« Le désastre surgit lorsqu’on l’a oublié ». Ce dicton nippon en tête, les Japonais commémorent ce samedi le 20e anniversaire du grand tremblement de terre, de magnitude 7,3, qui a frappé la ville portuaire de Kôbe, à l’ouest du Japon.

Dégâts dans le port de Kôbe, conservés pour la mémoire collective. © Jean-François Heimburger
Dégâts dans le port de Kôbe, conservés pour la mémoire collective.
(© Jean-François Heimburger)

Le festival des lumières, organisé depuis 1995 à Kôbe, leur a permis de rendre hommage aux 6 437 morts et disparus le mois dernier. Cette semaine, des concerts et autres manifestations de souvenir sont organisés un peu partout dans la région. Une minute de silence est observée chaque année, le 17 janvier à 5h46, heure à laquelle avait débuté la catastrophe.

« Nous n’oublions pas le 17 janvier », rappelle la mascotte ailée du département de Hyôgo à tous les habitants. Dans un pays qui totalise 18,5% des séismes les plus violents du monde, mieux vaut garder les désastres du passé en mémoire et rester vigilant. Les experts ont d’ailleurs récemment réévalué les risques de séismes aux effets dévastateurs (intensités 6 et 7 sur l’échelle japonaise) : la ville de Yokohama et ses 3,7 millions d’habitants ont ainsi 78% de chance d’être violemment secoués dans les 30 prochaines années. Le centre de Tôkyô, même s’il n’est pas à l’abri, s’en sort un peu mieux (46%).

Les Japonais de tous âges, en général disciplinés, ont l’habitude des caprices de la nature et sont bien informés. Un exercice de prévention et de lutte contre les désastres liés à un séisme de magnitude 9 a d’ailleurs été organisé jeudi, impliquant 350 000 habitants de la ville.

Depuis les événements de 1995, de nombreuses leçons ont été tirées pour se prémunir contre les risques sismiques. La plupart des victimes avaient été ensevelies sous des bâtiments effondrés ou brûlées dans de nombreux incendies. Les fenêtres des établissements d’enseignement ont ainsi été renforcées. La part de maisons traditionnelles en bois a également baissé (68% en 1993, 59% en 2008) et les constructeurs privilégient à présent des matériaux plus résistants, comme le béton. Mais le nombre de maisons individuelles laissées sans protection adéquate reste encore trop élevé : des propriétaires souvent âgés semblent réticents à dépenser les quelques milliers d’euros nécessaires au renforcement de leur habitation.

Jean-François Heimburger, journaliste