Face à la crise financière, le Japon pourrait se joindre vendredi au mouvement général de baisse des taux d’intérêt déjà engagé dans la plupart des grands pays industrialisés, ne serait-ce que pour ne pas décevoir les investisseurs qui spéculent désormais sur une telle éventualité.

Une baisse des taux japonais à l’issue de la réunion de politique monétaire de vendredi serait la première depuis sept ans. Elle sera bien débattue à l’ordre du jour de la réunion de la Banque du Japon (BoJ), a déclaré à Reuters une source ayant connaissance des débats. Le quotidien économique Nikkei a évoqué de son côté une baisse de 25 points de base.

Les taux japonais sont déjà très bas, le principal d’entre eux étant fixé à 0,5%. Mais une baisse aurait le mérite de constituer un message de soutien des autorités monétaires aux multiples initiatives adoptées pour tenter d’éviter une récession mondiale.

L’économie japonaise est déjà touchée et semble même de plus en plus vulnérable à la crise financière et à ses répercussions économiques, soulignent les analystes.

La BoJ s’est pour l’instant abstenue d’assouplir sa politique monétaire, y compris lors de la spectaculaire baisse de taux coordonnée du 8 octobre dernier, se démarquant ainsi de la Réserve fédérale américaine et de la Banque centrale européenne (BCE).

Mais il semble qu’elle soit déterminée à montrer qu’elle assume sa part du fardeau avant le sommet du G20 prévu le mois prochain aux Etats-Unis.

« Si la BoJ ne baisse pas ses taux vendredi, le Japon sera en difficulté à la fois sur les marchés financiers et sur le plan de la politique internationale », estime Susumu Kato, chef économiste de Calyon à Tokyo. « Le Japon n’aurait pas son mot à dire lors du sommet financier du 15 novembre. »

AGIR AVANT LE G20 DU 15 NOVEMBRE

La situation de l’archipel s’est aggravée ces derniers jours avec l’envolée du yen, considérée comme une valeur refuge, un mouvement qui pénalise lourdement les entreprises exportatrices.

Et le communiqué du G7 publié lundi pour regretter la volatilité de la devise japonaise n’a eu pratiquement aucun effet, les investisseurs jugeant que les six autres membres du Groupe n’auraient aucun intérêt à intervenir sur les marchés pour faire baisser la devise japonaise.

Pour de nombreux observateurs, l’exception japonaise en matière de taux serait d’autant plus difficile à assumer que la Réserve fédérale s’apprête à réduire de nouveaux ses taux mercredi et que la BCE comme la Banque d’Angleterre vont probablement lui emboîter le pas la semaine prochaine.

Les banques centrales indienne, chinoise, canadienne et australienne entre autres ont elles aussi assoupli leurs politiques au cours des dernières semaines.

Une baisse des taux nippons n’est toutefois pas encore assurée. La Banque du Japon étudiera la situation des marchés mondiaux avant de prendre une décision vendredi, a expliqué à Reuters la source, qui a requis l’anonymat. Mais pour les analystes, il serait dangereux de prendre à contrepied les marchés dans le climat actuel.

« La BoJ pourrait être acculée à baisser les taux afin de ne pas décevoir le marché », souligne ainsi Akihiko Yokoyama, stratège obligataire de JPMorgan Securities.

LA BOURSE A REBONDI DE 7,7%

La Bourse de Tokyo a rebondi de 7,7% mercredi, grâce principalement aux anticipations de baisse des taux. Mardi, la Bourse de New York avait fini sur une hausse spectaculaire de près de 11%, le rebond s’étant accéléré en fin de séance après les informations sur la BoJ.

Quant au yen, il a subi mardi à New York sa plus forte baisse en une seule séance face au dollar depuis 1974. Les marchés estiment désormais à 70% la probabilité d’une baisse de taux d’un quart de point vendredi, contre moins de 20% mardi.

Les dirigeants de la BoJ avaient jusqu’à présent écarté l’éventualité d’une telle baisse en soulignant que la récession japonaise était « importée », via la baisse de la demande étrangère. Mais le gouverneur adjoint Kiyohiko Nishimura a reconnu pour sa part mercredi que la crise économique se rapprochait de l’archipel.

« Il existe un risque de voir encore empirer la situation globale des marchés et de l’économie, ce qui affecterait l’économie japonaise », a-t-il déclaré au parlement.

La Bourse de Tokyo a perdu un tiers de sa capitalisation en moins d’un mois, affaiblissant les plus grandes banques du pays, pratiquement épargnées jusqu’alors par la crise financière.

De leur côté, les entreprises industrielles souffrent de la hausse du yen, qui a touché récemment ses plus hauts niveaux depuis 13 ans face au dollar. La production industrielle a chuté de 1,2% sur le trimestre juillet-septembre, sa troisième baisse consécutive, du jamais vu depuis 2001, époque à laquelle le Japon était en récession.

Selon le Nikkei, la BoJ va ramener vendredi sa prévision de croissance de l’économie nationale tout près de zéro pour l’année budgétaire à fin mars, contre 1,2% jusqu’à présent.

Version française Marc Angrand

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