250 sans emplois se sont réfugiés dans le parc public d’Hibya au lendemain des fêtes de l’an. Le flot de personnes mises à la porte qui a suivi a contraint les autorités à ouvrir un batiment ministériel pour les accueillir temporairement. La conjugaison de certaines faiblesses risque de faire passer le Japon par une situation de crise agravée.

Crise financière

Lors des crashs d’avion, il est rare qu’une seule cause produise l’accident. Problème de réacteur + de voyant + de control et voici l’inévitable. En économie, c’est à peu près la même chose. Cette crise financière que nous connaissons depuis quelques mois est en train de muter comme bon nombre d’experts l’ont analysée. Au Japon, elle prend une tournure radicale.

Le jour de l’an est sacré au Japon, Noël n’est pas fêtée. Durant cette (longue) période de repos, 6 jours, la télé nous abreuve comme dans tous les pays de programmes lobotomisant. Si bien que les informations sérieuses n’ont pas leur place au milieu des festivités. Mais toute chose a une fin. Le réveil du Lundi 5 Janvier s’est fait brutalement sur toutes les chaînes de télévision. 250 personnes ont dormi dans le parc public d’Hibya cette nuit là. En fait, le flot a continué de grossir si bien qu’ils ont ouvert une salle publique dans un ministère pour recevoir temporairement ce tsunami humain, première vague d’un désastre annoncé.

Crise démographique

La parabole de l’avion n’est pas un exercice de style dans ce texte. Le Japon a un énorme problème de mutation. Sa population est en diminution, c’est à dire qu’il y a plus de morts que de naissances [1] depuis le milieu de l’année 2006. Mais cette population qui devrait avoir une retraite décente au regard des efforts qu’ils ont produits pour relever le pays au lendemain de la seconde guerre mondiale se voit dépossédée. Le ministère les a informés dans un premier temps que leurs données s’étaient volatilisées suite à une perte lors des transferts de données en mode informatisé. Ensuite, les assureurs ont réussi à faire passer l’arrêt de couverture maladie mutualisée à partir de 75 ans. Inutile de vous préciser que le Japon détient une durée de vie parmi les plus longues dans le monde. Jean François Etienne[2] présentait cette mutation en 1999 de la façon suivante : « Comme l’Allemagne ou la France, le Japon a toujours privilégié la mutualisation des risques sociaux via l’État-Providence (référence bismarckienne) à la prise de risque individuelle (vision darwinienne). Face à l’accroissement des déficits, les autorités ont décidé de rompre avec la doctrine bismarckienne qui évitait au salarié la prise de risques financiers. La réforme de 1999/2000 qui introduit le système de la cotisation définie est donc une véritable révolution culturelle. » Dans ce nouveau mode de capitalisation, le système financier prend une place considérable. Voici donc le lien qui nous préoccupe aujourd’hui. Lorsqu’une économie a fait le choix massif de la capitalisation faute de natalité suffisante, elle reporte le risque sur la population, et en l’occurrence les plus faibles. Comme si cela ne suffisait pas, le Japon n’a pas de politique d’immigration. Bien au contraire, parce qu’il s’agit d’un archipel qui l’isole naturellement, pour son histoire assez récente dans le monde moderne (nous venons de fêter les 150 ans des relations Franco Japonaises) , le Japon n’a pas, comme la France une histoire d’immigration. La position géographique de la France joue un rôle majeur dans le brassage des populations. Il suffit de prendre le métro à Tokyo pour se rendre compte de la quasi absence de mixité culturelle. Le salut ne viendra donc pas de ce côté ci.

Nouveaux modes de consommation

Le plus frappant désormais dans ce Japon où les sacs LV sont d’un commun, ce sont les nouvelles enseignes moyen bas de gamme. Les boutiques à 100 yens populaires depuis plusieurs années connaissent un essor considérable. Par leur nombre, mais également par le choix qu’elles proposent. De la quincaillerie aux meubles en kit, elles viennent de passer un pas en proposant des aliments instantanés et frais. Pour des produits estampillés Made in China, on pouvait s’attendre à une réticence du consommateur Japonais. Que nenni. Le commerce suit bien évidemment les tendances de la société, en plus de s’adresser à la frange pauvre de la population, les boutiques à 100 yens (one coin shop) proposent pléthore d’ustensiles pour personnes âgées. Cannes bien évidemment, systèmes pour ouvrir des conserves facilement, pour ouvrir des tiroirs et pour arrêter cette liste gérontologique, le haricot se trouve juste à côté des guirlandes de noël.

Perspectives

La dernière décade a vu le Japon traverser une crise grave. Beaucoup de spécialistes ne donnaient pas cher pour un redémarrage de l’économie, au moins avant de longues années. Ce type d’analyse est sans compter sur la mentalité Japonaise. C’est la ressource que nous Français devrions leur envier le plus. Leur implication à chaque travail alloué, leur précision, leur rigueur du début à la fin de la chaîne de production renvoie une idée de froideur ordonnée et efficace. La plainte de la rue lorsqu’elle existe dans l’empire du consensus est le signe qu’il est déjà trop tard. Mais dans un système social, spirituel et culturel où le recommencement est en rythme perpétuel, le trop tard n’appartient qu’au passé révolu et ne présage qu’une renaissance. Si bien que certains journalistes Japonais ne peuvent s’empêcher de terminer sur une note positive. Par cette crise qui met à la rue de nombreuses personnes, on retrouve l’humain à travers l’aide de volontaires venus porter secours aux réfugiés urbains. Si au moins nous pouvions tirer des leçons et agir en conséquences dès maintenant ?

Conclusion

Nous entrons dans une turbulence où les plus faibles vont laisser des plumes sinon leur vie. Les gens que nous retrouvons à Hibya ne sont qu’une résurgence de la pauvreté cachée ces dernières années. Les travailleurs pauvres sont les premiers au chômage. Au pays naguère de l’emploi à vie, la donne est radicalement différente en ce début d’année. La période de Sumo va reprendre, il y a ce matin un long programme sur les incendies urbains en cette période hivernale sèche et nous attendons la floraison des « sakura[3] » avec impatience.

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