifique coucher de soleil sur un lac, en compagnie de votre amoureux(se), par exemple – il invite aussi à voir la valeur des instants les plus simples, à être pleinement conscient du chant d’un oiseau, de la beauté d’un nuage, ou du simple fait d’être en vie, même quand les trains sont en grève, que votre patron vous engueule, que votre enfant hurle ou que votre conjoint oublie de rentrer du travail…

Vous pourrez trouver ici d’autres proverbes pleins de sagesse. Puissent-ils vous inspirer en cette rentrée, que je vous souhaite la plus sereine possible. それでは,また,お楽しみに。

Écrit par Élisabeth de Sukinanihongo

close

Tous les jours gratuitement votre concentré de l'actualité japonaise par e-mail!

L'essentiel de l'actualité japonaise quotidienne dans votre boîte e-mail. Synthétisé grâce au travail de la rédaction de Japon infos, 100% indépendant, garantie sans fakenews, gagner du temps et ne cherchez plus ailleurs!

Toutes les infos de la journée sur l'Archipel seront dans votre boîte-aux-lettres, devenez le premier sur les news du Japon!

Nous gardons vos données privées et ne les partageons qu’avec les tierces parties qui rendent ce service possible. Lire notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

50 Commentaires

  1. Bonjour,

    Article très intéressant.
    Des principes essentiels que l’on oublie souvent dans un monde moderne (Kali Yuga).
    Un enseignement très proche du bouddhisme tibétain, mais ce n’est guère étonnant, les deux venant de la même école (Mahayana).

  2. Souvent, les proverbes se contredisent. La fortune vient en dormant / la Fortune sourit aux audacieux. Les Japonais n’y font pas exception. Car si tout ce qui est possible est déjà arrivé, si ma petite expérience vaut pour mes frères humains, alors on peut pantographier mon vécu à l’échelle universelle et en faire un proverbe. Après intervient la forme. Je dirais qu’un aphorisme ( ou un proverbe) est beau comme une oeuvre d’art par la qualité du regard de celui qui la pointe.
    Vous vous faîtes rare Mamzelle Lili !

  3. Point n’est besoin de faire des effets de manche. Lili mérite toute notre sympathie et toute notre bienveillance. Dans son blog perso, Sukinanihongo, Lili y produit des billets magistraux où j’ai d’ailleurs fait, dans sa rubrique « culture », un commentaire acerbe sur « les toilettes de Tanizaki ». Si, dans d’autres temps et sur un autre site, la qualité de mes commentaires et la promptitude avec laquelle je dézinguais mes adversaires me valurent le surnom d « Arme fatale », ici tout n’est que douceurs désarmantes, approches subtiles et, ce qui n’a pas encore été évoqué, une parfaite maîtrise de notre langue.

    • DES EFFETS DE MANCHE , mais tu n ‘arrêtes pas d’en faire , mic ! Que du creux , des mots , rien d’autre ! Et VANTARD avec ça !  » Il DEZINGUAIT , arme fatale  » . je suis peut être une bargeote mais toi , tu es quoi , arme fatale ! Tu parles beaucoup , te contredis comme les proverbes alors ? Dors .

      • Je revendique le droit d’être une cible. Et je me flatte de n’avoir ici que des ennemis. Je n’ai pas envie d’escarmoucher. Allez vous faire moucher ailleurs. Laissez-moi prendre mes ablutions dans les eaux lustrales de ce billet. Le blog de Lili n’est pas un blog low-cost. Lili, s’il vous plait, effacez-moi tous ces commentaires qui déparent votre prose, et que je lis en me pinçant le nez.

  4. A ancoliase,

    Qui, à Bacchus a sacrifié
    ne vaut pas d’être scarifié

    Vifs octosyllabes dont la richesse de la rime n’aura échappé à personne.
    Vous auriez pu, Lili, prolonger votre réflexion et vous demander si les proverbes servent à quelque chose. Mais il est certain qu’un tyrannique Webmaster vous impose un nombre de mots à ne pas dépasser.
    Dans le creux de votre oreille, en vérité je vous le dis—mais vous ne le direz à personne, les proverbes ne servent à rien.
    « Plaie d’argent n’est pas mortelle ». Allez dire cela aux files de chômeurs édentés qui font la queue devant Pôle-emploi.
    « Une de perdue, dix de retrouvées ». J’en ai perdu une qui trouvait qu’il manquait un zéro sur ma fiche de paye. J’en ai retrouvé dix qui auraient bien voulu arrondir une décimale sur mon « net à payer » pour faire les boutiques des Champs-Zé ou d’Oxford-street, allons donc!

    « Femme sous ton toit
    ta bourse fermement tu garderas ».

      • Dire que les femmes sont vénales n’est pas pour moi une forme de sexisme. Je dis cela d’un ton posé, calmement, comme je dirais que le ciel est bleu, la mer turquoise… Du temps où les femmes ne travaillaient pas et dépendaient du mari, il était logique que ce dernier soit bien pourvu côté portefeuille. Après, quand grâce à Simone de Beauvoir elles sont devenues salariées, rien n’ a changé. Il faut croire que l’habitude était devenue une seconde nature. Oui Saturne75, en vérité je vous le dis, un chômeur n’a aucune chance sur Meetic ou sur E-darling. Je me rappelle de mes sorties en boîte où je plombais l’ambiance chez les filles quand je leur annonçais que je pointais aux Assedic. Une bourgeoise ne se mariera jamais avec son facteur. Comme amant peut-être. Rechercher le plus offrant est une forme de prostitution. Qui ne veut pas dire son nom. Les enfants qui naîtront de ces unions dégénérées ne seront pas aimés car le mari aura vite saisi qu’on l’a séduit pour son compte en banque. Des femmes désintéressées, j’en ai connu : Simone Weil, philosophe morte en 1943, Rosa Luxembourg, la Spartakiste, et, personnellement des femmes des Kibboutz, pures comme l’aurore, ne se maquillant jamais, toujours la même robe, les yeux pleins d’un idéal de générosité et de simplicité. Combien de ces femmes exaltées pour toutes celles qui jouent de la gambette pour des vacances à St-Tropez ? Hein, combien, Saturne75 ?

  5. A mic :
    A qui t ‘adresses – tu , à moi ancoliase ou à lili ? lili , encore appelée sukinanihongo , qui a ailleurs un blog où elle écrit sur le Japon des textes magistraux dis – tu et où tu déclares être allé commenter une note , précisant d’ailleurs laquelle . A qui chuchotes – tu à l ‘oreille ? Je m ‘appelle ancoliase , moi, pas lili et on se tutoie .

     » Qui a servi Bacchus ne vaut pas d’être scarifié  » Ca renvoie aux rites grecs ça ( la scarification rite de passage , m ‘apprend wikipédia heureusement ) . Drôle de loi des dieux qui empêche le passage d’un homme ! Je suis contre et je rendrai Bacchus , moi , responsable des malheurs de ce monde alors qu ‘on sait très bien que non ! C ‘est vrai que sans le punch certains soirs … .

    Pourquoi ces femmes collées à tes basques demandant des sous ? et la fin de ton com signifie quoi ?

    deepsl
    ta remarque sur les sophismes et les proverbes, je ne comprends pas son sens , ni non plus la suite mais il est tard et dimanche soir
    Noël c’est bien en décembre ? La superstition et Paco Rabane, je ne comprends pas
    Décidément ce soir . Je n ‘ai pas assez bu . Ca va s’arranger demain .

    • Non sequitur = qui ne suit pas les ou la prémisses. La prémisse est une affirmation avancée en support à une conclusion mais dans un sophisme non sequitur, la prémisse et la conclusion n’ont pas de relation logique et dans une proverbe pas toujours. Les superstitions procède de la même fausse logique, un paralogisme.

      Et comme c’est lundi, je suis gentil: Paco Rabanne = Pâques aux rabanes.

      • Merci de ces précisions , deepsl . C ‘est ardu . Mais j’ai toute la semaine pour comprendre ces définitions de logique et leurs présupposés. vous soulevez encore une fois une question, me semble , mais de le dire… la dernière fois m ‘a valu d’être traitée par vous , c’était quel jour, de sotte .  » Il fallait disiez vous , laisser tranquilles les dieux  » et surtout pas les inviter à danser sur le pont , n ‘est ce pas ? Mais les dieux et la logique , ça se démonte ! Il faut tjrs , à mon sens, replacer leur pourquoi , les resituer .
        .
        Excusez moi , hier, de vous avoir tutoyé . C ‘était dans l ‘élan de mon adresse à mic. C ‘est parti tt seul
        Paco Rabane, j ‘avais pas saisi . Un mot qui court , un contre – proverbe ?

  6. A DEEPSL :

    J ‘ai réfléchi depuis ce matin et votre dire mérite analyse . Je veux ici compléter :
    Toyo . Toyota … c’est quand même pas la voie !Sur ce blog et d’autres voisins , nous nous retrouvons et force est de reconnaitre que , nous nous interrogeons .
    Vous êtes, deepsl, si j ‘ai bien compris , un convaincu du PROGRES et vous reconnaissez des courants, des valeurs en cours . , Parfois vous rencontrez des contradicteurs ,

    mais
    il en est UN dans votre PAROLE même , la vôtre , VOS MOTS , votre eXPRESSION . et il doit en être ainsi de chacun . Vous cependant, me semblez AVANCER UNE ARMEE ENTIERE . A votre insue . Ce sont les mots qui agissent débordent se rebellent ? Lewiss Caroll avait montré avec Alice , conte pour enfants qui doivent grandir que les mots ont des pouvoirs inouïs ; Ils nous échappent . Toyota les contrôlera -t- il ?

    sentez- vous sourdre, leur force . Ils vous retournent le sens !
    Deleuze descendu de la chambre en 4 ème vitesse , que je retrouve sur ma table quand il se trouvait à l ‘étage tout à l ‘heure me semblait, , irait il dans ce sens ? A -t- il lui parlé des proverbes , je ne sais . Je dois le lire ; Quel programme. et avec tout ce que j ‘ai à faire !

    Critique et clinique
    Gilles Deleuze
    Lire la 4ème de couverture

    Sommes nous dans le DEHORS ?
    je ne sais pourquoi mais ce me semble avoir un rapport avec nombre d’articles commentés dont celui ci mais JE N AI PAS ENCORE TUE L ‘ OURS .
    Il y a quoi à vendre ?
    Que de sujets à réfléchir !

  7. Intéressant le commentaire de Deep * du 15/09 à 10h24, rédigé dans un grand moment de lucidité. Il m’arrive de regarder les « zen » le dimanche matin sur France2, les émissions religieuses. Ils se délectent des koan et moi je n’y comprends rien. Il leur arrive aussi à eux de bafouiller. Grâce à Deep* un koan est facile à démonter. En fait la ou les prémisses est ou sont impossibles. Comme par exemple « être accroché à un arbre sans toucher terre ou sans les mains tenues aux branches. Tout cela me paraît bien puéril et moi, les koan, je ne les applaudis que d’une main.
    Telly : Ancoliase a acheté il y a quelques années un tapis afghan.

    * J’ai mis une majuscule à son pseudo. J’espère qu’il m’en sera reconnaissant.

  8. Je viens d’avoir à l’instant confirmation par un coup de fil de japoninfos (coup de fil qui m’a d’ailleurs réveillé). Lili lance aussi son propre concours à la manière des 15 places de ciné pour Budori. Le prix est « 10 séances de japonais par Lili elle-même, en cours particuliers. » L’unique gagnant est celui qui s’inscrira le premier. Je m’inscris.

    • Il est trop tard pour nous tous , pour participer
      ET GAGNER LE CONCOURS !
      car ton com, mic n ‘est pas sorti à l ‘heure affichée mais bien plus tard , le décalage horaire sans doute .
      tu as cependant gagné . J ‘ai peut être le tapis persan moi , mais toi t’as le filon !

  9. Ca c’est un bon proverbe Telly.

    Mais dis-donc, un cercle d’habitués semble apparaître ici comme au bon vieux temps d’ailleurs, où les posts se dégradaient, ou plutôt se métamorphosaient. Qu’en penses-tu? 😉

    Allez, pour relancer, un excellent proverbe zen venant de très loin:

    « C’est un voyant un moustique se poser sur ses testicules qu’on réalise qu’on ne peut pas régler tous les problèmes par la violence… »

    Arf!

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.