Vénéré au Japon, il sort un livre, un film, et s’expose à Paris. Rencontre.

L’homme est plein de failles, l’oeuvre, schizophrénique. Animateur télé, acteur, réalisateur, producteur, Takeshi Kitano est insaisissable. De lui le public français ne connaît qu’une facette, celle de Kitano le cinéaste, envers sombre et dramatique de Beat Takeshi, le showman. Ce mois de mars est donc l’occasion de (re)découvrir toute l’ampleur du personnage avec la sortie de son dernier film, une rétrospective à Beaubourg (« Takeshi Kitano, l’iconoclaste », du 11 mars au 26 juin au Centre Pompidou), une autobiographie chez Grasset et, surtout, l’exposition de ses toiles et de ses installations à la fondation Cartier.

« Je ne sais pas pourquoi la France fait autant de cas de ma petite personne », savoure-t-il. Flagrant délit de minauderie ? Akira Kurosawa a pourtant dit de lui qu’il allait « sauver le cinéma japonais » . Depuis vingt ans, pour presque autant de films, Kitano s’applique à relever le gant. Parfois de manière obscure, le plus souvent avec succès, public et critique. Son lion d’or à la Mostra de Venise pour Hana-bi (1997) a définitivement consacré son cinéma, fragile équilibre tragicomique entre l’extrême violence et la tendresse, le gag et la barbarie, la poésie et le burlesque. Ses héros ? Des yakuzas fêlés ou des flics fatigués, des guerriers vengeurs et des personnages taiseux auxquels Kitano l’acteur prête sa gueule abîmée par un accident de scooter en 1994, et dont les traits oscillent depuis entre impassibilité asiatique et tic nerveux. Un accident, vraiment ? « Peut-être, en vérité, un suicide raté. » Le suicide, justement, hante son cinéma. « C’est la seule liberté qui nous soit offerte » , confie-t-il. Déroutant de la part de celui qui est devenu un empire. Depuis trente ans, au Japon, Kitano l’animateur squatte le petit écran : entre quinze et vingt programmes par semaine à la grande époque, huit aujourd’hui. Politiques, scientifiques, artistiques, de divertissement, ses programmes sont ceux d’un homme-orchestre qui s’intéresse à tout et réussit ce qu’il entreprend. Des sondages le plébiscitent même comme… Premier ministre !

Longtemps, pourtant, il y a eu malentendu. Lorsque, en 1983, il est révélé sur grand écran dans Furyo , sa réputation d’acteur de théâtre satirique et d’homme de télévision est si bien établie que le public japonais, dérouté, se sent trahi. La confusion persiste avec sa première réalisation, Violent Cop (1989), polar sombre et brutal. Vingt ans et de nombreux succès plus tard – Hana-bi , donc, mais aussi L’été de Kikujiro , Aniki, mon frère , ou encore Dolls -, Kitano semble réconcilié avec Beat Takeshi. Au point de sortir un nouveau lapin de son chapeau en répondant à l’invitation de la fondation Cartier, qui lui a donné carte blanche pour s’approprier les lieux. Et s’assumer, aussi, en tant que peintre, lui dont les toiles ponctuent les scènes de Hana-bi et habitent Achille et la tortue ? Ce n’est pas le propos de Gosse de peintre , où Kitano transforme plutôt le musée en parc d’attractions. Une exposition aussi atypique que son créateur. Un plaisantin qui, quoi qu’il fasse, est mû par un seul moteur : déstabiliser.

-« Gosse de peintre », exposition sur Takeshi Kitano à la fondation Cartier du 11 mars au 12 septembre. Renseignements sur le site internet de la fondation Cartier
– Rétrospective « Takeshi Kitano, l’iconoclaste » à Beaubourg, du 11 mars au 26 juin au Centre Pompidou
– Kitano par Kitano, de Takeshi Kitano avec Michel Temman (éditions Grasset, 307 pages, 20.90 euros)

[Source : lepoint.fr->http://www.lepoint.fr/culture/2010-03-11/portrait-kitano-superstar/249/0/432753]

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