« Les Japonais dorment avec leurs enfants » : vrai ou faux?  Voici le second volet de notre nouvelle chronique sur le Japon ordinaire. Les Français sont souvent surpris, voir choqués, d’apprendre que les enfants japonais dorment dans le lit de leurs parents. Mais est-ce vrai? Et si oui, pour quelle mystérieuse raison les parents l’acceptent-ils?

AZRA-Kawa-no-jiPour les Français, laisser les enfants dormir dans le lit des adultes nuit à leur bon développement, ainsi qu’à l’intimité des parents. Pourtant, au Japon, aucun enfant ne dort seul avant l’âge de trois, six ou même dix ans! On répugne à laisser l’enfant dormir seul : on pense qu’il se sentira rejeté. L’image du petit enfant dormant entre ses parents, selon la forme du caractère chinois rivière (川) est pour les Japonais une touchante évocation de la famille.

Quand l’enfant grandit, il reste en général dormir avec sa mère, alors que son père va dormir dans la pièce voisine!

AZRA-Kawa-no-ji-2En effet, les formes du sommeil japonais et du sommeil français sont radicalement différentes. En France, le sommeil a trois caractéristiques: il est intime (et plus ou moins lié à la notion de sexualité); il est pris d’un bloc (on ne dort pas pendant la journée); et il fait la plupart du temps l’objet d’une gestion sérieuse (la plupart des Français savent combien d’heures ils dorment, et réagissent quand ils manquent de sommeil). Pour les Français, le sommeil est un capital précieux.

Au Japon au contraire, le sommeil peut être collectif (il n’est pas intime, il n’est pas associé à la sexualité, un adulte peut même dormir sur la même couche qu’un parent). De plus, le sommeil est fractionné (on peut le prendre n’importe où, à n’importe quelle heure, et même par tranches de quelques minutes. C’est pourquoi les gens somnolent dans le métro, en classe ou même en réunion). Enfin, il n’est pas géré. On ne calcule pas son temps de sommeil. Beaucoup de gens ne se couchent que quand ils sont épuisés. Ils ne gèrent pas le sommeil des enfants, qui dorment dans l’ensemble beaucoup moins que les enfants français.

Pour en savoir plus : Jean-Luc Azra (2011) «Les Japonais sont-ils différents?» (Éditions Connaissances et Savoirs)

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15 Commentaires

  1. Je crois que ça se faisait en France autrefois, comme dans beaucoup d’autres pays, où la notion d’intimité n’était pas la même et que le froid incitait les membres d’une famille à tous dormir ensemble dans un seul grand lit pour se tenir chaud les uns les autres.

  2. Quand on veut faire un travail sérieux il faut faire attention de ne pas inverser les causes et les conséquences.
    Par exemple l’image de la rivière et du kanji 川 est bien jolie mais elle fait oublier que la famille japonaise était jusqu’il n’y a pas si longtemps une famille très nombreuse et que si toute la famille dormait dans la même pièce c’était simplement par manque de place. La chambre au Japon est une invention très récente, dans les maison japonaise on pouvait autrefois dormir n’importe où sauf dans la cuisine qui était en terre battue.
    Hors des très grandes villes et jusqu’à l’après deuxième guerre mondiale les campagnes japonaise étaient très arriérées, les maisons ressemblaient plus à des baraques de bidonvilles qu’à ce que l’on se les représente aujourd’hui.
    C’était pour la plupart des huttes de bois et de chaumes au confort extrêmement rudimentaire, pas de cheminée, pas de chauffage efficace si ce n’est qu’un poêle à pétrole et aucune isolation thermique ( les maisons d’aujourd’hui ne sont toujours pas isolées et il fait en général très froid le soir et la nuit) d’où la nécessité d’emmagasiner la chaleur en prenant un bain chaud avant de s’enfouir sous la couette et de dormir avec tout le monde pour se tenir chaud mutuellement.
    Il y aurait tant à dire sur l’habitat au Japon mais c’est trop long pour un commentaire. Ce qu’il faut retenir c’est que le Japon est passé des conditions d’un pays du tiers monde à celles d’un pays très avancé en seulement 30 ans et que les habitudes sont plus difficiles à perdre alors qu’inversement certaines habitudes technologiques se prennent très vite, en Afrique il y a des téléphones mobiles alors que souvent il n’y a pas d’eau potable.

    Ensuite, les Japonais sont habitués à la promiscuité, dans la maison, dans les transports, au bureau, cette promiscuité est rééquilibré si je puis dire par un sens et un besoin de la propriété et du secret très poussé. On peut remarquer par exemple une privatisation de l’espace public quand un Japonais se déchausse au café, dans le train où il garde jalousement sa place pour se sentir chez soi dans cet espace public.

    Il faudrait aussi parler des superstitions qui sont au Japon ( en Asie en général ) bien plus ancrées dans les mentalités qu’en Europe.

  3. L’analyse de Deepslv est en effet un rajout essentiel a l’article. Encore aujourd’hui, je connais plusieurs familles japonaises qui habitent dans de petits appartements (shataku ou autre) qui ne leur permettent tout simplement pas d’avoir de chambres… les futons sont toujours dans les oshi-ire… et on les sort le soir pour dormir tous ensemble dans le salon PARCE QU’on a pas le Choix !!!!!

  4. En effet, l’argument de la taille des logements est souvent évoqué pour ces questions de sommeil. Cependant, il n’y a pas de corrélation. Aujourd’hui, pas de différence notable entre le Japon et les pays européens, en moyenne, en termes de taille des logements, mètres carrés par personne, ou nombre de pièces par logement. Il y a même des pays, comme le Danemark ou le Royaume-Uni qui sont moins bien lotis que le Japon. Si la taille du logement expliquait les formes du sommeil, les personnes qui logent dans des logements étroits en France ou ailleurs devraient adopter les mêmes formes de sommeil qu’au Japon; or, ce n’est pas le cas.

    • En effet Jean Luc, l’argument de la taille des logement n’est pas suffisant pour expliquer ce phénomène. C’est pourquoi je parle dans mon commentaire de la distribution des pièces dans la maison japonaise et aussi du fait que la société japonaise évolue moins rapidement qu’en « occident » et aussi que l’on conserve facilement des habitudes qui n’ont plus de raison pratique d’être.
      Par exemple, se déchausser en entrant dans les maisons japonaises. Autrefois les maisons japonaises étaient en 2 parties distinctes sous le même toit. La cuisine en terre battue où l’on gardait les chaussures et la partie « noble » en hauteur et couverte le plus souvent d’un plancher et de tatami où l’on se déchaussait pour des raisons de propreté. c’est sur la partie haute que la  » famille » dormait, en fait la partie haute ressemble plutôt à un grand lit collectif.
      Il faut aussi prendre en compte le climat et l’urbanisme du Japon. beaucoup de pluie, beaucoup d’humidité, pas de route pavées et quand on sortait on devait patauger pendant une grande partie de l’année.

      • Il faut de plus comme je l’ai mentionné précédemment parler des superstitions et des préjugés dont Jean Luc a fait part  » il se sentira rejeté » exprime le fait que les Japonais croient qu’ils peuvent ressentir le sentiment des autres et qu’en fait il se plantent le plus souvent.
        Le conformisme japonais doit y être aussi pour quelque chose  » puisque tout le monde fait comme ça, moi aussi je dois le faire » et de cette façon rien ne change.

        Les Japonais fractionnent leurs heures de sommeil, oui, mais tout le monde le fait, cela tient plus au rythme de travail au temps passé dans les transports et au fait qu’il est rare de se faire voler pendant que l’on dort dans un lieu public. Personnellement j’ai toujours dormi de cette façon même avant d’habiter au Japon.

        D’autre part, c’est évident que les enfants japonais qui rentrent à 22h du juku et se lèvent à 5 ou 6h le matin pour prendre le métro et aller à leur collège à l’autre bout de la ville dorment moins que les jeunes Français. Il faut faire la différence entre les contraintes et la liberté de choix.

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