Dans tout autre contexte, les événements qui se sont produits au Japon auraient assurément retenu davantage d’attention. Mais en ces temps difficiles dominés par la crise du crédit, le ralentissement du marché du logement, les critiques à l’encontre du gouvernement de Gordon Brown, le battage médiatique autour des élections américaines qui se tiendront sous peu, l’incursion russe en Géorgie et les faits récents concernant Lehman Brothers, Merrill Lynch et AIG, l’actualité nippone a été reléguée au second plan et est passée largement inaperçue.

Que s’est-il donc passé dans l’Empire du soleil levant? Sur la scène politique, le Premier ministre Fukuda, arrivé au pouvoir il y a un an à peine, a vu sa popularité s’effondrer et a annoncé sa démission le 1er septembre. Son parti, le Parti libéral démocrate (PLD) actuellement au pouvoir, doit élire son nouveau président, qui deviendra le nouveau Premier ministre. La démission de Fukuda a créé la surprise puisqu’elle intervient alors que celui-ci venait de procéder à un remaniement ministériel un mois plus tôt et d’annoncer un plan de relance conjoncturel de 11 700 milliards de yens (105 milliards de dollars US)[1].

Ce plan vise à donner un coup de fouet à l’économie qui s’est contractée au deuxième trimestre, mais les mesures prévues pourraient ne pas prendre effet dans l’immédiat et sont bien moins radicales que les actions menées aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde. Le PIB réel s’est inscrit en repli de 2,4% sur le trimestre, après être monté en flèche durant les trois premiers mois de l’année (+3,2%)[2]. L’enquête menée par le ministère des Finances indique par ailleurs une forte baisse des dépenses globales d’investissement des entreprises au deuxième trimestre (-6,5% par rapport à l’année passée)[3]. Ces dernières ont vu leurs chiffre d’affaires et leurs bénéfices décliner, dans une moindre mesure toutefois qu’au premier trimestre. L’indice de confiance des consommateurs est également ressorti en baisse, à 31,4 en juillet, contre 44,7 en moyenne sur 2007[4].

Mais tout n’est pas noir et les dernières statistiques économiques sont plutôt encourageantes. Les dépenses des consommateurs se sont maintenues à un bon niveau en juillet et l’indice de consommation réelle du Cabinet Office s’est inscrit en hausse. Les exportations ont elles aussi fortement progressé en juillet et les prix pétroliers ont radicalement baissé par rapport à leurs plus hauts de début juillet. Ces nouvelles sont certes réjouissantes, mais la bonne tenue des exportations dépendra du maintien de la demande des marchés émergents, Chine en tête. Les effets néfastes du niveau élevé des prix du pétrole et d’autres matières premières mettront par ailleurs un certain temps à se dissiper et pèseront ainsi pendant un moment encore sur les revenus réels des ménages.

Nombre d’investisseurs restent prudents à l’égard du marché actions japonais, dont le dernier mouvement prolongé de reprise remonte à 2005. L’année passée, le marché boursier nippon a cédé davantage de terrain que d’autres marchés lorsque la crise du crédit a éclaté, malgré sa très faible exposition à la débâcle du subprime outre-Atlantique. L’indice TOPIX japonais a cependant fait mieux que les autres grands indices boursiers au cours du premier semestre 2008[5].

Les sociétés japonaises disposent de solides réserves de capital et utilisent leur enviable trésorerie pour acquérir des sociétés étrangères et prendre pied sur de nouveaux marchés. Toshiba a par exemple repris Westinghouse et a ainsi accès à la technologie nucléaire du groupe, Nippon Sheet Glass a fait l’acquisition de Pilkington (Europe) et Daiichi Sankyo s’est offert Ranbaxy (un fabricant de médicaments génériques issu des marchés émergents). Dans tous ces exemples, les entreprises de l’Archipel ont racheté de sociétés étrangères solidement établies, de bonne renommée et offrant des valorisations attrayantes.

Les banques japonaises affichent elles aussi des bilans bien plus sains que leurs homologues américaines et européennes et sont moins exposées que ces dernières aux emprunts à haut risque (subprime). Elles ont également enregistré une augmentation des prêts octroyés à des emprunteurs étrangers, qu’ils soient américains, européens ou asiatiques. Le constructeur indien Tata a par exemple financé l’acquisition de Jaguar et Land Rover en contractant un emprunt syndiqué au Japon. Les sociétés japonaises affichent également des valorisations historiquement basses et sont ainsi favorisées par rapport à leurs concurrentes régionales.

Pinakin Patel,
Client Porfolio Manager,
JPMorgan Asset Management
Pour plus d’informations: [email protected]

1) BBC, 29 August 2008
2) JPMorgan
3) Reuters, 5 September 2008
4) Economic and Social Research Institute
5) JPMorgan, septembre 2008

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