Les dernières gouttes de la saison des pluies annoncent l’imminence des vacances d’été. Longues d’une quarantaine de jours en moyenne, elles sont toutefois plus courtes dans les départements montagneux du centre et du nord du Japon. C’est qu’ils compensent en hiver, avec quelques jours supplémentaires offerts aux enfants pour profiter de la neige. Au programme de la pause estivale : devoirs, activités et expériences multiples.

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Devoirs obligatoires

Vacances ne riment pas avec fainéantise, au Japon. « Comme mes filles sont à la maternelle, elles n’ont pas beaucoup de devoirs en été, mais on a décidé qu’elles devaient effectuer des tâches ménagères », témoigne Hiroko, mère de trois enfants, dont deux scolarisés en maternelle. « Sur le calendrier des vacances d’été, elles mettent un autocollant sur le jour où elles font une tâche ménagère, et aussi quand elles se brossent les dents et quand elles se couchent et se lèvent tôt », précise-t- elle. « Elles tiennent aussi un journal d’images, où elles écrivent et dessinent sur la météo quotidienne ou sur les événements dont elles se souviennent et, à la fin des vacances d’été, elles le remettent à la maternelle », ajoute Hiroko. Sa fille aînée, en dernière année de maternelle, entrera au primaire en avril prochain. « J’ai donc l’intention de lui faire passer 30 minutes par jour à étudier cet été », confie-t- elle. Une bonne préparation. C’est que cela deviendra la règle. « Les devoirs d’été sont relativement nombreux pour les collégiens », indique Junichiro Yoshikawa, directeur d’un collège public de la ville de Nara. Au menu principal, problèmes de maths, mais aussi apprentissage des caractères chinois. Avant d’entrer au lycée, les élèves devront en connaître un bon millier sur le bout des doigts. Les collégiens passent donc en moyenne une demi-heure par jour à faire leurs devoirs. Et c’est sans compter les études libres, auxquelles ils consacrent quotidiennement 20 à 40 minutes, ou encore les cours d’été, suivis par un tiers des collégiens les plus âgés.

Activités quotidiennes : place à la TV et au sport

Mais les vacances d’été sont aussi l’occasion de pratiquer diverses activités. « En général, on se prépare comme d’habitude le matin, mais mes filles regardent beaucoup d’émissions pour enfants à la TV », confie Hiroko, la mère de famille. Selon une étude publiée en 2009, les collégiens aussi passent plus de 2 heures par jour devant l’écran de TV. Mais les activités de club (base-ball, tir à l’arc, orchestre, etc.) occupent une grande place. Il n’est donc pas rare de croiser des collégiens en tenue de sport ou un instrument de musique sur le dos dans les transports en commun en juillet et août. « Quasiment tous les collégiens font partie d’un club et participent presque quotidiennement à leurs activités », confirme Junichiro Yoshikawa. Pour cela, le collège reste ouvert et vivant, bien que l’accès aux salles de classe et à la bibliothèque soit restreint.

Des expériences inoubliables

« Au Japon, comme il y a la coutume de célébrer obon, qui consiste à saluer ses ancêtres, beaucoup suspendent les activités de club et retournent chez leurs grands-parents pour se recueillir sur les tombes », explique le directeur de collège. Cette fête des morts, célébrée entre le 13 et le 16 août, est surtout suivie en province. Quelques jours plus tôt, le pic des départs des vacances d’été entraîne des embouteillages et une grande affluence dans les aéroports et les gares du pays. En plus des nombreuses fêtes et voyages en famille, les collégiens en profitent aussi pour aller à la piscine ou admirer de beaux feux d’artifice. Certains font également des exercices physiques en écoutant la célèbre « radio taisô ». Ce qui n’est pas sans rappeler une scène de Omoide poroporo, film réalisé par Isao Takahata, où la jeune Taeko, durant l’été 1966, se sent un peu seule dans ce « cours » de gym en extérieur, ses amis étant partis dans la famille à la campagne. La situation a-t-elle évolué ? « Je suis né en 1963 et je suis entré au collège en 1975, raconte Junichiro Yoshikawa. Au moment où on ne faisait pas d’activités de club, comme il faisait chaud à l’intérieur, on était nombreux à s’amuser dans la nature avec nos camarades. » Mais cela a bien changé. S’il arrive encore de voir des écoliers ou des collégiens, équipés de filets et boîtes de récolte dans les mains pour capturer et étudier les insectes, la pratique se fait plus rare. « Les enfants sont nombreux aujourd’hui à jouer à des jeux-vidéo et à s’amuser dans des endroits frais, soit chez eux où marche la climatisation, soit dans un centre commercial », ajoute le directeur.

Des vacances relatives pour les parents

En plus d’être un moment de plaisir pour les enfants, les vacances d’été leur permettent aussi de grandir, selon les parents. La petite rentrée de septembre – l’année scolaire début en avril dans l’Archipel – sera en tout cas l’occasion pour ces écoliers et collégiens bien bronzés de partager leurs expériences en classe. Avant de reprendre le rythme, petit à petit. Qu’en est-il pour les parents ? Les vacances d’été ne sont pas de tout repos, surtout dans les familles nombreuses et pour les mères, qui consacrent en moyenne six fois plus de temps au ménage et à l’éducation des enfants que les pères. « Habituellement, pendant la semaine, je suis seule avec mon enfant de 1 an, raconte Hiroko. Quand il fait la sieste, je peux faire le ménage en une fois. Mais pendant les vacances d’été, quand mes deux autres filles sont là, comme je dois leur consacrer du temps, je ne peux pas concentrer tous les travaux ménagers. Et puis je n’ai presque pas de temps pour me reposer. » Résultat ? « Au fil des jours, j’accumule du stress », confie-t-elle. Avant d’ajouter : « Comme le temps qu’on passe ensemble est très important, on en profite suffisamment. Mais quand arrive la fin des vacances, j’attends impatiemment que recommence la maternelle. »

Par Jean-François Heimburger, journaliste