L’année 2010 s’annonce pour Nara comme des plus attendues et animées. La capitale impériale du Japon de la période du même nom (710-794), appelée à l’époque Heijo-kyo, s’apprête en effet à commémorer les 1 300 ans de sa fondation.

Les autorités, conscientes de l’enjeu pour une ville dont la renommée de beauté et d’élégance n’est plus à faire, ont voulu voir les choses en grand. Le coût des événements devrait avoisiner les 59 millions d’euros et la cité pourrait accueillir jusqu’à 13 millions de touristes.

Comme souvent en pareille occasion, l’organisation des festivités s’accompagne de la création d’une mascotte, outil marketing devenu indispensable et, de surcroît, facteur de recettes non négligeables par la vente des produits dérivés. Pour être à la hauteur des attentes, les responsable de l’Association des événements commémoratifs du 1 300e anniversaire de Heijo-kyo-Nara ont donc débloqué une enveloppe de 2,96 millions d’euros pour sa création. Hélas ! le petit personnage dévoilé en février, sorte d’enfant-bouddha coiffé d’insolites bois de daim, l’animal fétiche de la ville, n’a pas plu. Et c’est un euphémisme.

Son visage s’inspirerait pourtant de celui du grand Bouddha – 30 mètres de haut, tout d’or et de cuivre – sis dans le bâtiment principal du fameux Todai-ji, temple érigé entre 752 et 754, témoin de la puissance grandissante du bouddhisme au Japon et inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1998.

Baptisé Sento-kun, ce petit personnage kitsch ne serait absolument pas kawaii (mignon, en japonais), une caractéristique essentielle à son succès. L’opacité des conditions de sa création ont aussi suscité quelques réserves.

EGALEMENT IMPOPULAIRES

Piqués au vif, des citoyens de Nara, qui n’oublient pas le passé glorieux de leur cité, bâtie à partir des plans de Xi’an, capitale chinoise de l’époque, ont décidé de réagir. Des designers de la ville ont fondé le Forum des créateurs Yamato, du nom de la première organisation politique et sociale en place dans l’Archipel.

Ces bonnes volontés ont travaillé sans relâche pour créer une nouvelle mascotte devant, selon eux, « correspondre de manière plaisante et pertinente à la commémoration ». Le 2 juin, nouveau dessin, nouvelle catastrophe : sélectionné parmi 618 projets, un personnage baptisé Manto-kun, figurant un daim coiffé d’un toit de temple d’où dépassent les bois de l’animal, était dévoilé. Beaucoup ont trouvé Manto-kun encore plus laid que Sento-kun.

Mais le temps presse. Pour enterrer la querelle, les parrains de Manto-kun organisent, début août, une rencontre avec les 618 participants du concours. Sento-kun a officiellement été invité, de même que les autorités de la ville de Nara. La commémoration devrait donc se faire avec non pas une, mais deux mascottes, également impopulaires.
Philippe Mesmer

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