Au Japon, les fêtes incluent Noël (kurisumasu), le Nouvel An (o-shôgatsu), ainsi que les soirées de fin et de début d’année (bônenkai et shinnenkai). Ces différentes occasions, anciennes ou modernes, autochtones ou importées, forment un ensemble disparate qui s’articule pourtant, confirmant les relations interpersonnelles, purifiant le monde matériel, et renouvelant l’alliance de chacun avec les autres et avec le monde.

AZRA-14-icone-nenmatsunenshiQue ce soit dans le langage ou dans les comportements, dans les rites comme dans les traditions, le Japon est féru de prédictibilité. C’est aussi le cas pour les fêtes. À Noël, on va voir les illuminations urbaines et on déguste un kurisumasu keeki à la fraise. Au Jour de l’An et dans la semaine qui suit, on se rend au sanctuaire déposer son obole et faire sa première prière, on déguste en famille les plats o-sechi  préparés à l’avance ou achetés chez un traiteur. Si on anticipe ces pratiques avec plaisir, c’est parce qu’on les connaît d’avance. Ce sont, comme toutes les occasions formelles au Japon, des rites de passage dont on sait le déroulement et qui apportent des confirmations plutôt que des évaluations. Ainsi, les soirées de fin d’année (bônenkai) valident les relations interpersonnelles au sein des groupes de travail ou d’amis. Noël confirme pour les amoureux ce qu’ils savent déjà par une déclaration et un échange de cadeaux.

Ces confirmations vont de pair avec clarification et purification. En effet,  les  bônenkai sont autant d’amendements des relations bonnes et mauvaises qu’on a entretenues pendant l’année avec les membres de différents groupes, ainsi qu’une manière de dépasser les erreurs commises. D’où leur nom : bônenkai (littéralement “soirées pour oublier l’année”). Par ailleurs, l’approche du nouvel an est le moment de régler ses dettes. C’est aussi l’occasion du nettoyage en grand de la maison (o-sôji). Ces deux rituels constituent également des purifications morales et matérielles.

Confirmation et purification sont enfin des manières de repartir à zéro. Ce renouveau se concrétise au cours de la période qui suit le Nouvel An (o-shôgatsu), pendant laquelle on prépare symboliquement l’année qui débute. Ainsi les noms et la forme des aliments sont autant de jeux de mots appelant à une année heureuse (comme par exemple konbu, une algue, pour yorokobu, “se réjouir”). C’est aussi sans doute parce que pendant cette période la mise en place de ce renouveau n’est pas pleinement réalisée que l’oisiveté est de mise. Enfin, les shinnenkai (“soirées de nouvelle année”) concrétisent le renouvellement de l’entreprise ou du groupe après les bônenkai qui les ont précédées un mois plus tôt.

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La file, au premier janvier, pour la première prière de l’année au sanctuaire shintô.

En France, si nous avons également Noël et le Nouvel-An, le sens en est certainement différent. L’absence de bônenkai et de shinnenkai prive les groupes de confirmation/purification/fermeture et d’ouverture/renouveau. L’anticipation du plaisir des fêtes peut être réelle, mais elle se concentre plus sur la surprise que sur la convention, les bons repas et les cadeaux étant au centre de l’attente, avec leur lot d’imprévu. Sauf peut-être pour les bonnes résolutions du Nouvel An, qui restent assez marginales, il n’y a ni confirmation interpersonnelle, ni purification, ni renouveau. Ainsi, les fêtes sont essentiellement des occasions familiales, des prétextes pour s’amuser entre amis, et pour les pratiquants un moment de rapprochement avec la tradition religieuse.

Pour en savoir plus : Jean-Luc Azra (2011) «Les Japonais sont-ils différents?» (Éditions Connaissances et Savoirs)

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4 Commentaires

  1. Au Japon, Noël, qui n’est pas férié, est seulement une fête commerciale comme l’est Halloween ou la Saint Valentin. Un prétexte pour s’amuser ensemble et faire des cadeaux pour faire « comme tout le monde » dans une société où le conformisme, formalisme et ritualisme sont les règles absolues des relations sociales pour être accepté comme membre à part entière de cette société.

    Une grande différence entre les sociétés occidentales et orientales est la conception du temps. Linéaire et orienté dans la tradition judéo-chrétienne, cyclique dans celles dérivées de l’Inde, dont le bouddhisme, et les traditions magico-religieuses dont le shintô animiste fondés sur les cycles de la nature.

    Les rites de purifications sont donc très importants au Japon car à la fin d’un cycle ils permettent de remettre les compteurs à zéro et de recommencer en croyant naïvement que souvent que les mêmes actions, les mêmes causes auront des conséquences différentes car les précédentes se sont auto-absoutes après la purification.
    C’est ce principe qui est à l’oeuvre dans le négationnisme japonais et dans la politique économique actuelle des abenomics, l’espoir vain que les mêmes causes amèneront des conséquences différentes.

  2. À propos des vœux de nouvel an.
    Il est coutume au Japon d’envoyer à ses amis et ses relations des cartes de voeux pour la nouvelle année appelées « nengajo » sauf si vous avez eu un décès dans votre famille. Dans ce cas là, vous devez envoyer à ceux que vous connaissez une carte début decembre pour leur dire de ne pas vous envoyer leur voeux. Ainsi quand un décès survient dans votre famille vous ne recevrez ni n’enverrez aucun voeux car ayant côtoyé la mort vous êtes devenus impurs (kegare 穢れ), vous avez été contaminé par la violence de la mort et vous êtes dans sorte de quarantaine en attendant la purification qui vous réintégrera dans la société.

    • Merci deep mais si on croit à la coutume japonaise pas à moi car je suis en deuil depuis ma naissance . merci quand même . bien sûr que j ‘ai été contaminée par la mort , je l ‘ai sous les pieds et que faire et je suis bien en quarantaine croyez moi même si je suis occidentale , je dirais même que ça n ‘arrange rien ; Merci quand même et mes voeux à qui peut . Sincerely yours .

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